Nous préparons le bateau pour descendre en Patagonie, le blog fait une pause.

 

Je n’ai que peu de temps. Juste quelques heures. L’ogre patagon qui me retient comme prisonnier volontaire ne supportera pas longtemps mon absence sur le chantier. Cette permission de sortie m’a été accordée dans un seul but : ajourner momentanément ce blog.

Les habitués des Carnets de grande Croisière savent que le fil du récit est décalé de quelques mois avec la position réelle du bateau pour laisser le temps à Caroline de monter et de poster les vidéos de notre voyage. Sans ce décalage, les textes et les vidéos ne seraient pas synchrones. Les nécessités du voyage me font parfois rompre ce principe, comme aujourd’hui.

 

Pour installer le poêle, Caroline coupe dans le vif !

Impossible d’écrire

 
La dernière vidéo raconte une jolie escale sur l’île bien nommée Ilhabela. Loïck est en train de descendre vers l’Uruguay et l’Argentine en cabotant le long des côtes du sud du Brésil. Bientôt le bateau arrivera dans une région peu connue des voiliers de voyage et dont nous avons hâte de faire partager les merveilles : le Lagoa dos Patos et le Lagoa Mirim.

Mais je ne pourrai pas écrire la paix de ces navigations lacustres avant que Loïck ne soit prêt. Nous sommes actuellement en Argentine, au nord de Buenos Aires, sur le Rio Lujan; l’équipage complètement dédié aux travaux qui doivent permettre au bateau d’affronter le Sud dans de bonnes conditions. Il nous reste moins de deux mois avant notre départ pour la saison d’été austral.

 
 
 

Loïck sur le Rio Lujan, au club de San Fernando

 

 

Pressés de partir

L’installation du poêle presque terminée


 
En février 2012 nous étions pressés de partir. Nous avons quitté la Bretagne remettant à plus tard l’installation du chauffage, la confection d’un nouveau génois, la mise en place d’un pilote digne de ce nom, changer la conception du parc de batteries de servitude… sans parler des travaux annuels que demandent tous les voiliers : carénage, grande visite du moteur, contrôle, remplacement des pièces cassées, usées…

Le Rio Lujan est une escale extrêmement commode pour faire des travaux. Malgré la crise qui sévit en Argentine, on trouve tout ce qu’il faut pour entretenir un bateau. Les Argentins naviguent beaucoup et les niveaux de savoir-faire sont élevés. Cette région du Rio de la Plata, où nous avons retrouvé les saisons, le vin et le fromage nous rappelle l’Europe. Là encore, il y a de quoi nourrir plusieurs billets.

 

Être l’ouvrier servile de mon bateau

 
Mais plus tard. Après les travaux. « Tu n’écris pas beaucoup », remarquait ma mère adoptive dans un mail. Non. Aujourd’hui, je ne veux être que l’ouvrier servile de mon bateau. Le projet de descendre vers le Sud nous a replongés dans une relation passionnelle, exclusive. Il a déjà navigué sur ces mers avec l’ancien propriétaire. Moi, je suis novice. La Patagonie, les quarantièmes, les cinquantièmes… Courant d’une profonde attraction contre vent violent d’appréhension, ma mer intérieure bouillonne.

Couper le tasseau, faire la soudure, passer le câble, serrer le boulon. Ces gestes simples et apaisants se succèdent comme les pas réguliers du pèlerin. Pour l’instant, il n’y a pas d’autre chemin.

 

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