mise à jour le 18/05/2015 ajout des images

 

Une lueur d’espoir dans un monde hostile.

 

« Le phare du bout du monde » est construit au bout de l’Amerique du Sud : à l’est de l’île des États, une ile au sud-est de la Terre de Feu. Un Ouessant austral à 54 degrés sud. Il ne sert plus à la navigation. En fait, il n’a jamais vraiment servi à la navigation, il est mal placé sur la Punta Lassère, trop enfoncé dans la baie San Juan de Salvamiento.
Il est pourtant utile : il éclaire un monde hostile d’une lueur d’espoir.

 

L’île est désertée en 1902

 

Ce modeste édifice octogonal tient plus de la baraque que du phare. Huit mètres de diamètre, six mètres de haut. Sur le toit en tôle en pente douce est planté un globe de 40 centimètres de rayon qui donne à l’ensemble un air de yourte persane sortie de l’imagination de Tim Burton. À l’origine, en 1884, ce globe devait être placé en haut d’un mât pour servir d’amer remarquable. La puissance des vents a calmé les ambitions des ingénieurs. (1)

 

“Le phare du bout du monde” est situé au nord-est de l’île des États


 
En 1902, la sous-préfecture argentine abandonne cette ile hostile et se replie sur Ushuaïa.
C’est Jules Vernes qui lui a donné ce titre : « Le phare du bout du monde » dans un roman éponyme.

 

Un vrai refuge

 

Le livre d’or et son tampon accueillent le visiteur

 

Il faut un bateau pour aller voir ce phare dans cette ile désertée.
Le phare est fermé par deux loquets qu’il suffit de tirer, sur la porte que l’on pousse est sculptée une baleine blanche. La quête symbolique d’Achab rôde dans ces eaux.

Sous la solide charpente, à gauche, une grande table en bois, c’est la première chose que l’on voit. Dessus, juste un grand livre, deux stylos un tampon et un encrier. Le livre est ouvert à la dernière page écrite par le précédent voyageur.
Au fond, une petite cuisine avec tout le matériel. Le réchaud à gaz fonctionne, une bouilloire est posée sur le bruleur. Les placards sont pleins : de soupe, de pâtes, de boites, de maté… En haut, sur l’étagère, une bouteille de cachaça, plusieurs de vin rouge et une de mousseux.

 

Matelas, couvertures, réchaud, nourriture : le phare est un vrai refuge

 

Le phare baigne dans une pénombre éclairée par huit toutes petites fenêtres carrées distribuées autour de la pièce comme des meurtrières. Une fois les yeux habitués à cette lumière, on comprend que c’est un refuge très équipé. On furète avec un plaisir de gamin dans un grenier. Beaucoup d’outils, lampes à pétrole, bouteilles de kerdane, mais aussi de quoi dormir, matelas gonflable, gonfleur, couvertures et se laver, savon, miroir… À l’extérieur, deux futs de 80 litres récupèrent l’eau de pluie de la toiture.

 

Des naufragés pourraient vivre longtemps ici avant d’être secourus.

 

Sur la porte, un autre mythe : Moby Dick

Mais, comme nous, la plupart des visiteurs n’ont pas besoin de cet attirail. Certains objets ont de la valeur, nous avons remarqué cette très belle lampe à pression. Mais personne ne prend rien. Au contraire, il semble que chacun veuille y donner quelque chose : nourriture, boisson ou babiole. Une valise en cuir est pleine de fanions, de pavillons ou d’objets au nom des bateaux de passage.
 
Alors chacun laisse un mot et repart avec le souvenir d’avoir trouvé un peu d’humanité au bout du monde.
 
 
 
 
 

 
Note :
1/ La construction d’aujourd’hui est une réplique à l’identique en lieu et place du phare. Le projet financé par la France est né de l’utopie de André Bronner dit « Yul » qui a reconstruit l’édifice en 1999. Aujourd’hui, derrière l’une des petites fenêtres carrées, une lentille de Frenel diffuse un faisceau vers le large, alimenté par des panneaux solaires.

 

Le phare brille de nouveau grâce à « Yul » et aux dons de la France