Le point sur le voyage et les publications du blog.

 

Le Blog boude. Le Voyage lui avait promis que l’on s’occuperait de lui dès que l’on arriverait près d’une source d’internet, mais les priorités ont encore changé. C’est le Bateau qui, comme toujours, passe en premier. Cette fois encore, le Moteur accapare l’attention.
Ils sont nos nouveaux Maîtres.

 

Un grand pas vers la Liberté

 

Lorsque nous sommes partis en bateau, nous avons cru faire un grand pas vers la Liberté. Ce n’était pas complètement faux. Nous nous sommes affranchis du pire des maux : l’Ennui et sa copine la Routine et toute leur marmaille de Petites Habitudes. Non pas que l’on souffrait beaucoup, ce cancer n’est pas douloureux. Il hypnotise lentement avant d’étouffer définitivement le patient — bien nommé — dans une attente interminable.

 

Les images d’illustration de ce billet sont autant de sujets pendants. Ici : notre apprentissage des nav. du Sud.

 

Voyager est une cure radicale à cette famille de maladie, un remède bien connu. Mais en partant sur la mer, avons-nous bien mesuré combien notre nouvelle Liberté serait en fait de nous soumettre à de nouveaux Maitres que nous avons choisis ? Faut-il les citer ? Dans quel ordre ?

Autre histoire : Le chat perdu aux Malouines

 

Avide de sacrifices

 

Difficile de savoir qui est à la tête de ce nouveau royaume. Il est souvent impossible de comprendre lequel il faut servir en premier. Le Bateau demande beaucoup de soin, c’est un seigneur exigeant parfaitement capable d’entraver durablement son suzerain, le Voyage. Tapie dans l’ombre, modeste, la Caisse de Bord fait croire qu’elle ne décide de rien, mais tous en dépendent. Fragile, elle doit être manipulée avec une extrême précaution. La Nature, elle aussi commande à toute une troupe de demi-dieux turbulents comme la Mer et le Vent que l’Équipage, sujet soumis, doit sans cesse supplier de ne pas se mettre en colère.

 

En partant sur la mer nous avons quitté le monde moderne pour vivre, comme les anciens, à la merci d’un Olympe versatile avide de sacrifices.

 

Échouage ou échouement ?

Un autre petit tyran

 

Encore une fois nos Princes se chamaillent.
Le Voyage doutait. Atlantique ou Pacifique ? La Caisse de Bord a été très claire : il n’est pas question de passer dans le Pacifique avant d’avoir nourri son petit corps maigre et affamé.
Le Voyage encore jeune — il n’a que trois ans — ne veut pas rentrer et trouve les exigences de la Caisse de Bord sans intérêt, limite sordide. Un compromis a été trouvé. Loïck, malgré son envie naviguer ne passera pas dans le Pacifique, mais pourrait rentrer par la route des écoliers : la Mer des Caraïbes. Dans son for intérieur, le Voyage espère encore qu’il se trouvera sur la route de quoi calmer la faim de la Caisse de Bord.

 

Le Blog, un autre petit tyran, trépigne. Cette situation confuse lui a déjà assez porté tort. Il considère que ces derniers mois de navigation dans l’Atlantique Sud, sans pouvoir se connecter à Internet, constituent un cas de maltraitance caractérisé. Maintenant que nous sommes arrivés à Buenos Aires, il exige l’attention de l’Équipage — ce qui lui vaut une remarque aigre du Voyage pour lui faire remarquer qu’il lui pique déjà pas mal de temps et qu’il faudrait voir à ne pas inverser les priorités. Les Vidéos prennent le parti du Blog en rappelant qu’il contribue à la Caisse de Bord. La caméra est cassée, les Vidéos savent qu’il faut flatter l’avaricieuse pour la faire réparer.

 

Mécanique des femmes à bord

La mer, jusqu’au plancher

 

Pour gagner notre panthéon à sa cause, le Blog égraine nos dernières histoires de voyage comme autant d’arguments ; par exemple : la rencontre de ce couple de jeunes marins si également qualifiés qu’ils doivent tirer à pile ou face pour savoir lequel des deux sera le skipper du bateau qu’ils viennent d’acheter ; ou bien cette jeune femme qui convoie des catamarans entre l’Afrique du Sud et l’Australie, y compris en hiver ; ou encore ce couple de Chine Populaire qui achète un 50 pieds pour se marier en Antarctique alors qu’ils n’ont jamais navigué ; et va-t-on enfin parler des navigations de Loïck dans les canaux chiliens ? Aux Malouines ? Et le long de la côte argentine ? Il y a pourtant de quoi faire : la manche des légumes chez les jardiniers de Port Stanley, les fils de l’éolienne qui crament sous la furie des vents, la mer qui envahit Loïck jusqu’au plancher…

 

Des tatous braqueurs au pique-nique

La Caisse de Bord blêmit

 

Loïck frémit d’orgueil à cette idée qu’on parle de lui, mais son capricieux rejeton, le Moteur, a reçu un coup dans l’hélice et demande une sortie d’eau pour un équilibrage. Là dessus la Nature vient rappeler que si l’on veut remonter les côtes du Brésil, il faut passer avant fin juillet. Carénage, passage de l’arbre chez le tourneur, équilibrage, avitaillement, adieux aux amis argentins, 2500 milles de navigation, les deux prochains mois devraient être bien occupés. La Caisse de Bord blêmit devant ces nouvelles dépenses pendant que le Blog, son seul allié objectif, se voit bâillonné.

 

Afin de ne froisser personne, L’Équipage veut terminer ce mot d’allégeance au Blog, en lui demandant d’être patient. Nous sommes toujours ses serviteurs dévoués, mais les maîtres de notre maître nous ont fait mander.

 
Ainsi va la Liberté en mer, faite d’une multitude de servitudes volontaires.