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About: loick

Caroline Duvivier, 37 ans, vidéaste. Hughes Bigo, 51 ans, photographe. Ils vivaient à Paris et naviguaient sur un Sangria amarré à L’Estaque. En 2004, on leur propose un embarquement aux Iles Salomon à partir des Fiji. Charge à eux de ramener le bateau, un Sun Fizz, au Vanuatu. C’est une année sabbatique exceptionnelle où ils découvrent la grande croisière. Rentrés à Paris en 2005, ils économisent pour repartir. Ils achètent Loïck en 2007, un Rêve d’Antilles en acier. Il faut encore trois ans de travail pour boucler le budget. Ils quittent Paris en août 2010, rénovent le bateau à St Brieuc pendant un an et demi et partent de Brest début 2012. Le projet : vivre en bateau et exercer leurs métiers depuis le bord. Note : Ce blog complète les vidéos de Caroline « Petites histoires de Grande Croisière » que vous pourrez retrouver sur le mini-site de Voiles et Voiliers.

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Malédiction au paradis

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Nous étions partis de Buenos Aires pour revenir en France. Au Brésil, une hernie discale nous a obligés à une escale d’un an. Quand le voyage prend des allures d’exil.

 

« Il ne manquerait plus que le chat meurt » disions-nous pour rire de l’accumulation de nos vicissitudes. Et voilà que le chat meurt. On a arrêté de rire. Un an que le mauvais sort nous traquait. Trop. Péca s’est-elle sacrifiée pour rompre cette malédiction ? Absurde ! Pourtant, nous aurions tellement eu besoin d’une explication. Nous avions perdu la boussole.


 

À notre arrivée en avril 2016, dans la baie d’Ilha Grande, il fallait faire quelque chose pour le mal de dos de Caroline. Le médecin de l’hôpital public (gratuit) a diagnostiqué une hernie si grosse qu’il lui a interdit de voyager, même par avion. Piqûres, repos total, puis kiné et RPG (1).

 

Notre mouillage pendant les 6 premiers mois.
Une escuna (goélette de travail bahianaise servant aujourd’hui pour le tourisme) et la petite église de Bonfim.

 

Malgré le mot du docteur, l’affaire n’a pas du tout plu aux services d’immigrations locaux. Le temps du rendez-vous pour l’IRM, et diverses entrevues avec les médecins, nous avions déjà cramé les trois mois de visa touristique, théoriquement non renouvelable.

 

« Não tem jetihno, a lei é a lei ! Têm que ir embora ! »

 

Une des équipes remonte-moral. Amanda, Rainer et Anthony.

« Il n’a pas de petits arrangements, la loi c’est la loi ! Vous devez partir ! » a tenté la policière fédérale malgré l’avis médical. Mais elle a dû céder devant notre réclamation d’une lettre manuscrite de sa part à présenter à notre consulat et sa hiérarchie.

Les trois mois suivants furent entièrement consacrés aux tracasseries administratives, productions de preuves, demandes de visas médicaux (impossible à obtenir), déclarations sur l’honneur et mille et un papiers à recommencer tous les trente jours (plus la douane et la marine brésilienne pour le bateau) dont un aller et retour à Rio, appels au consulat.

Face à un fonctionnaire en émois qui craint de faire une boulette entachant sa carrière, rester un immigré légal est un job à plein temps.

 

Si la Police Fédérale nous mettait des bâtons dans les roues, les Brésiliens que nous croisions dans la petite baie de Bonfim où nous avions jeté l’ancre faisaient tout pour aider. Le boulanger nous servait de boîte aux lettres, un couple de mormons écrivait nos courriers en portugais, kiné et médecins produisaient attestation sur attestation pour calmer la fringale administrative. Tous nous offraient leur amitié autour de repas joyeux. Nous apprenions le portugais et l’infinie résilience brésilienne dont nous tentions de nous inspirer.

 

Le paradis du plaisancier indolent

 

Ilha Grande ou le bonheur d’avoir un bateau (qui fonctionne).


 
En octobre, le médecin a levé l’avis médical et nous sommes devenus des immigrés clandestins. L’hiver commençait en Atlantique Nord. Vers le sud, repartir pour les coups de vent du Cap Santa Marta et la côte difficile de Rio Grande do Sul ne nous faisait pas envie. Qui aime faire demi-tour ? Nous avons décidé de rester dans la baie d’Ilha Grande malgré la perspective d’une amende de plusieurs milliers d’euros si nous nous faisions prendre.

 

Des plages superbes, mais aussi pas mal de déchets plastiques. Le monde tel qu’il est.


 
La baie d’Ilha Grande ressemble au paradis du plaisancier indolent (combien de fois j’ai eu cette appréciation sur mes bulletins scolaires !) Un plan d’eau de 65 × 25 milles, bien protégé, pas de houle, peu de vent sauf le thermique de l’après-midi et un petit coup de sud à 30 nœuds de temps en temps, 15 m de fond en moyenne, 250 plages et 187 îles et îlots couverts de forêt primaire avec de nombreuses sources d’eau potable. Mer relativement transparente vers le large, bonne pêche, pas de délinquance maritime.

 

La meilleure eau potable du voyage.

Sûrement un des meilleurs plans d’eau de la côte sud-américaine pour passer les six mois qui nous séparaient du printemps de l’hémisphère nord. Et de nombreuses criques pour éviter la Marinha do Brasil pourtant bien présente dans cette zone qui abrite aussi un pipeline pour pétrolier et une usine nucléaire. Des vacances clandestines !

 

La malédiction

 
Mais le sort en a décidé autrement. Une série de petites pannes et maintenances urgentes se sont mises à éclore à un rythme tel que nous en venions à appréhender d’allumer l’ordinateur, démarrer le moteur ou mettre les feux. Ce fut d’abord l’écran du portable, puis le clavier, puis l’alimentation, un câble dans le mât, le démarreur, le contacteur, de l’eau dans le moteur, les antennes BLU impossibles à accorder, des trous d’oxydation dans la baille à mouillage, la chaîne, la batterie de démarrage, le groupe électrogène neuf (4 pannes en 6 mois, finalement abandonnés chez le réparateur faute de pièces livrées à temps), les toilettes qui fuient, la perte d’une carte bleue envoyée de France, multiples interventions sur l’annexe

Sonde anémo “tout temps” : moins de 5 ans pour que les films d’étanchéité explosent. Et je ne parle pas des boulons du HB Honda bouffés par la rouille etc. Pfff!

qu’il faut encore regonfler à chaque utilisation, fuite d’huile et d’essence dans le hors-bord, et la mort de l’anémomètre, du smartphone, de l’appareil photo, du deuxième iPod racheté récemment, le vice caché dans le nouvel ordinateur, l’antifouling qui desquame obligeant à nettoyage quotidien d’une partie de la coque en apnée et une odeur de soufre récurrente dans le circuit d’eau de mer du lavabo malgré de multiples nettoyages et remplacement des tuyaux. J’en oublie. Malédiction, quand tu nous frappes !

 

Incapables de reprendre la mer ?

 

Pour bien comprendre notre harassement, il faut convertir chaque item de cette liste en heures de travail dans un bateau en acier chauffé à blanc et baigné par la moiteur tropicale. Après nos problèmes de santé (moi aussi j’ai eu ma part, moindre) et administratifs, nous en avions marre d’être incapables de profiter un peu de cette escale imposée, mais superbe.

Insidieusement, la malédiction affectait notre moral, et bien sûr nos relations, rendant chaque nouveau surgissement de problème plus difficile à supporter. Je me suis mis à perdre l’attention, sens indispensable en bateau. Le Kindle : oublié dans le bus, les lunettes : au fond de l’eau trouble, la deuxième paire aussi, la couette : envolée dans un coup de vent, etc.

 

Sommes-nous encore réellement capables de prendre la mer ? Voilà la question qui me hantait la nuit. Problèmes de santé, usure du bateau, infortune, clandestinité, tout à coup notre vulnérabilité m’engloutissait. On ne peut pas voyager déprimé, sûrement pas en voilier (ni écrire un blogue). Avoir le moral est une nécessité cardinale.

 

Péka adorait son bac d’herbe. Sous ces latitudes, ça pousse tout seul,
comme notre basilic et notre aloe vera emporté d’Argentine.

 

La mort du chat

 

Un chat qui préférait le poisson à la viande. Elle ne descendait que rarement à terre.

Dans ce cadre atone, la mort du chat fut très triste, et nous dessilla. Elle nous a permis vraiment de pleurer, et sur autre chose que notre propre sort. La mort proche, concrète, présente, réelle change les perspectives. Au-delà de la tristesse et du manque insondable, elle a produit sur moi un « effet Montaigne ». Un relativisme qui oblige à prendre chaque problème à son tour et nettoyer le drame qui colle aux ennuis comme du cambouis. C’est ainsi que la petite Péka aura été une valeureuse équipière jusqu’au bout, en aidant encore le bateau dans son agonie. Sous la chaleur, ses reins ont lâché, probablement la conséquence de sa semaine de claustration aux Malouines pendant laquelle elle n’aura pas pu boire.

 

Si la mort de Péka nous a permis de regarder chaque panne comme autant de problèmes que nous n’avons pas eus en pleine mer, elle a aussi mis en relief toute la sympathie de la petite communauté de la baie de Tarituba, un village de pêcheur et de vacances populaires où nous avons pu cacher Loïck pendant plusieurs mois, avec leur complicité. Ils nous prévenaient quand le semi-rigide de la Marine approchait et emportaient notre annexe afin que Loïck paraisse inoccupé.
 
Cette année d’escale forcée nous aura appris le portugais et offert la « saudade » (2) d’un Brésil bienveillant et généreux, pas si facile à comprendre de prime abord.
 
Aujourd’hui nous naviguons vers le nord du pays avec une sérénité retrouvée même si le dos de Caroline reste fragile. Peut-elle traverser l’Atlantique ? Nous avons encore un bon mois pour répondre à cette question.



 
NOTES
 

1/ RPG : Rééducation Posturale Globale un soin commun au Brésil, développé par un français Ph. E. SOUCHARD depuis 1980.

 

1/ Saudade : Notion complexe que l’on résume un peu vite à une nostalgie heureuse ou un bonheur mélancolique. Lire le wiki sur le sujet.

 

Saudade

 

Quelques mots pour 2017

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Bonjour amis lecteurs,

 

Un trou d’oxydation dans la baille à mouillage

D’abord, quelques mots d’usage pour vous présenter nos meilleurs vœux pour l‘année à venir, en espérant, pour notre part, qu’elle ne ressemble pas à 2016. Nous ne sommes sûrement pas les seuls à penser cela.
 
 

Ensuite, quelques mots d’excuse pour vous présenter mes regrets de ne pas écrire plus souvent ces derniers temps. Depuis le début 2016, une longue liste de pépins de santé, de visas, d’informatique, d’annexe, d’oxydation et, maintenant, de moteur ont croqué l’essentiel de notre temps. Il faut bien l’avouer, aussi, un peu de notre allant nécessaire à la rédaction du blog et des vidéos.

 

Le plus important est derrière nous, en particulier la mauvaise hernie discale de Caroline a été soignée. Pour le moteur, s’il y a des diésélistes parmi vous, une discussion est en cours sur Hisse et Oh.
En passant, je salue la très belle entre-aide et le soutien que l’on trouve sur La Toile, ils sont tellement utiles aux voyageurs esseulés que cela mérite un article qui pourrait s’intituler “L’équipier virtuel”.
 
 
 

Le Brésil, tranquille.

Enfin, quelques mots sur notre actualité pour comprendre les décalages de ce blog. Les derniers billets se situaient aux Malouines. Nous avons été surpris combien ces petites îles nous ont inspirées. Si je n’avais pas peur de vous lasser, je ferais bien un dernier texte sur le foyer Seamen’s Club : nous y avons rencontré des marins philippins qui s’étaient jetés à l’eau pour s’échapper de leur bateau de pêche austral.
Loïck est un bateau qui aime voyager lentement, néanmoins, il avance plus vite que je n’écris. Nous sommes actuellement au Brésil, dans la baie d’Ilha Grande
Cette petite année d’escale forcée dans la douceur brésilienne a formé un excellent remède aux problèmes de dos, et dès que le moteur arrêtera de danser la samba, nous reprendrons notre route vers la France.

 

Bonne année et à bientôt.

 

L’équipage de Loïck : Caroline, Hughes et Péka, le chat.

 

Bon le moteur est en panne mais le mouillage n’est pas mal…

 
 

Fruits et légumes, perles et bijoux

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Dans les latitudes australes, trouver de bons fruits et légumes pas trop chers est une course au trésor.

 

Avec 1045 euros par mois (voir billet précédent), au Brésil, en Argentine, nous vivons « comme tout le monde ». Aux Malouines, nous sommes passés direct sous le seuil de pauvreté du pays.

La première fois que nous sommes entrés dans le supermarché de Port Stanley, nous avons été rassurés en voyant les prix des pommes et des oranges… avant de comprendre que les fruits et légumes sont vendus à l’unité ! Il faut voir ces merveilleuses patates blondes, filmées par deux sur une barquette d’un noir velouté, de vrais diamants ! Rubis de pommes lustrées ! Émeraude géante de choux ! Navets d’agates ! Nous n’avions pas notre place dans cette joaillerie.
Il nous fallait un plan B.

Rare romanesco !
Trouvé aux Malouines

 

La promesse d’or vert

 

Tant pis pour les pommes et les oranges venues d’Uruguay, nous partons voir Stanley Growers, le gros maraîcher à l’est de la ville. Vu les horaires alambiqués du maraîcher en vente direct, nous trouvons porte close. C’est en coupant à travers ses champs pour rejoindre le bateau que nous découvrons que les talus étaient pleins de plants de jeunes pommes de terre qui avaient échappé à la récolte. Afin de ne pas embêter les propriétaires avec les règles ancestrales du droit de glanage, nous remplissons nos sacs sans prévenir personne.

 

Les légumes habituellement cultivés dans les jardins aux Malouines.


 

Mais on ne peut pas manger que des patates et du mouton — extrêmement gras et bon marché sur l’île. L’Irish Stew, bien que délicieux, ce n’est diététiquement pas tenable — en particulier pour des pratiquants de la Sainte Trinité riz complet-légumes-lentilles. La promesse d’or vert nous est tombée du ciel sous forme d’une affiche placardée à la Christ Church Catheral : « Dimanche, La Socitété Horticulturelle (sic) des îles Falkland organise une Foire aux Fleurs, Légumes, Produits de la Maison et du Jardin, au presbytère, suivit d’une vente aux enchères ».

Toutes les générations sont venues pour apprécier ou concourir.

 

Une expo de légumes

 

Des comices agricoles australes ! Une opportunité pour notre garde-manger et la promesse d’un joli moment. À ne rater sous aucun prétexte. Les activités, si elles sont fréquentes grâce au grand dynamisme de la communauté, elles ne sont pas si nombreuses dans cette capitale de 1600 habitants.

Nous arrivons bien à l’avance. Après nous être acquittés de la livre d’entrée, nous pouvons admirer les œuvres exposés, sur des nappes blanches, les murs aussi sont blancs. Le cube blanc, les codes d’art international sont respectés avec une innovation charmante : parfois, en plus du nom de l’artiste, il y a sa photo. C’est ma première exposition de légumes. Ils sont magnifiques ! D’autres supports ont été invités, les fleurs, mais aussi les œufs présentés cassés dans une assiette pour pouvoir admirer la profondeur de la couleur, la saillance du jaune. Après un an, dans les latitudes australes, cet art brut nous met en grand émoi.
En revanche, les couleurs pastel des pâtisseries d’inspiration britannique nous laissent beaucoup plus circonspects.

 
 

Sage tempérance

 

Les œufs aussi seront vendus aux enchères comme les fleurs, les gâteaux, le pain qui font partis du concours.

 

Plus d’une centaines de catégories, dont les grosses tomates rouges, les grosses tomates non-rouges, les petites tomates rouges, les petites tomates non-rouges, neuf sortes de pains dont croissants et pizza, le tout croisé avec les sous-ensembles « femmes » et « enfants », plus le Fun Prize pour la bizarrerie de ladite catégorie — comme la double carotte. La distribution de prix est interminable. Chaque participant ne pouvait que gagner. Les récompenses s’échelonnent de 15£ à 0,5£ (20€ à 0,75€). Une sage tempérance qui nous a paru de bon augure pour la vente aux enchères.
 

Raisin des Falkland

 

Une grappe à 20€!

 

Nous avons vite déchanté. La passion des Falklanders pour les produits du jardin et leur pouvoir d’achat nous ont vite mis hors course. Les sacs de quelques kilos, pouvant tenir à bout de bras, partaient à plusieurs dizaines de livres. Une façon de montrer la valeur accordée au travail de son voisin et d’enrichir leur société « horticulturelle » bénéficiaire de la vente. Les enchères fusaient comme de bonnes blagues, suscitant les rires. Nous assistons à une forme de potlatch. Rien en dessous de 20 livres. Ah ! Si, une simple grappe de raisin (poussé aux Malouines !), enchérie jusqu’à 15£ (20€) par un enfant d’une douzaine années, qui trouvait sûrement que c’était là le meilleur usage de son argent de poche.

 
 
Les jours suivants nous sommes allés faire du porte-à-porte chez ces jardiniers talentueux. Nous sommes entrés dans les serres où les légumes délicats poussent dans une belle terre noire. Quelques-uns nous ont vendu leur production, pour moitié moins chère qu’au supermarché, la plupart nous ont donné des brassés de choux, navets, carottes et pommes de terre.
Et un jour, en rentrant d’une promenade, nous avons trouvé un gros sac en plastique accroché au guidon du vélo de Caroline. Il était plein de perles potagères.

 

S’ils sont protégés du vent, les légumes poussent bien dans la terre noire des Malouines.

 
 

Budget voyage : pauvre de nous !

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Lorsque nous sommes arrivés aux Malouines, tout nous a paru très cher. Nous avons donc fait un pointage précis de nos dépenses. Résultat de notre économie de guerre : 1 045 €/mois.

 

Sur Loïck, cela fait quelques années que nous pratiquons la simplicité volontaire ou « la sobriété heureuse » — pour citer un de nos rares utopistes, Pierre Rabhi. Pour les besoins de ce billet, nous avons calculé le coût de 39 mois de voyage. Tout compris sauf les assurances, en grande partie résiliées depuis deux ans. Nourriture, gasoil, marinas, vêtements, nouvel ordi (d’occasion), pièces moteur, deux répétiteurs, un petit groupe électrogène et même le génois (neuf) North Sail fait à Buenos Aires.

 

Un bateau bien préparé

 

Ce coût s’appuie sur un Rêve d’Antilles en acier de 1985 parti bien préparé. Acheté 28 000 € en mauvais état et sans aucun équipement, il nous a coûté une bonne année de travaux au rythme lent de ceux qui apprennent. Avec deux annexes et l’équipement grand voyage, le coût de revient final atteint 70 000 € (prix du projet pas seulement du bateau) avec GV et trinquette neuve. Mais je ne compte pas nos heures. Cette année de travaux nous a beaucoup appris sur le bateau, mais aujourd’hui j’achèterais un bateau en meilleur état et surtout mieux équipé, ce serait moins cher. Nous avions grandement sous-estimé le prix des équipements et surtout le temps qu’il faut pour les installer (portique, panneau solaire, éolienne, plate forme, régulateur, casquette de descente, circuit 220v, chargeur de quai, radar, BLU, etc.)

 

Pour éviter toute surprise dans le Sud, nous avons fait faire un génois par North Sail à Buenos Aires (très pro).

 

Le chat: 2 % du budget


Chères marinas !

 

Le budget de fonctionnement que je vous expose ici commence à Buenos Aires (après un an de voyage) pour la raison très bête : on nous a offert un Smartphone et c’était devenu pratique d’enregistrer toutes nos dépenses grâce à une petite application. Il s’étend sur trois ans et trois mois de voyage en Argentine, dont un an à Ushuaïa, aux Malouines, encore en Argentine, en Uruguay et au Brésil depuis six mois.

Durant cette période le bateau est sorti de l’eau deux fois, pendant 10 jours, il a reçu un génois neuf (2 000 €) avant d’aller dans le sud et une réparation du moteur (700 €) et un nouveau jeu de batteries de services Trojan (640 €). Marina et gasoil sont inclus dans ce budget et représentent une surprise. Je ne pensais pas avoir dépensé 4 100 € de marina, soit le quart du budget bateau, plus de 100 € par mois, pourtant on fait très attention. Mais seulement 1 800 € de fluides pour les moteurs, faut dire que l’on bouge lentement. Le bateau représente 40 % (15750 €) du coût du voyage hors assurances. (1)

 

Deux sorties d’eau en trois ans.

 

Moins d’assurances

 
Un mot sur les assurances : nous étions assurés “tous risques” à travers STW pour 800 € en zone Europe, 1 200 € en zone Antilles, 1 800 € en zones monde pour une valeur vénale de 70 000 €. Il y a deux ans, l’assureur a jeté l’éponge. Notre courtier nous proposait des contrats valant le double pour la même valeur. Par manque de budget, et mis en confiance par l’absence de sinistre, nous avons quitté le confort du “tous risques” et pris une assurance responsabilité civile / rapatriement pour moins de 100 € à l’AGPM.
Nous avons gardé la responsabilité civile famille de STW. Nous avons aussi annulé le contrat de santé Allianz Urgences qui s’est révélé être carrément malhonnête, en plus d’être inutile pour les marins (arrêté depuis par STW).

 

Pour les petits budgets, matinée gratuite au théâtre Colon de Buenos Aires

 

Une vie sobre

 

Les dépenses de santé, qui n’ont jamais été remboursées, représentent 5 % de notre budget (2200 €), elles incluent une opération avec anesthésie à Ushuaïa, une IRM et les soins de kiné et de médecin pour une hernie discale traitée au Brésil, plus des soins de dentiste réguliers.

 

Presque le même pourcentage pour le « divertissement » (50 €/mois), restaurants, expositions, cinémas, piscine…
Une vie sobre, mais sans privations : peu de restaurants, pas de sorties coûteuses, mais sans rater la vie culturelle bon marché de Buenos Aires par exemple. Un regret, néanmoins, notre budget ne nous a pas permis d’aller voyager à terre. Le chat représente un autre frein pour laisser le bateau.

 

Alimentation, ne pas se priver des bonnes choses

 

Alimentation, le plus gros poste

 

Dernier point, le plus gros poste : l’alimentation, qui constitue 45 % de notre budget. Une règle sur les alcools : boire local. Argentine et Chili : vins autour de 5 € la bouteille pour des vins qui valent les vins français aux mêmes prix. Brésil : cachaça, aussi 5 € la bouteille, mais elle dure plus longtemps. Partout : de la bière, excellente en Uruguay. Comme pour le bateau, aucune restriction sur la nourriture parfois même achetée bio.
Résultat du coût de 39 mois de balade en Amérique du Sud : 1 045 € par mois pour un bateau de 12 mètres, deux personnes et un chat.

 

Lutte contre l’obsolescence

 

À ce prix-là inutile de dire combien de fois on a rapiécé nos vêtements. Le temps économisé en shopping sert à lutter contre l’obsolescence. Pas un objet jeté qui ne passe par l’atelier pour tenter de sauver tout ou partie du malade. Souvent c’est la petite électronique où généralement il suffit de changer des batteries, raccourcir un câble rompu ou refaire des soudures pour sauver les objets. Il y a une satisfaction de chirurgien à ouvrir à la scie japonaise une alim Apple pour aller déposer une goutte d’étain qui la ressuscite. C’est 89 € (sic !) d’économies.

 

Mais pourquoi un plastique si fin pour assurer l’étanchéité ? Il a craqué sur les 4 sondes, bien sûr.

Je me mets même à aimer le look Mad Max de certains objets, comme on aime un vieux pull rapiécé. Nous avons plongé dans le Low Tech, le DIY (fais-le-toi même — pourquoi toutes ces expressions sont-elles en anglais ?)
Sans trop nous en apercevoir, nous nous sommes radicalement éloignés de nos modes de consommations que nous pratiquions avant de partir. Une addiction pas si difficile à oublier, lorsque l’on n’est pas tenté.
Quand même, on a craqué une grosse fois pour un iPad étanchéifié avec cartes et tout. Ouah !… Comme c’était bon !
 
 
 

 

Notes :

1/ Si cette somme inclut les sorties d’eau, l’antifouling, il faut aussi savoir que nous vivons sur nos acquis. Après cinq ans, le bateau a besoin, à moyen terme, d’un bon gros chèque de 6 000 euros (dont un spi, une chaîne de mouillage que j’ai fait l’erreur de ne pas changer en France, elle est chère et difficile à trouver en ISO ailleurs, peinture, une annexe…). De même, notre matériel photo et vidéo professionnel est obsolète il doit être remplacer pour suivre les nouvelles normes. Et c’est aussi pour cette raison que nous rentrons en France.

 

Un petit luxe, la laverie. Quand c’est possible.

 

Ris par gros temps au portant

Par

 
Voici une manœuvre que nous avons apprise récemment sur Loïck, je n’ai aucune idée de sa popularité, mais, si vous ne la connaissiez pas, elle vous sera bien utile.

 

« Un marin, ça sait tout faire mais mal » j’aime beaucoup cette phrase d’Autissier (1) qui allège les frustrations de mon caractère un tantinet maniaque. La citation fonctionne bien sûr pour le bricolage, lorsque le dernier coup de couteau vient gâcher la belle apparence du joint polyuréthane, mais aussi pour la cuisine lorsque je sors du four un pain qui tient plus de la maçonnerie que de la boulange. Mais il est un domaine honteux que peu avoueront : le réglage des voiles et les manœuvres en grande croisière font souvent partie de cette liste.

Et c’est normal. La plupart des skippers n’ont pas une formation très poussée en voile. Mon cas n’est sûrement pas isolé. J’ai beau avoir fait de la complétion en 420 pendant mon adolescence, je n’ai quasiment jamais régaté sur quillard, ni fait les Glénans, et je n’ai pas souvent été équipier.

 

Prendre un ris, je croyais savoir…

 

Le portant en ciseaux, l’allure la plus confortable pour Loïck dès que le vent souffle.
Aucune envie de passer face au vent pour prendre un ris. © Ariel sur Skol


 
Je me suis fait cette réflexion sur la grande croisière après que Salvatore, qui a fait de la course au large, nous a expliqué comment il prenait un ris par gros temps au portant en solitaire. Et je me suis senti très bête.
Autre exemple. Je me souviens d’un skipper qui venait de faire Afrique du Sud / Cap Vert en solo d’une traite sur un 52 pieds et qui m’a demandé, sérieusement, comment on prenait une cape.

 

Ris face au vent. C’est mieux à plusieurs

Prendre un ris, je croyais savoir ce qu’il y avait à savoir, mais c’est le propre de l’ignorance, il est difficile de se figurer de son étendue.
Alors, à tout hasard, si comme moi, vous ne connaissiez pas ce petit tour de main, ce billet vous sera tellement utile qu’il fallait l’écrire quitte à passer pour piètre marin auprès de ceux qui savaient.

 

Le ris face au vent, c’est la guerre !

 

Résumé des épisodes précédents.

Sur Loïck, nous avons beaucoup pratiqué le ris face au vent. Disons à 20-30 degrés du vent réel pour être précis, à fin que la voile d’avant, bordée à fond, ne se mette pas à claquer. Ce bruit me fait tellement mal pour les voiles que j’abordais la prise de ris avec le stoïcisme d’un père qui s’apprête à faire des points de suture à son fils. C’est douloureux, mais c’est pour ton bien.
 
Car lors d’une prise de ris face au vent par gros temps, il est bien difficile de ne pas faire faséyer les voiles. La voile d’avant a du mal à tenir avec les vagues qui viennent taper sur l’étrave — et, au passage, noyer le pont.
La GV de Loïck est full-batten, elle refuse de descendre ou de monter si la pression est trop forte. On sait qu’il faudra forcément la faire faséyer un peu, le moins possible. Donc vite ! Affale ! Passe l’anneau de l’oreille de chien dans le croc ! Souque ta drisse ! Avale la bosse ! Vite ! Ça claque ! On s’entend plus ! Gueule à Caroline : « Le tissu ! Ça pince pas ? » Merde ! J’ai de l’eau qui est rentrée dans la botte !
 

Le ris face au vent, sans vergogne on appuie au moteur.

C’est une manœuvre où il vaut mieux être deux, car ni le pilote ni le régulateur ne tiennent correctement le bateau face à la mer sans la GV, le bon angle est trop fin. En général on appuie au moteur.

 

La variante Moitessier

 

Pour le ris face au vent par gros temps, il y a la variante piquée dans un bouquin de Moitessier : prendre la cape. C’est mieux pour la voile d’avant, mais, sans la GV, Loïck se met complètement travers à la vague. Il faut l’aide du moteur pour remettre suffisamment le bateau dans l’axe du vent pour que la voile retrouve un angle assez aigu pour lui permettre de descendre.

Prendre des ris face au vent par gros temps n’est pas une sinécure d’autant qu’en général on navigue aux allures portantes, la plupart du temps en ciseaux. Une allure que Loïck aime bien pour passer la vague quand elle se fait grosse. Dans ce cas, notre stratégie ne fait pas dans la finesse : roule le génois en laissant le tangon à poste, remonte au vent avec le moteur au moins au deux tiers, prends ton ris, abats et déroule ton bout de foc. L’avantage c’est que la manœuvre se fait bien au pilote électrique.
Mais de toute façon, par gros temps contre le vent, c’est la guerre !

 

Le double palan : très pratique pour trianguler la bôme, quelle que soit l’allure.

 

La prise de ris au portant

 

La prise de ris au portant que nous pratiquions sur d’autres bateaux s’est révélée impossible avec la GV full-batten de Loïck. Si le vent souffle fort, la pression sur les chariots est trop grande lorsque la voile est ouverte. Elle ne descend pas. C’est là que Salvatore nous a donné la solution : il suffit de la fermer pour diminuer la pression.

Il faut donc ramener la bôme au centre du bateau, à la limite de l’empannage et bien souquer toutes les manœuvres pour que plus rien ne bouge : l’écoute, la balancine, le frein de bôme.
Sur Loïck c’est très simple, car le bateau était équipé de la technique du double palan pour le débarrasser du rail d’écoute, du hale-bas et du frein de bôme. Mis à part le paquet de nouilles dans le cockpit au près, c’est une excellente option.

Une manœuvre particulièrement facile à faire avec un foc tangonné qui garde le bateau bien stable. Une fois que la GV a sa chute bien souquée quasi dans l’axe du bateau, même si elle empanne ce n’est pas un drame. La pression sur la voile n’est pas très forte et sa mobilité est faible.

 

Une quinzaine de petits ris

 

dessin ris vent arrière

Prise de ris au portant : la bôme au centre puis détendre le guindant et retendre la chute, décimètre par décimètre.


 

À ce stade, par vent fort, si vous affalez un ris entier cela va rendre toute la mobilité et remettre la pression dans la voile détendue. Vous avez toutes les chances de briser une latte. La manœuvre paraît contraire à toute logique.
 
Le bien joué de cette manœuvre, c’est de prendre son temps.
Il suffit d’affaler juste 10 ou 20 cm de toile, sans détendre trop la chute, mettre la drisse au taquet et aller retendre la chute avec la bosse de ris. Et on recommence. Comme si l’on prenait une quinzaine de petits ris.
Donne une main de guindant, reprends la chute. Tranquille. Petit à petit. On a le temps. La bôme bien triangulée ne bouge pas. La voile reste toujours bien tendue, le vent glisse le long de la voile, il n’est pas trop puissant. Le bateau avance tiré par son foc, le pilote ne souffre pas. Ça ne mouille pas. Et si le ris se prend au pied de mat, le retour au cockpit sera beaucoup plus facile que face à la mer. Le bonheur !

 

Quand on n’est pas en panique et que le bateau est bien réglé, le gros temps, c’est magnifique et euphorisant.

 

Notes

1/ De mémoire, cette citation vient du livre qu’elle a coécrit avec Érik Orsenna : “Salut au Grand Sud

 

La solution avec double foc, très pratique et plus souple par gros temps.
Une technique qui complète la prise de ris au portant.
Sur l’image Skol dans les vagues (voir le commentaire d’Isabelle).


 

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