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Monthly Archives: janvier 2015

Sondage aux pontons d’Ushuaïa

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Quel type de cartographie utilisent les voiliers qui naviguent dans le Sud ?
Suite de l’article sur les tablettes à bord.

 

Pour faire l’article sur les tablettes à bord, j’ai rencontré 23 voiliers amarrés à Ushuaïa pour les fêtes.
Au-delà de l’usage des tablettes,  j’ai pensé que les chiffres de ce mini-sondage sur des bateaux de grands voyages pourraient vous intéresser.

 

Je suis entré en contact avec presque tous les bateaux hauturiers présents, il doit m’en manquer 5 ou 6 (sur corps morts), ce qui donne une idée de la fréquentation d’Ushuaïa à un temps “T” en pleine saison. Le taux de renouvellement est important. Les voiliers restent souvent moins de deux semaines. Le temps de faire l’avitaillement et de partir en Antarctique ou dans les canaux de Patagonie.
Il doit y avoir environ le même nombre de bateaux à Puerto Williams, en face, au Chili. Je ne compte pas les voiliers locaux, plus petits, caboteurs, au moins aussi nombreux.

 

La baie d’Ushuaïa en été, une importante rotation de bateaux.

 

Quelles nationalités ?

 

Le club Nautico où est amarré Loïck

Commençons par les nationalités. Les pavillons n’étant pas toujours représentatifs des équipages, j’ai pris en compte la nationalité des skippers : 2 Italiens, 2 Espagnols, 2 Argentins, 1 Hollandais, 1 Suisse, 2 Australiens, 1 Anglais, 1 Polonais, 11 Français.
Quasiment un voilier sur deux est français .
Si l’on croise ces chiffres en séparant les voiliers de plaisance (12) et ceux de charter (11), les Français sont encore plus représentés : 60 % des bateaux en plaisance.

 

La taille importe-t-elle ?

 

Selon la même distinction pro/non pro, la moyenne de la taille des bateaux est de 15,30 m pour les charters et 12,50 m pour les voiliers en plaisance. Le plus petit mesure 10,5 m, le plus grand 22,5 m, la moyenne générale est de 13,80 m.

 

Une question d’âge ?

 

Les bateaux qui naviguent dans le Sud ont un certain âge, seuls 6 sur 23 ont été construits après l’année 2000. L’âge moyen du groupe nés au XXe siècle est l’année 1986 (6 dans les années 90, 7 dans les années 80, 4 dans les années 70).
Et à propos d’âge, le chiffre pour les skippers est de 51 ans avec beaucoup de monde au-delà de 60 ans, mais aussi quelques skippers de 30 ans qui font bien baisser la moyenne.

 

Quelle cartographie ?

 
Treize voiliers déclarent avoir la carte papier sortie et y reporter les positions GPS. La moitié d’entre eux ont aussi un ordinateur ou un traceur allumé « pour la trace » disent-ils en général, mais aussi pour le cap et la vitesse. Pas vraiment pour la carte. Les dix autres voiliers naviguent en majorité au traceur (6/10), les quatre restants avec OpenCPN, comme nous. Même ceux qui utilisent les écrans ont des cartes papiers à bord au cas où.

 

Le club AFASYN, le club le plus important d’Ushuaïa

 

Les tablettes pour quoi faire ?

 
Seulement onze skippers ont aussi une tablette à bord, moins de la moitié. Surtout des iPad (que deux Samsung), tous chargés de cartes Navionics sauf un (SEAiq). Deux iPad ont aussi iSailor. Personne n’utilise les tablettes pour naviguer, mais trois bateaux disent l’avoir dans le cockpit pour les arrivées.
 
L’usage de la tablette est avant tout pour l’Internet, car l’objet est léger et facile à transporter au café où les réseaux sont souvent de meilleure qualité que dans les marinas. Viennent ensuite la lecture, en particulier des PDF, le visionnage de films et le confort d’avoir des cartes marines avec soi pour s’y référer lors d’une discussion de ponton. Chacun envisage la tablette comme un bon outil de navigation de secours.
 
Avant de commencer ce sondage, je n’imaginais pas une telle persistance du papier sur les tables à carte. Et ce n’est pas une question d’age. Les deux équipages trentenaire utilisent le papier. Mais plutôt une question de temps sur l’eau. Les marins récents ont tendance à privilégier les écrans.
Peut-être que la toxicomanie numérique diminue avec la longueur des voyages ?

 

À Ushuaïa aussi, todos somos Charlie


 

Jouets numériques à bord : la tablette [2/3]

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Avec notre iPad (et iTunes, son avatar monstrueux), nous entretenons une relation ambigüe du type : Je t’aime, moi non plus.

 

Lorsque l’iPad est arrivé à bord, j’étais heureux. Nous allions pouvoir débarquer l’ordinateur, mais aussi le GPS, les compas et autres boussoles, la règle CRASS, les cartes nautiques et routières, les montres, le réveil, mon appareil photo, le vieux lecteur MP3, le minuteur de la cuisine, les livres dont les lourds dictionnaires, la collection de Voiles et Voiliers, la calculette, le niveau à bulle, l’accordeur de guitare, le métronome, le piano (c’est juste pour voir si vous suivez, nous n’en avons pas à bord, nous), le jeu d’échecs, la documentation technique, la caméra de Caroline, le dictaphone, le calendrier, l’annuaire des marées, et ne garder que le vieux Nokia 1616.
Car bêtement, cet appareil ne sait pas téléphoner. Il ne fait pas lampe de poche non plus.

 

L’iPad et sa protection étanche atteignent un kilo. C’est lourd mais on ne l’enlève jamais, le tour en caoutchouc donne un bien meilleur grip que l’objet d’origine.

 

La tablette : ultime outil de navigation ?

 


Les atouts de la tablette à bord sont incontestables : faible consommation, énorme économie sur le prix des cartes, aucune installation, aucun soudage minutieux de fil NMEA, étanche… Aucun ne doute que ce couteau suisse numérique soit bientôt aussi courant que le GPS à bord. C’est la solution la moins chère et la plus simple pour naviguer avec des cartes électroniques à jour…
En plus des routiers papier (1).

 

En bon radin de voyage, j’ai d’abord acheté iSailor qui offre un beau navigateur facile à prendre en main. Les lots de cartes sont plus découpés géographiquement, ils sont moins chers individuellement.

 

Apple Store rembourse

 

Le logiciel iSailor aurait pu nous suffire si le jeu de cartes était plus riche en cartes de détail. Pour l’Amérique Latine (seul jeu que nous avons testé jusqu’ici), il ne peut pas soutenir la comparaison avec le jeu de cartes Navioncs. À notre grande surprise, cet argument a suffi pour que l’on puisse se faire rembourser par l’Apple Store.

 

Navionics : un bon rapport qualité/prix

 
Nous avons donc choisi le classique iNavX avec les cartes Navionics. Comme beaucoup de voiliers, nous naviguions avec les BSB et les CM93 que l’on se refile de bateau en bateau. On s’est aperçu que ce n’était pas désagréable d’avoir des cartes à jour, en particulier sur le Rio de la Plata qui est moucheté d’épaves. Dans cet estuaire, les cartes de l’iPad étaient meilleures que tout ce que nous avions à bord y compris le papier.
 
La cartographie s’est révélée en revanche très décevante en Patagonie où beaucoup de cartes sont franchement décalées quand elles ne sont pas complètement fausses.

 


Le jeu de cartes Navionics (à gauche) est en général plus précis que les cartes de iSailor (à droite)
Détail de l’ile Flores en face de Montevideo.
Cliquer sur l’image pour agrandir

 

iNavX : un programme complet

 
iNavX est un lecteur de carte très complet, il sait tout faire. En contrepartie, il réagit un peu paresseusement sur notre iPad4. Difficile de se plaindre si on pense qu’il y trois décennies on avait juste le choix entre quelques sextants hors de prix. Tempus Fugit. Néanmoins, sans avoir tout exploré, je ne lui connais trois défauts :
1/ L’excellente alarme de mouillage (bien meilleure que sur OpenCPN ou sur notre vieux GPS Furino) ne fonctionne pas si l’application n’est pas un premier plan de la tablette ou si l’appareil est en veille. Dans la vraie vie, elle est donc inutilisable… (même problème pour les autres applications)
2/ iNavx ne peut pas lire les cartes BSB (.KAP), il faut pour cela avoir recours à SEAiq ou à NaviPadFree.
3/ Le compte X-Traverse à payer tous les ans. Hier, j’ai tenté de réactiver mon compte pour faire une mise à jour des cartes que j’avais achetées. La mise à jour était au prix des cartes neuves.

 

L’AIS par le WiFi

 

Pour l’instant l’indispensable AIS ne peut figurer sur l’iPad qu’au prix (cher) d’un répétiteur WiFi qui inonde le bateau de ses ondes délétères. Je sais que cette dernière affirmation est sujette à débat. Nous utilisons d’ailleurs le WiFi régulièrement dans Loïck, reste qu’il nous a semblé de l’ordre de l’hygiène de ne pas avoir de WiFi 24 heures sur 24 en mer dans un bateau en acier.

 

En Patagonie, la justesse de la carte est en faveur d’iSailor (à droite).
Il n’y a pas de coudes dans le Brazo Sudoeste du canal du Beagle comme le montre la carte Navionics (à gauche).
Les pointillés (en rose à gauche) représentent notre trace.
Cliquer sur l’image pour agrandir

 

La météo en haute mer

 

Les noces des tablettes et de l’Iridium sont consommées, des routeurs WiFi permettent des liaisons directes. Les utilisateurs de la BLU continuent d’avoir besoin d’un ordinateur ou d’une tablette sous Windows (architecture x86) pour récupérer les fichiers GRIB (et les mails). Ils peuvent ensuite être transférés vers les logiciels de nav ou vers le très bon logiciel Weather4D Pro.
 
Il faut noter que transférer un fichier vers l’iPad n’est pas vraiment simple. Si on n’est pas connecté à Internet, il faut passer par iTunes, logiciel complexe et lourd qui ne peut agir qu’à partir d’un ordinateur choisi une fois pour toutes. Il faut parfois une application de transfert de fichier en plus sur l’iPad.
Je me pose parfois la question si nous n’aurions pas dû acheter une tablette sous Androïd ou Windows, malgré l’excellence du matériel Apple. Ils offrent plus de souplesse pour les échanges de fichiers.
 
Près des côtes, à portée d’un réseau 3G, la tablette s’ouvre et devient un outil d’une grande puissance pour une bonne météo, sauf qu’en grande croisière on a rarement la puce locale adéquate.
 


La tablette nous permet d’avoir un lecteur de carte numérique à l’extérieur.


 

L’iPad dans la bannette

 

Finalement nous avons gardé notre ancien matériel pour naviguer. La tablette ajoute du confort. Pour certains endroits délicats (rail, ports, chenaux) nous l’utilisons comme répétiteur de l’écran de l’ordinateur (liaison WiFi) ce qui nous permettait d’avoir une cartographie électronique ET l’AIS dans le cockpit à moindre cout. Au mouillage elle dort avec moi au cas où je voudrais vérifier si l’on ne chasse pas.
 
Un dernier point me fait reléguer les tablettes au rang — très utile — d’outil d’appoint pour la navigation : je ne suis guère convaincu par la navigation informatique avec les doigts. Pour moi, rien ne vaut la précision chirurgicale de la souris ou du stylet et la rapidité des raccourcis clavier. Je mets beaucoup plus de temps à faire une route sur iNavX que sur OpenCPN.
Je vois d’un bon œil la fusion des tablettes et ultraportables (dites « pablettes »). Espérons que les OS feront de même pour simplifier les échanges entre nos objets numériques que systèmes portables ont singulièrement compliqués.


 
 
Note :
 
1/ En 2005 dans la Mer de Corail, nous avons failli percuter un récif qui n’était pas indiqué sur la carte électronique à l’échelle où nous la consultions (pourquoi zoomer en plein milieu de la mer?).
L’échouement de Team Vestas montre que la carto véctorielle n’a pas fait de progrès sur ce point.
Nous vérifions nos routes sur un routier papier avant de faire confiance l’électronique. Pour les cartes de détail, c’est moins utile, car la vigilance est toujours plus grande sur le pont. Nous atterrissons généralement de jour quand nous ne connaissons pas la zone.
 
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Note techniques :

 
Pour apprendre et comprendre la navigation numérique (sur matériel Apple),
je conseille le très bon blog de Francis Fustier 

 
Armement de notre iPad :

  • Protection étanche Lifeproof. C’est celle que nous avons rencontrée la plus fréquemment sur les bateaux.
  • iNavX avec cartes Navionics. Le choix de tous les bateaux que nous avons rencontrés. Il est aussi possible de bénéficier des cartes Navionics sans acheter iNavX à travers l’application Boating.
  • iSailor  : Belle interface pratique, mais les cartes manquent de détails. Mises à jour gratuites.
  • SEAip Open   : Pour lire les .KAP
  • TeamViewer  : Pour afficher l’écran de l’ordinateur sur la tablette. Fonctionne sous Linux.
  • Weather 4D Pro   : Mon logiciel préféré pour lire les GRIB et le temps.
  • iTransfer : Pour transférer les fichiers GRIB vers Weather4D Pro et faciliter les échanges de fichiers en général dans l’univers bunkerisé de l’iPad.
  • HF Fax  : Une application qui « écoute » et produit des WeatherFax avec une petite radio SEAGAN par exemple. Peut être utile en cas de panne d’Iridium ou la BLU principale, pour faire une météo.
  • TidePlaner  : marée du jour en version gratuite.
  • GoodReader  : pour les PDF, en particulier les fiches techniques et les manuels (et l’édition numérique de V&V) ;-)

Pour le voyage en général :

  • PoketEarth  : plans de villes utilisables hors ligne.
  • Evernote  : pour les contacts et les notes en photos, sons, textes, capture web synchronisés sur tous les appareils numériques, y compris les systèmes Linux grâce à EverPad.