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Monthly Archives: janvier 2014

Blog erratique en Patagonie

Par

La communication de Loïck en Patagonie est difficile, le blog va perdre ses illustrations et nous ne pouvons pas transmettre de vidéos.

Après une pause pour travaux, le blog va reprendre de façon erratique.
Depuis que nous sommes partis de Buenos Aires, notre accès à Internet devient de plus en plus compliqué. Nous avons Sailmail à bord qui fonctionne plutôt bien lorsque notre antenne radio n’est pas arrachée par les coups de fouet des bosses de ris, comme ce fut le cas récemment. Ce réseau nous permet d’avoir les GRIB et quelques mails, pratiquement tous les jours.
Winlink, le réseau radio amateur qui permet le positionnement sur la carte ci-dessous n’est pas très performant en Amérique du Sud où il n’a pas de stations. Il ne fonctionne qu’au plein coeur de la nuit, quand il marche. La carte de positionnement du bateau peut avoir quelques jours de retard.
À terre, les communications ne sont pas très bonnes non plus. Par exemple, la ville de Camarones (44S48′ 65W43′) où nous sommes actuellement reçoit Internet par le satellite et nous a été impossible d’envoyer des images de seulement 500ko. Pour transmettre quand même quelques photos, nous avons donné une clé USB à un pêcheur qui rentrait chez lui à Comodoro de Rivadavia en espérant qu’ils les postent à un ami qui pourra les mettre en ligne.
Merci pour votre patience.

 

Loïck est ici


carte en plein cadre


Les points bleus sont plus anciens, le point rouge est le dernier actualisé.

Un survol de la souris sur les points : quelques infos.

 

 

 

Un lapin le vendredi du départ

Par

 

Le départ de Loïck vers le sud est frappé de malchances. Quand la loi des séries rend superstitieux.

 

Loïck glisse sans à-coups le long de la descente de mise à l’eau. Tout se passe bien. Si l’alignement est bon, on est prêt à partir pour le Grand Sud. Je démarre. Ça tape. Je pousse le moteur jusqu’à 2000 tours pendant que la transmission tente un remix des Tambours du Bronx. Cette ambiance de bastringue sous le cockpit me met en colère.

 

Y en a marre !

 
Ces quatre mois de travaux pour notre prochaine descente dans le Grand Sud nous ont lassés. Malgré le plaisir de s’occuper de son bateau, il y a quelque chose de frustrant à travailler tous les jours au chantier dans un beau pays comme l’Argentine, à deux pas d’une ville vivante comme Buenos Aires. Y en a marre des boulons et des pots de peinture. Cette panne tombe mal.

Avec l’aide d’un mécanicien local et de l’assistance perspicace de Nanni Diesel par mail, le diagnostic tombe après dix jours de tâtonnement : il faut changer le damper. La pièce n’existe pas en Argentine et la politique protectionniste du gouvernement argentin rend son importation pratiquement impossible.

 

Accablés !

 

Canicule sur Buenos Aires. Nous sortons tout ce qui peut protéger le pont du soleil. Un look sur lequel le Yacht Club a eu la courtoisie de ne pas faire de remarque.


 
Cet épisode mécanique nous fait courir des concessionnaires qui n’ont pas de stock,une douane et les complications d’importation, les cafés internet pour des Skypes de mauvaises qualités, des mécanos débordés qui promettent de venir demain. C’est pendant cette période qu’une vague de chaleur exceptionnelle s’abat sur Buenos Aires et nous accable, mais pas seulement. Tout à coup une foule de petits problèmes nous assaillent : le petit hors bord tousse, le câble des vitesses du vélo casse, le plexi de la table à carte laisse passer l’eau, le gros hors-bord fuit de l’embase, le roulement à billes de l’éolienne (changé avant de partir) grogne, le voilier nous livre notre nouveau génois avec la bande UV du mauvais coté, la banque m’informe que notre livret A est en opposition (erreur de la banque en notre… défaveur), la laverie nous perd un sac de linge…

 

POURQUOI ?

 

Changement des roulement a bille de l’éolienne. Une des nombreuses petites pannes de dernière minute.

Je connais la réponse à cette question idiote : c’est la Mano Negra ! Je connais bien l’empreinte de cette main noire qui tente de faire rendre gorge aux esprits les plus rationnels. Elle attrape au collet et sert doucement, régulièrement, pendant plusieurs semaines, en faisant suffoquer de petits malheurs, jusqu’à ce que la raison démissionne et se mettre à croire aux diables.

La Mano Negra se reconnaît dans la pluie de coups de malchance qui frappent si bien enchaînés qu’on se demande si l’on va tenir la fin du round.
Je sais quand a commencé la nôtre : c’était au chantier quand le smart phone est tombé du bateau. Et je crois entendre le gong de fin lorsque mon cousin Florent arrive de France avec un nouveau damper dans ses bagages. Nous sommes désolés pour lui, nous devions larguer les amarres pour Ushuaïa à son arrivée, mais pas de chance, il commence son unique mois de vacances au fond de la cale à souquer des clefs de 19. C’est une autre caractéristique de la Mano Negra, elle est contagieuse comme le montre bien l’anecdote qui va suivre.

 

Contagion !

 
Après une bonne semaine de travail, le moteur tourne rond. Nous pouvons partir. Il est temps d’aller à la Prefectura Naval pour intégrer Florent au rôle d’équipage obligatoire dans les eaux argentines. On n’a pas fait 30 mètres en vélo qu’il se tape violemment le pied contre un petit poteau en béton dépassant du sol. En tong, ça ne pardonne pas : une entorse et quatre points de suture.

Bain dans les eaux limoneuses du Rio de la Plata, le pied en l’air pour ne pas mouiller le pansement.

Mes recherches personnelles sur la Mano Negra me faisait croire à sa tendance baladeuse. Se débarrasse-t-on de son emprise quand elle passe la main pour quelqu’un d’autre ? Heureux et désolé à la fois, je pensais l’avoir passée à Florent.

Sauf que, deux jours plus tard, mon ordinateur rendait l’âme.

 

Seul !

 
L’important pendant les périodes de Mano Negra, c’est de pouvoir se plaindre. Mais pour une raison mystérieuse, c’est le moment que choisit l’entourage pour devenir béatement optimiste. « Vaut mieux que le damper ait cassé ici que dans le sud». «C’est une chance que l’ordi de nav ne soit pas mort en mer et que tes copains aient pu t’en prêter un autre ». « Heureusement que le gars qui s’est arrêté dans la rue pour soigner ton cousin était chirurgien, vous avez évité la galère de l’hôpital »…
Certains poussent le paradoxe à imaginer que toutes ces malchances sont en fait des bienfaits qui font éviter le pire. Personne ne veut jamais convenir qu’une authentique malédiction pèse sur vos épaules. On se sent très seul.

 

Cruelle !

 
L’important est de ne pas verser dans des superstitions obscurantistes qui obligent à faire des périphrases ridicules pour parler des animaux à grandes oreilles.

Une morsure de chien soignée aux cataplasmes de miel

Le jour du départ, je me lève vers 5 heures, surpris de ne pas être assailli par les miaulements du chat réclamant ses croquettes. À la fin de la journée, notre Peca n’est toujours pas là. La pauvre bête revient le lendemain soir avec deux trous rouges au côté droit. Une méchante morsure de chien. Cruelle Mano Negra!
Comme je disais à Caroline au dîner dans le cockpit : « Cela ne lui ressemblait pas, il fallait qu’il lui soit arrivé un malheur pour nous poser un lapin le vendredi de notre départ. »
À se demander d’où vient toute cette malchance…