Skip to Content

Monthly Archives: juillet 2013

La samba des visas (actualisation)

Par

 

SCOOP ! Extension de séjour au Brésil possible à Angra dos Reis…. Mais pas sûre !

 

À l’occasion de la mise en ligne de la dernière vidéo de Caroline sur Ilha Grande, nous avons reçu un commentaire de Simon, le skipper de Juan Sa Bulan 3. Il vient de passer à Angra Dos Reis (en face d’Ilha Grande) et il a réussi à obtenir une extension de séjour au Brésil.

Ceux qui naviguent au Brésil en ce moment savent combien cette nouvelle est exceptionnelle ! Comme je le racontais dans un précédent billet, la règle pour les Européens est la suivante : trois mois de séjour puis trois mois hors du Brésil puis de nouveau trois mois de séjour peuvent être accordé. Un vrai problème pour les voiliers qui naviguent le long de ce littoral immense. Cette règle semble toujours en vigueur…

Pourtant l’équipage de Juan Sa Bulan 3, lui, a réussi à obtenir trois mois supplémentaires consécutifs. Voici le commentaire qu’il nous a laissé sur le site le 20 juin :

 

 
Bonjour à tous! Je tenais à préciser: l’unique endroit au Brésil pour renouveler le VISA de trois mois est à Angra dos Reis justement. Nous l’avons fait en juin de cette année (2013) et avons été prolongés jusqu’au 21 août. À bord nous étions: un Français, une Canadienne et un Belge. Le bateau est [sous] pavillon belge. Aucun problème de renouvellement. Ça vaut le coup de prolonger le Visa, le Brésil est un pays fabuleux! Simon
 
Dans une conversation que nous avons pu avoir sur le net avec Simon, il nous précisait que la législation n’avait pas changé. Selon toute apparence l’extension de visa de l’équipage n’est due qu’à enthousiasme d’un fonctionnaire. Simon propose que les bateaux qui souhaiteraient tenter l’affaire prennent contact avec lui (voir les adresses à fin du billet).
 

Le Boréal 44 Juan Sa Bulan 3 au Brésil. Cliquer sur l’image pour voir l’album photo | © Marie DMorin

 

Je vous reparlerai  de Juan Sa Bulan 3. Nous avions rencontré le père de Simon, Jean François Delvoye et son compère, Jean-François Eeman dans les Cotes d’Armor. Les deux marins habitués des mers du sud nous avaient donné de précieux conseils avant de partir. Jean François Eeman nous avait reçus dans le chantier et nous avait donné la recette de l’antidérapant des Boréal que nous avions copié sur Loick. Si nous avions eu le budget, c’est un bateau de ce chantier que nous aurions acheté.

 

Vous pouvez suivre la navigation du jeune équipage de Juan sa Bulan 3 sur leur site www.juansabulan.com ou à travers leur page Facebook : Voyage du “Juan Sa Bulan”.

 

 

De la bouteille à la mer

Par


 

L’histoire d’un départ libérateur en grande croisière. Celui de Gwendal, parti en solitaire de Nice en mars 2011.

 

Toutes les histoires de grandes croisières se ressemblent, chaque histoire de départ, au contraire, est singulière, à sa façon (1). Avec ce plagiat de Tolstoï, il est facile de déduire qu’Anna Karenine est le livre qui accompagne notre isolement de clandestins au Brésil. Mais nous arrivons à Matariz où nous retrouvons Gwendal sur La Boiteuse. Il brise notre solitude et nous la sienne. Dans l’intimité des carrés, à la veillée, les vies se racontent. Comme des romans.

 

Loin de son port d’attache

 

Mouillages magnifiques, rencontre délicieuse, îles de rêve ou au contraire, coup de vent, dérapages, nuits assaillies d’avaries, tous ces petits bonheurs de la croisière font l’essentiel des discussions de ponton. Tout le monde peut en raconter sa part, comme des joueurs de belote où chacun lance une carte à son tour. Et l’on a passé une bonne soirée.

Mais loin de son port d’attache, la parole n’hésite plus à se faire intime. On se connaît mieux et l’on a moins peur de ses faiblesses quand on a traversé un océan à la voile, en solitaire.

 

Gwendal dans le carré de Loïck

 

Ce soir sur Loïck, Gwendal parle de son coup de fil à l’émission Allo la Planète. « C’est venu comme ça, sans réfléchir, dans la discussion je leur ai dit que j’avais été alcoolique ».

 

− C’est pour fuir cette vie d’alcool que tu es parti ?

− Non, je ne fuis pas, je me reconstruis me répond-il en souriant dans un nuage de fumée de pipe.

Je suis content de le retrouver. Sa compagnie cultivée est pleine de cette intelligence que l’on trouve chez ceux qui en ont pris plein la gueule et qui n’en veulent plus à personne.

 

« Arrête de faire ton intéressant »

 

Devant un jus de cajou, Gwendal raconte. Son adoption au Canada par une mère abusive et un père qu’un divorce a fait disparaître après l’adoption d’un deuxième enfant. « L’adoption au Canada, ça a couté plus d’un million », disait-elle pour valoriser son amour qu’elle compare aux naissances naturelles qui ne coûtent rien. Une ascendance bretonne donne à l’enfant son prénom, mais la famille vit dans le Var, confortablement. Sa mère s’est remariée avec un artisan ébéniste de talent absorbé par son travail.

 

− C’est quoi une mère abusive ?

− C’est quelqu’un qui cherche le contrôle à tout prix, par les coups ou pire, par la domination psychologique. C’est le psy qui m’a appris ça.

 

Le leitmotiv « Arrête de faire ton intéressant » servait d’outil de base pour le dénigrement. Gwendal répond à l’injonction maternelle en quittant la fac de bio pour s’engager comme officier chez les cocoyes, les commandos de l’armée de l’air.

 

− On n’imagine pas un officier-commando engagé à gauche comme tu l’es.

− C’est le seul domaine où je réussissais. Cela dit, le “Service de la Nation” ne sont pas pour moi des mots en l’air. Et j’aimais mes hommes.

 

La Boiteuse à Matariz, un village au nord ouest d’Ilha Grande

 

La Boiteuse c’est lui

 

L’armée lui apprend aussi à boire. Le chômage l’accueille à sa libération. Et puis survient l’accident dont il garde une légère claudication. Quand il claquait la porte de chez lui en ayant oublié les clefs à l’intérieur, il grimpait des étages par la gouttière. Cette fois, il tombe et se casse salement la cheville. De multiples opérations, deux ans d’invalidité, retour chez les parents, chez sa mère, où l’alcool installe aussi son contrôle sur lui.

 

Avec à peine dix semaines de mer derrière lui, il part en solitaire. Nice 2011.

− Avant d’avoir le bateau, je savais qu’elle s’appellerait La Boiteuse. J’ai même lancé le blogue éponyme avant de l’avoir trouvée. Bloguer, encore une chose qui m’a aidé à retrouver l’estime de moi. Avant j’avais un blogue politique.

− À propos de bateau, comment es-tu venu à la voile ? C’était une tradition familiale ?

− Non. Ni ma famille ni personne dans mon entourage ne faisaient de bateau. C’est grâce à ma mère. J’étais vendeur dans un magasin de déco et pendant les vacances je m’enfermais avec mes bouteilles. Pour que je sorte de ma maison, elle m’a payé un stage aux Glénans et j’ai adoré ça. Tous les ans, je faisais une semaine de stage. J’étais bon, j’apprenais vite, j’avais découvert ce qui me plaisait. J’ai vite eu mes quatre voiles.

− Une semaine par an pendant cinq ans, plus deux stages de deux semaines avant de partir et un ISAF. Tu veux dire que tu es parti traverser l’Atlantique en solitaire avec en gros 10 semaines de mer derrière toi ?

− Oui. Évidemment dit comme ça… J’ai été aussi une fois à Marseille avec La Boiteuse, j’ai déchiré ma GV. Et j’ai tenté d’aller en Corse avec un copain, mais on n’a pas réussi.

− Aaah ! Ça change tout ! (rires)

 

La dernière amarre

 

− Et ce Konsul 37, comment as-tu fait pour l’acheter ?

− Ma mère est morte en juillet 2006. Nous avions à partager un petit héritage entre ma sœur et moi. En septembre de cette même année, j’ai bu mon dernier verre.  Réussir ce sevrage m’a permis de croire de nouveau dans mes intuitions.

 

Après la mort de sa mère et l’arrêt de l’alcool, l’idée d’acheter un bateau et de partir commence à faire son chemin. L’été 2010 il reçoit 55 000 euros. En octobre, il achète La Boiteuse, moins de six mois plus tard, il part. Un tempo un peu rapide avoue-t-il aujourd’hui. La descente de l’Espagne lui coute cher.
Au Maroc, il avait un choix à faire : rentrer ou vendre sa petite maison pour continuer. L’idée de louer lui déplaisait : inspecter les fiches de paie, demander des cautions…

 

Zoë, une romance épistolaire partagée.

− J’ai tout vendu à mon voisin, la maison et les affaires qu’il y avait dedans. Une bonne vente à une famille que j’aimais bien. De mon ancienne vie, il ne me reste plus qu’un béret de commando et quelques lettres. J’ai coupé la dernière amarre.

Je cherche un endroit où je pourrais dire « ici c’est chez moi ». C’est ça mon voyage même si je sais que je serais toujours l’étranger. Quand il me restera plus que 30 000 euros de toutes les façons je m’arrête où je suis et je travaille.

 

− Finalement, on peut dire que tu es parti grâce à ta mère…

Il glisse sur la petite provocation et répond juste pour corriger l’information :

− Non. Grâce à la mort de ma mère.

 

La phrase clôt l’évocation du passé.

Gwendal a envie de parler du futur, de Zoë.

Nous avons tous rencontré l’Américaine à l’escale de Joao Pessoa, elle s’embarquait comme équipière sur Keturah pour les Caraïbes. Gwendal et Zoë ont gardé le contact. Nous avons vu le navigateur solitaire tomber doucement amoureux au fil de leur relation épistolaire. La nouvelle du jour : elle va venir le rejoindre en Uruguay.

 
 
Note :

1/ Anna Karenine, le roman de Tolstoï commence par cette phrase célèbre : « Toutes les familles heureuses se ressemblent. Chaque famille malheureuse, au contraire, l’est à sa façon ». Éd. Livre de Poche 2012. Le nom de l’auteur de la traduction n’est pas mentionné.
Une phrase bien connue depuis le très bon roman de Muriel Barbery « L’élégance du hérisson » puis son adaptation au cinéma par Mona Achache. Comme surement beaucoup de monde, c’est ce bouquin qui nous a fait lire Anna Karénine qui est typiquement un livre de navigation : long, vaste et profond.