Skip to Content

Monthly Archives: septembre 2014

Mythique Micalvi

Par

 

Le yacht-club le plus austral du monde est aussi un des plus sympathiques que nous avons rencontrés.

Tous. Absolument tous les voiliers qui sont allés en Patagonie se sont un jour mis à couple du Micalvi. Tous, absolument tous les équipages de ces voiliers ont bu un verre dans son bar en pente. Certains ont passé des nuits inoubliables dont ils ne se rappellent pas tout. Tous chérissent le souvenir de ce navire échoué.(1)

 

Une légère gîte sur tribord

 

Le Contramaestre Micalvi est un bateau de transport construit en 1925 en Allemagne puis acheté par la marine chilienne en 1928 pour acheminer des munitions au Chili destinées au cuirassé Latorre. Il entame ensuite une carrière de ravitailleur dans les canaux de Patagonie. Désarmé en 1961, il est échoué comme ponton dans un bras protégé de Puerto Williams. En touchant le fond, le bateau a pris une légère gîte sur tribord. C’est le charme du Micalvi, le sol du bar est en pente tant que l’on n’a rien bu.

 

Le Micalvi un matin d’hiver sur fond de Dientes de Navarino

 

Les voiliers s’amarrent aux 55 mètres de francs-bords. A bâbord les voiliers en long séjour, le reste à tribord sur trois rangs qui peuvent compter jusqu’à 7 unités à couple. Il faut alors tirer des amarres de chaque côté du bras de mer pour éviter que la ligne de bateaux s’arque comme un accordéon sous la force du vent. Lors de notre séjour, nous avons vu un pare-battage exploser pour avoir négligé cette précaution. Lorsque l’on est le dernier de la rangée, c’est du sport pour rentrer ou sortir de chez soi, six mats à contourner sur des ponts encombrés de ces voiliers de voyage souvent grands, des dizaines de hautes filières à enjamber… On fait vite connaissance avec ses voisins.

Un ordinateur en partage pour Internet

 

Loïck, cancre de la manœuvre

 

En été, chaque jour il faut défaire et refaire l’agencement de ces chapelets de coques pour laisser partir le bateau que le temps a poussé au centre d’une rangée. Il faut parfois déplacer une dizaine de bateaux qui se déploient dans le bras d’eau comme une volée d’oisillons avant de revenir se blottir les uns contre les autres à la mère nourricière. J’étais surpris de voir comment tout le monde était ponctuel et souriant pour cette corvée. Comme dans toutes les marinas, les manœuvres font sortir les curieux des carrés pour observer l’habileté des équipages. Malheureusement, ce n’est pas le spectacle comique que peuvent offrir certains ports de France en été. Les moteurs tournent au ralenti, les coques se frôlent, les amarres sont lancées avec précision, la parole est superflue sauf pour une bonne vanne. C’est un ballet mené par des équipages expérimentés que l’on sent amoureux de l’excellence nautique. Les petits nouveaux comme nous savent bien que, sous des dehors débonnaires, le jury est exigeant. Avec sa marche arrière en crabe, Loïck, cancre de la manœuvre, fait de son mieux pour sauver l’honneur.

 

La tradition du pisco sour

 

Lorsque nous nous amarrons au Micalvi, cela fait trois semaines que nous n’avons pas pris de douche. Pourtant notre première impulsion après avoir enjambé le pavois du vieux navire n’est pas de faire couler l’eau chaude, mais le pisco sour. Ce cocktail à l’origine controversé est une tradition chilienne qui a aussi son jour de fête nationale au Pérou. La recette de base mélange une eau de vie de raisin, le pisco, avec du citron, les Chiliens ajoutent du sucre glace, les Péruviens du sirop de sucre, un blanc d’œuf battu et un trait d’Agostura. Le pisco sour du Micalvi n’est probablement pas le meilleur du Chili, mais il a le goût soutenu des rituels.

 

Des valeurs morales

 

Quand toutes les nationalités se mettent à danser ensemble…

 

Le poêle à bois, les canapés, les tables basses, les murs couverts de drapeaux de tous les pays, le plafond bas, font de ce bar un lieu chaleureux. Le soir, la convivialité des marins rencontre celle des coureurs de montagnes qui ont fait aussi de ce navire un point de rencontre. L’île de Navarino offre la possibilité d’un beau trek de quatre jours dans les Dientes. Les deux communautés partagent un grand nombre de valeurs morales, en particulier d’aimer boire des coups. Les soirées tournent en fête rapidement, et pour savoir qui est qui, il suffit de regarder les pieds. Il y a ceux qui dansent en bottes et ceux qui gambillent en chaussures de montagnes. On est loin du Lac des Cygnes ! C’est beaucoup plus enjoué.

 

La timonerie au dessus du bar. Une ambiance parfaite pour écrire… des billets de blogue.

 

La gaité ambiante ne nous fait pas oublier que Nicole van de Kerchove a connu sa fin sur cette île. Nicole est la première à nous avoir parlé du Micalvi lorsque nous avons acheté le bateau en Bretagne. C’est elle qui nous a donné envie de la Patagonie. Six ans plus tard, Le Micalvi nous donne le sentiment d’avoir respecté un engagement personnel, d’être arrivés quelque part, pas seulement au bout du monde. Nous portons un toast à Nicole.

 

Notes
1/ Cette hypothèse hautement probable pour les voiliers ayant croisés dans le Beagle n’a pas, pour l’instant et à ma connaissance, rencontré de contre exemple.

Un vélo et des palmes

Par

 

En grande croisière, quel équipement est encore plus utile qu’une paire de palmes ? Réponse : un vélo.

 

La paire de palmes permet de se déplacer plus rapidement dans l’eau, la bicyclette permet de se déplacer plus rapidement sur terre. À moins que vous ne passiez plus de temps dans l’eau que sur terre, c’est le vélo qui est le plus utile des deux. CQFD.
Au cas où vous auriez des doutes, je propose cette comparaison absurde non pas pour vous dissuader d’emporter une paire de palmes, mais pour vous suggérer d’emporter un vélo. Autant que ce soit clair ; c’est le sujet de ce billet.

 

 

Quand on pense à la grande croisière, ce sont des images de mouillage dans des lagons qui surgissent. De belles matinées où l’on s’immerge, le corps et l’âme, dans l’eau claire pour retrouver les sensations perdues du liquide amniotique. Une paire de palmes au pied. Ce fantasme n’est pas un songe, n’oubliez pas vos palmes.

 

Le vélo, l’outil parfait pour découvrir les escales et faire les formalités administratives

 

Cela dit, avant de partir, on imagine moins le temps que l’on devra consacrer au Ravitaillement, à l’Administration et à la Maintenance. Appelons cela les RAM pour faire court. Les corvées de RAM se font à terre et engendrent un nombre de kilomètres impressionnants. Supermarché, laverie, café internet, mais il y a aussi le joint bizarre de cette pompe dont j’aimerais avoir le concepteur devant moi juste une minute pour lui ruiner sa journée comme il est en train de ruiner la mienne. Ou encore ce fonctionnaire de la douane qui nous explique qu’après avoir fait viser l’importation temporaire du bateau par la préfecture maritime à l’autre bout de la ville, il faudra lui en rapporter une copie signée.
« Et pour les bureaux de l’immigration ?
- Le mieux, c’est de prendre un taxi. »

 

Les RAM sans la galère

 

Prévoir un bon porte-bagage.

Le vélo est une grande source d’économie d’argent et de temps. Au moins quatre fois plus rapide que la marche à pied, il multiple donc aussi au moins par quatre le territoire accessible. Sans compter qu’il est moins fatigant de pédaler que de marcher. En général les vélos de bateau se plient et peuvent donc être mis dans les transports en commun, ou dans un taxi pour économiser une partie de la course ou de la fatigue, selon.

 

L’autre grand avantage du vélo c’est sa capacité de charge. Le gaz par exemple. Dès que l’on sort des sentiers battus, c’est un des coups de RAM fastidieux. Il faut souvent aller à la limite de la ville où l’usine qui remplit les bouteilles acceptera votre bonbonne française (si vous avez le raccord). Un bon vélo doit avoir un porte-bagage solide.

 

Comparaison Brompton / Dahon

 

Sur Loïck, nous avons deux bicyclettes : un Brompton et un Dahon en alu. Après trois ans de voyage, nous n’avons pas à nous plaindre d’aucune des deux marques. Le Brompton est un excellent vélo, plus facile à ranger que le Dahon et de meilleure finition. En plus du gros sac à l’avant, bien solide, nous aurions dû lui acheter un porte-bagage. La seule maintenance en trois ans fut deux rayons cassés à la roue arrière. Bien qu’il soit en acier, il n’a pas de trace de rouille. Le gros inconvénient du Brompton c’est son prix et la peur de se le faire voler qui va avec.

 

Il est parfois assez risqué de faire du vélo dans des pays où règne la toute puissance de la voiture, comme ici au Brésil.

 

Le Dahon est plus léger, plus grand, plus rapide, avec un bon porte-bagage. Un peu plus encombrant, il vieillit plus vite. Les tenseurs de câbles n’ont plus de filetages (ils sont en alu!), le skaï de la selle laisse sortir de la mousse par endroits, j’ai changé le câble des vitesses, l’attache du guidon et je ne donne plus très cher des pédales pliantes. Seule la réparation du moyeu du pédalier au Maroc était un peu délicate, mais il existe de bons mécanos pour vélos partout dans le monde. Il faut penser à prendre des pneus et chambre à air de rechange, les petites roues ne sont pas courantes.

Facile a conjuguer avec le train ou le taxi.

 

 Acheter sur place.

 

Le Bompton valait 1100 euros sans les accessoires, le Dahon 600 euros et nous l’avons trouvé à 300 sur le Bon Coin. Quel que soit le vélo, nous sommes contents d’avoir choisi de bons rouleurs (respectivement 6 et 7 vitesses) et capables de porter lourd. Il nous est arrivé de faire de grosses courses en les chargeant comme des ânes puis en les poussant comme des caddies.

 

Ces objets paient amplement leur place à bord, nous les utilisons tout le temps, même ici, à Ushuaïa. Ceci dit, pour les longues escales, nous avons croisé des bateaux qui préféraient acheter un vieux biclou sur place et le revendre — ou le donner — au moment du départ.

 

Acheter un vélo local, une bonne solution pour les longues escales.

 

Slogan de la Masse Critique

 

Notre engagement pour la petite reine avait déjà commencé à Paris. À Buenos Aires nous avons participé à une Masa Critica. Ce rassemblement de militants pro-velo dans cette ville encore trop dédiée aux voitures nous a permis de faire une belle balade et de jolies rencontres. La plupart des bicyclettes portaient un petit panneau : un auto menos (une auto de moins).
 
 

Cabo Polonio, le ciel, la mer et le sable

Par

Note : Le blogue suspend momentanément la progression de Loïck en Patagonie pour coller à l’actualité des vidéos de Caroline sur le Rio de la Plata.
Les Caprices du Rio de la Plata 1/2. Les Caprices du Rio de la Plata 2/2.

 

Notre première escale en Uruguay n’a duré que quelques heures. Une météo clémente nous a permis de découvrir un lieu exceptionnel : Cabo Polonio.

 

« Il est probable que ce soit le Capitaine Joseph Polloni, dont le navire en provenance de Cadix fit naufrage sur ces côtes au cours de l’été 1753, qui donna bien involontairement son nom à Cabo Polonio. Refuge de pirates et de contrebandiers français jusqu’au début du XVIIIe siècle, habitée depuis des milliers d’années par des peuples indigènes dont on retrouve des traces un peu partout dans les dunes, c’est une terre au-delà du monde, une île perdue entre l’atlantique et une mer de dunes ». Explique le photographe Stéphane San Quirce dans la préface de son livre « Cabo Polonio » cité par le site cabo-polonio.com

 

 

Nous avons mouillé par 10m, fond de sable de bonne tenue, dans la baie sud qui est un bon abri. La baie nord semble être très peu profonde, je crois qu’il faut mouiller loin de la côte. Pas sûr que ce soit un bon abri pour les méchants coups de sud de cette région.


 
 
Le village sans électricité est séparé du continent par une mer de dunes qui le protège d’un tourisme de masse. Cabo Polonio est une réserve naturelle.

 

La galerie version plein écran