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Monthly Archives: janvier 2013

Joséphine Péca, dite “Chouchou”

Par

 

Les chats sont-ils heureux en bateau ? Péca la furie du volcan de Santo Antao. La découverte du bateau. Un bain forcé. Un chat qui ne descend pas à terre.

 

Assise sur le roof dans le soleil du soir, elle fixe la mer de ses yeux sable. Puis s’étire en baillant. Elle avance sur le pont avec une grâce féline, mesurant ses pas en fonction du roulis. Après un grand tour de cockpit et elle va se coucher sur les genoux de Caroline et ronronne. Pour une raison que je n’arrive pas à comprendre, cette chatte me refuse toute tendresse. Dire que l’animal m’a été offert pour mon anniversaire, voilà le cadeau !

S’il lui arrive de venir se coucher près de moi, je n’ai jamais droit à ces effusions de câlins que les chats partagent avec les consommateurs d’exctasy et les amoureux transis. Peut-être me punit-elle de ne pas l’avoir souhaitée à bord ?
 
 

Je n’en voulais pas

 

Roulis, notre chat trouvé pendant les travaux.

Après l’expérience malheureuse avec notre matou de Saint-Brieuc, que nous avons dû laisser à mes beaux-parents, j’étais persuadé que les chats n’étaient pas heureux en bateau.

Caroline se souvenait surtout de la tendresse de cette boule de poil roux qu’elle avait nourrie au biberon. Elle avait envie de retenter l’expérience.
À Agadir, sous le regard bienveillant des gens du port, Caroline nourrissait un chaton de couleur indéfinissable tant la teigne lui avait mangé le poil. Le parasite nous avait évité l’adoption de justesse.

 

Si le Maroc est un pays de chats, le Cap-Vert est un pays de chiens. À voir le nombre de corniauds traîner sur le port de Mindelo, je me disais qu’il était peu risqué de croiser un félin orphelin.
Nous n’avions pas encore rentré le pavillon Q , qu’une chatte noire, plastron blanc, collier rouge débarque dans le carré. La question féline s’invitait de nouveau à bord.
Après une visite minutieuse du bateau et quelques ronronnements de séductions, elle remonte à bord de La Boiteuse. C’est grâce à Touline que nous avons rencontré Gwendal. « Je voyage en solitaire, au-delà de la compagnie en mer, elle m’offre l’opportunité de plein de contacts à terre » me dit-il lors de notre première conversation, m’exposant ainsi sans vergogne leur stratégie de couple qui m’avait amenée à lui adresser la parole.
 
 

Complot à Santo Antao

 

Péca, chaton créole psychopathe, amoureuse de Caroline

La véritable fourberie eut lieu dans les montagnes de Santo Antao où nous avions décidé de faire un petit trek avec Alex et Paluch. Le matin de mon anniversaire, Alex m’offrit une boite en carton animée de soubresauts. Je l’ouvris pendant que mes compagnons échangeaient des sourires entendus. Un chaton blanc et noir jaillit de la boite toutes griffes dehors et détala sous un lit en crachant. Je n’avais jamais vu une telle agressivité chez un jeune chat. Pendant une demi-heure nous avons tenté de le récupérer les mains emmitouflées dans des T-shirts. L’animal éprouvait visiblement une terreur absolue -et compréhensible- pour le genre humain. Selon les gens de l’épicerie, qui l’avait proposé à Alex, le chaton aurait pu servir de jouet aux enfants du village. La question d’accueillir un chat psychopathe à bord a bien sûr été évoquée, mais les petits chats, même furieux, ont des pouvoirs d’attractions irrésistibles. Il a suffi que Caroline évoque l’idée de le rendre à ses tortionnaires pour que l’adoption soit effective.
 
 

À la découverte du bateau

 

Le chaton était une femelle que l’on a baptisée Péca, un diminutif de « pequinha », petite, en portugais. On aurait pu être plus inspiré, mais peu importe puisque elle a immédiatement répondu au surnom de Chouchou voire Doudou. Ce que Caroline m’a fait jurer de ne pas écrire dans le blog, sauf que j’avais promis de me venger de la séquence où elle m’a filmé en train d’ânonner sur l’harmonica. Ça, c’est fait.

 

La petite chatte née sous un rack de bouteilles de gaz a instantanément adoré l’intérieur de Loïck, tous ces recoins, toutes ces cachettes… Dès le premier soir, elle ronronnait de bonheur. Elle fut propre d’emblée, comme par respect pour son environnement.

Des acrobaties rarement inquiétantes depuis qu’on l’a poussée dans l’eau.

Nous faisions partie de ce havre et rien de nous ne l’inquiétait plus. Allongée de tout son long sur une marche de la descente, « Chouchou » me regarde me contorsionner pour l’enjamber en plissant les yeux de confiance. Je me surprends à regretter certaines de ses frayeurs. Mais encore aujourd’hui elle disparaît dans les fonds du bateau à chaque nouveau visiteur.

 

La conquête du pont prit plusieurs semaines. À cette époque nous étions dans un mouillage assez rouleur dans une des iles du sud du Cap Vert. Elle s’enhardit jusqu’à ce que ses acrobaties sur les filières nous paraissent vouées à se finir à l’eau. Comparée à notre précédent chat, Péca bronche souvent. À sa décharge, elle vit dans un univers ondoyant. Avant chaque saut elle s’arrête pour analyser les mouvements du bateau, elle se lance dans un temps mort du roulis, mais rate parfois son atterrissage en roulant des grands yeux étonnés. Bien qu’extrêmement susceptibles, les chats sont de grands comiques, en bateau les occasions ne manquent pas et les distractions ne sont pas si nombreuses.
 
 

Disgrâce et beauté

 

Peca grandit toute en finesse, ses membres s’élongent gracieusement, mais la tête reste menue épicé par un regard jaune curry cerclé d’un trait de khôl naturel. Pour finir cette description honnêtement il faut bien dire que sa robe noire et blanche semble copiée sur une vache hollandaise et qu’elle promène un vilain petit ventre qui lui pend entre les pattes depuis toujours. Ce mélange de beauté et de disgrâce lui confère une distinction typiquement aristocratique, elle a donc reçu le prénom de Joséphine. En toute simplicité, notre chatte s’appelle Joséphine Péca, dite « Chouchou ». Les animaux domestiques ont l’étrange pouvoir de nous pousser aux limites du ridicule.
 

Péca en clown, en Joséphine, ou en turban, elle nous fait souvent bien rigoler.

 

Nous allions traverser l’Atlantique et Péca n’était jamais tombée à l’eau. Gwendal nous avait un peu inquiétés en nous disant que sa Touline sortait de son vingtième bain. Au mouillage, il pend des filets sur les francs-bords pour que sa chatte puisse sortir de l’eau (1)
 
 

Chat à la mer

 

Un caractère peureux qui convient bien avec le peu d’espace dont elle dispose.

Afin que Péca comprît les désagréments de cette masse mouvante et chatoyante qu’elle regardait parfois avec un œil de chasseresse, nous avons décidé d’organiser un exercice de chat à la mer. Le bateau est entouré de filets, ce qui évite de perdre un grand nombre d’objets légers que le vent veut perpétuellement offrir à l’océan. Le chat s’en servait d’échelle pour grimper sur les

filières. D’une perfide petite poussette, elle était à l’eau. Dédaignant l’amarre qu’on lui lançait, elle fonça sur le régulateur d’allure avec cet air outragé qu’ont les chats quand ils nagent. L’expérience fut payante, Péca n’a plus jamais joué sur les filières.
Grâce à son caractère prudent, nous n’avons jamais eu peur de la perdre en mer. Les seuls moments délicats concernent les manœuvres auxquelles elle veut absolument participer. Elle saute sur les bouts qui filent pour tenter de les immobiliser au risque de se prendre un jour une patte dans une poulie. Un jour nous avons envoyé le spi sans nous apercevoir qu’elle s’était nichée dedans. Un miaulement offusqué nous a fait stopper la manœuvre avant qu’on l’envoie dans les hauts. Je la soupçonne d’être à l’origine de l’accroc qui a finalement ouvert le spi en deux.
 
 

 Félin marin

 

Péca à la manœuvre.

Péca est arrivée au Brésil repue de poissons volants qu’elle n’aime que crus. Le jour où nous avons stoppé le bateau dans le fleuve Paraìba, elle a cessé de s’alimenter et de boire pendant une semaine. Nous n’avons jamais compris pourquoi. Était-ce le calme soudain après vingt jours de mer ? Sur les conseils d’un vétérinaire, nous avons fini par la nourrir de force comme une oie et son alimentation a subitement repris son cours normal. Nous avons été aussi très surpris de ne jamais la voir descendre à terre. La timidité de ce chat lui fait préférer l’univers clos du bateau. Et peut-être plus en mer qu’au mouillage. Il ne fait aucun doute que cet animal aime naviguer. Lorsque le bateau cesse d’être une maison pour devenir un navire les rythmes changent, plus réguliers, plus nocturnes. Son univers s’anime, elle aime. Comme nous, elle a besoin de s’amariner durant la première journée, elle dégobille parfois et reste vautrée. Ça passe, elle retrouve sa vitalité et saute sur le pont à la moindre manœuvre.

 

Aujourd’hui, elle a presque un an. Son comportement change un peu, elle s’autorise quelques furtives excusions à terre d’une cinquantaine de mètres et reviens au galop. Elle est particulièrement gracieuse quand elle court. Les Brésiliens adorent les animaux, Péca alimente souvent les sujets de conversation. Un pêcheur de Santa Catarina, à qui je racontais les habitudes casanières de notre animal, m’a dit «  Les chiens aiment les gens, les chats aiment les maisons ». Notre chatte, elle, aime le bateau.

 

 

Notes :


1/ Pendant sa traversée de l’Atlantique, un soir, Gwendal s’apercevra qu’il a perdu son chat. Fou d’inquiétude, il amena les voiles et fit route inverse au moteur. Une manœuvre désespérée ?
Après une longue demi-heure, il aperçut deux points phosphorescents dansant sur les vagues dans le rayon de sa lampe. Il avait sauvé son chat.
Le détail de cette histoire sur le blog de La Boiteuse au milieu du billet au titre “Lundi 9 juillet 2012″ : Voyage en Nulleparie (2)

 

 

Point d’actualité au 21 jan. 2013

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 On “s’installe” au Brésil au moins jusqu’au Carnaval

 

La Lagoa Dos Patos, une mer intérieure peu visitée par les bateaux de voyage.

Il y a un mois je suspendais ce blog pour nous donner le temps de sortir du Brésil et rejoindre Buenos Aires. Au lieu de prendre la mer, nous sommes partis naviguer dans les terres, sur la plus grande étendue d’eau douce du Brésil.

La « Lagoa dos Patos » (la lagune des canards) est à l’échelle de ce pays démesuré : 120 miles de long pour 25 de large.

 

La météo nous interdisant l’océan nous nous sommes tourné vers cette mer intérieure boudée par les guides nautiques. Nous avons été conquis par ces paysages lacustres de ce pays gaucho, la diversité des oiseaux, l’hospitalité des habitants.

Nous avons aussi découvert un haut lieu de la voile au Brésil.

Enfin, nous avons appris que le 2 février il y aurait une grande fête pour Yemenja, la déesse de l’eau. Le 9, c’est le carnaval.

 

 

Nous avons donc décidé de nous arrêter dans cette région dont nous vous parlerons bientôt.

 
 

La lagune est entourée de villages de pêcheurs


 

Restent le problème des visas. À bien lire la littérature administrative sur les conditions de séjour — toujours un peu ésotérique aux voyageurs de bonne foi —, il semble que nous ayons maintenant passé suffisamment de temps « en dehors » du pays pour pouvoir prétendre à une nouvelle période de trois mois au Brésil. Nous serions heureux de ne pas avoir à quitter trop vite ce pays plein de charmes.

 

Petit matin sur Loïck à Pelotas.

Nous avons pris nos quartiers d’été (ici, c’est la période des Grandes Vacances) dans la ville de Pelotas. Une ville ancienne longtemps tournée vers la culture française, dotée d’un joli centre historique. Caroline travaille au montage de nouveaux films. La prochaine vidéo, dans le fil de notre récit de voyage, nous fera quitter João Pessoa où nous étions il y a trois mois.

En attendant la publication de cette vidéo qui lancera les billets sur nos navigations le long des côtes du Brésil, je vais m’acquitter d’une promesse faite aux amis des animaux navigateurs : un portrait de l’équipière qui nous a rejoints au Cap-Vert.

 

 

 
 

Pour suivre notre voyage en vidéo : retrouvez tous les films classés chronologiquement sur le mini-site.

 

La lagune abrite une grande diversité d’oiseaux.


 
 

Qui vœux peut

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L’équipage de Loïck vous souhaite une belle année 2013

 

Pêcheur à la colonie Z3 sur la Lagua dos Patos – Brésil. Le nom du bateau est authentique, le 2013 est ajouté.