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About: loick

Caroline Duvivier, 37 ans, vidéaste. Hughes Bigo, 51 ans, photographe. Ils vivaient à Paris et naviguaient sur un Sangria amarré à L’Estaque. En 2004, on leur propose un embarquement aux Iles Salomon à partir des Fiji. Charge à eux de ramener le bateau, un Sun Fizz, au Vanuatu. C’est une année sabbatique exceptionnelle où ils découvrent la grande croisière. Rentrés à Paris en 2005, ils économisent pour repartir. Ils achètent Loïck en 2007, un Rêve d’Antilles en acier. Il faut encore trois ans de travail pour boucler le budget. Ils quittent Paris en août 2010, rénovent le bateau à St Brieuc pendant un an et demi et partent de Brest début 2012. Le projet : vivre en bateau et exercer leurs métiers depuis le bord. Note : Ce blog complète les vidéos de Caroline « Petites histoires de Grande Croisière » que vous pourrez retrouver sur le mini-site de Voiles et Voiliers.

Recent Posts by loick

Quelques mots pour 2017

Par

 

Bonjour amis lecteurs,

 

Un trou d’oxydation dans la baille à mouillage

D’abord, quelques mots d’usage pour vous présenter nos meilleurs vœux pour l‘année à venir, en espérant, pour notre part, qu’elle ne ressemble pas à 2016. Nous ne sommes sûrement pas les seuls à penser cela.
 
 

Ensuite, quelques mots d’excuse pour vous présenter mes regrets de ne pas écrire plus souvent ces derniers temps. Depuis le début 2016, une longue liste de pépins de santé, de visas, d’informatique, d’annexe, d’oxydation et, maintenant, de moteur ont croqué l’essentiel de notre temps. Il faut bien l’avouer, aussi, un peu de notre allant nécessaire à la rédaction du blog et des vidéos.

 

Le plus important est derrière nous, en particulier la mauvaise hernie discale de Caroline a été soignée. Pour le moteur, s’il y a des diésélistes parmi vous, une discussion est en cours sur Hisse et Oh.
En passant, je salue la très belle entre-aide et le soutien que l’on trouve sur La Toile, ils sont tellement utiles aux voyageurs esseulés que cela mérite un article qui pourrait s’intituler “L’équipier virtuel”.
 
 
 

Le Brésil, tranquille.

Enfin, quelques mots sur notre actualité pour comprendre les décalages de ce blog. Les derniers billets se situaient aux Malouines. Nous avons été surpris combien ces petites îles nous ont inspirées. Si je n’avais pas peur de vous lasser, je ferais bien un dernier texte sur le foyer Seamen’s Club : nous y avons rencontré des marins philippins qui s’étaient jetés à l’eau pour s’échapper de leur bateau de pêche austral.
Loïck est un bateau qui aime voyager lentement, néanmoins, il avance plus vite que je n’écris. Nous sommes actuellement au Brésil, dans la baie d’Ilha Grande
Cette petite année d’escale forcée dans la douceur brésilienne a formé un excellent remède aux problèmes de dos, et dès que le moteur arrêtera de danser la samba, nous reprendrons notre route vers la France.

 

Bonne année et à bientôt.

 

L’équipage de Loïck : Caroline, Hughes et Péka, le chat.

 

Bon le moteur est en panne mais le mouillage n’est pas mal…

 
 

Fruits et légumes, perles et bijoux

Par

Dans les latitudes australes, trouver de bons fruits et légumes pas trop chers est une course au trésor.

 

Avec 1045 euros par mois (voir billet précédent), au Brésil, en Argentine, nous vivons « comme tout le monde ». Aux Malouines, nous sommes passés direct sous le seuil de pauvreté du pays.

La première fois que nous sommes entrés dans le supermarché de Port Stanley, nous avons été rassurés en voyant les prix des pommes et des oranges… avant de comprendre que les fruits et légumes sont vendus à l’unité ! Il faut voir ces merveilleuses patates blondes, filmées par deux sur une barquette d’un noir velouté, de vrais diamants ! Rubis de pommes lustrées ! Émeraude géante de choux ! Navets d’agates ! Nous n’avions pas notre place dans cette joaillerie.
Il nous fallait un plan B.

Rare romanesco !
Trouvé aux Malouines

 

La promesse d’or vert

 

Tant pis pour les pommes et les oranges venues d’Uruguay, nous partons voir Stanley Growers, le gros maraîcher à l’est de la ville. Vu les horaires alambiqués du maraîcher en vente direct, nous trouvons porte close. C’est en coupant à travers ses champs pour rejoindre le bateau que nous découvrons que les talus étaient pleins de plants de jeunes pommes de terre qui avaient échappé à la récolte. Afin de ne pas embêter les propriétaires avec les règles ancestrales du droit de glanage, nous remplissons nos sacs sans prévenir personne.

 

Les légumes habituellement cultivés dans les jardins aux Malouines.


 

Mais on ne peut pas manger que des patates et du mouton — extrêmement gras et bon marché sur l’île. L’Irish Stew, bien que délicieux, ce n’est diététiquement pas tenable — en particulier pour des pratiquants de la Sainte Trinité riz complet-légumes-lentilles. La promesse d’or vert nous est tombée du ciel sous forme d’une affiche placardée à la Christ Church Catheral : « Dimanche, La Socitété Horticulturelle (sic) des îles Falkland organise une Foire aux Fleurs, Légumes, Produits de la Maison et du Jardin, au presbytère, suivit d’une vente aux enchères ».

Toutes les générations sont venues pour apprécier ou concourir.

 

Une expo de légumes

 

Des comices agricoles australes ! Une opportunité pour notre garde-manger et la promesse d’un joli moment. À ne rater sous aucun prétexte. Les activités, si elles sont fréquentes grâce au grand dynamisme de la communauté, elles ne sont pas si nombreuses dans cette capitale de 1600 habitants.

Nous arrivons bien à l’avance. Après nous être acquittés de la livre d’entrée, nous pouvons admirer les œuvres exposés, sur des nappes blanches, les murs aussi sont blancs. Le cube blanc, les codes d’art international sont respectés avec une innovation charmante : parfois, en plus du nom de l’artiste, il y a sa photo. C’est ma première exposition de légumes. Ils sont magnifiques ! D’autres supports ont été invités, les fleurs, mais aussi les œufs présentés cassés dans une assiette pour pouvoir admirer la profondeur de la couleur, la saillance du jaune. Après un an, dans les latitudes australes, cet art brut nous met en grand émoi.
En revanche, les couleurs pastel des pâtisseries d’inspiration britannique nous laissent beaucoup plus circonspects.

 
 

Sage tempérance

 

Les œufs aussi seront vendus aux enchères comme les fleurs, les gâteaux, le pain qui font partis du concours.

 

Plus d’une centaines de catégories, dont les grosses tomates rouges, les grosses tomates non-rouges, les petites tomates rouges, les petites tomates non-rouges, neuf sortes de pains dont croissants et pizza, le tout croisé avec les sous-ensembles « femmes » et « enfants », plus le Fun Prize pour la bizarrerie de ladite catégorie — comme la double carotte. La distribution de prix est interminable. Chaque participant ne pouvait que gagner. Les récompenses s’échelonnent de 15£ à 0,5£ (20€ à 0,75€). Une sage tempérance qui nous a paru de bon augure pour la vente aux enchères.
 

Raisin des Falkland

 

Une grappe à 20€!

 

Nous avons vite déchanté. La passion des Falklanders pour les produits du jardin et leur pouvoir d’achat nous ont vite mis hors course. Les sacs de quelques kilos, pouvant tenir à bout de bras, partaient à plusieurs dizaines de livres. Une façon de montrer la valeur accordée au travail de son voisin et d’enrichir leur société « horticulturelle » bénéficiaire de la vente. Les enchères fusaient comme de bonnes blagues, suscitant les rires. Nous assistons à une forme de potlatch. Rien en dessous de 20 livres. Ah ! Si, une simple grappe de raisin (poussé aux Malouines !), enchérie jusqu’à 15£ (20€) par un enfant d’une douzaine années, qui trouvait sûrement que c’était là le meilleur usage de son argent de poche.

 
 
Les jours suivants nous sommes allés faire du porte-à-porte chez ces jardiniers talentueux. Nous sommes entrés dans les serres où les légumes délicats poussent dans une belle terre noire. Quelques-uns nous ont vendu leur production, pour moitié moins chère qu’au supermarché, la plupart nous ont donné des brassés de choux, navets, carottes et pommes de terre.
Et un jour, en rentrant d’une promenade, nous avons trouvé un gros sac en plastique accroché au guidon du vélo de Caroline. Il était plein de perles potagères.

 

S’ils sont protégés du vent, les légumes poussent bien dans la terre noire des Malouines.

 
 

Budget voyage : pauvre de nous !

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Lorsque nous sommes arrivés aux Malouines, tout nous a paru très cher. Nous avons donc fait un pointage précis de nos dépenses. Résultat de notre économie de guerre : 1 045 €/mois.

 

Sur Loïck, cela fait quelques années que nous pratiquons la simplicité volontaire ou « la sobriété heureuse » — pour citer un de nos rares utopistes, Pierre Rabhi. Pour les besoins de ce billet, nous avons calculé le coût de 39 mois de voyage. Tout compris sauf les assurances, en grande partie résiliées depuis deux ans. Nourriture, gasoil, marinas, vêtements, nouvel ordi (d’occasion), pièces moteur, deux répétiteurs, un petit groupe électrogène et même le génois (neuf) North Sail fait à Buenos Aires.

 

Un bateau bien préparé

 

Ce coût s’appuie sur un Rêve d’Antilles en acier de 1985 parti bien préparé. Acheté 28 000 € en mauvais état et sans aucun équipement, il nous a coûté une bonne année de travaux au rythme lent de ceux qui apprennent. Avec deux annexes et l’équipement grand voyage, le coût de revient final atteint 70 000 € (prix du projet pas seulement du bateau) avec GV et trinquette neuve. Mais je ne compte pas nos heures. Cette année de travaux nous a beaucoup appris sur le bateau, mais aujourd’hui j’achèterais un bateau en meilleur état et surtout mieux équipé, ce serait moins cher. Nous avions grandement sous-estimé le prix des équipements et surtout le temps qu’il faut pour les installer (portique, panneau solaire, éolienne, plate forme, régulateur, casquette de descente, circuit 220v, chargeur de quai, radar, BLU, etc.)

 

Pour éviter toute surprise dans le Sud, nous avons fait faire un génois par North Sail à Buenos Aires (très pro).

 

Le chat: 2 % du budget


Chères marinas !

 

Le budget de fonctionnement que je vous expose ici commence à Buenos Aires (après un an de voyage) pour la raison très bête : on nous a offert un Smartphone et c’était devenu pratique d’enregistrer toutes nos dépenses grâce à une petite application. Il s’étend sur trois ans et trois mois de voyage en Argentine, dont un an à Ushuaïa, aux Malouines, encore en Argentine, en Uruguay et au Brésil depuis six mois.

Durant cette période le bateau est sorti de l’eau deux fois, pendant 10 jours, il a reçu un génois neuf (2 000 €) avant d’aller dans le sud et une réparation du moteur (700 €) et un nouveau jeu de batteries de services Trojan (640 €). Marina et gasoil sont inclus dans ce budget et représentent une surprise. Je ne pensais pas avoir dépensé 4 100 € de marina, soit le quart du budget bateau, plus de 100 € par mois, pourtant on fait très attention. Mais seulement 1 800 € de fluides pour les moteurs, faut dire que l’on bouge lentement. Le bateau représente 40 % (15750 €) du coût du voyage hors assurances. (1)

 

Deux sorties d’eau en trois ans.

 

Moins d’assurances

 
Un mot sur les assurances : nous étions assurés “tous risques” à travers STW pour 800 € en zone Europe, 1 200 € en zone Antilles, 1 800 € en zones monde pour une valeur vénale de 70 000 €. Il y a deux ans, l’assureur a jeté l’éponge. Notre courtier nous proposait des contrats valant le double pour la même valeur. Par manque de budget, et mis en confiance par l’absence de sinistre, nous avons quitté le confort du “tous risques” et pris une assurance responsabilité civile / rapatriement pour moins de 100 € à l’AGPM.
Nous avons gardé la responsabilité civile famille de STW. Nous avons aussi annulé le contrat de santé Allianz Urgences qui s’est révélé être carrément malhonnête, en plus d’être inutile pour les marins (arrêté depuis par STW).

 

Pour les petits budgets, matinée gratuite au théâtre Colon de Buenos Aires

 

Une vie sobre

 

Les dépenses de santé, qui n’ont jamais été remboursées, représentent 5 % de notre budget (2200 €), elles incluent une opération avec anesthésie à Ushuaïa, une IRM et les soins de kiné et de médecin pour une hernie discale traitée au Brésil, plus des soins de dentiste réguliers.

 

Presque le même pourcentage pour le « divertissement » (50 €/mois), restaurants, expositions, cinémas, piscine…
Une vie sobre, mais sans privations : peu de restaurants, pas de sorties coûteuses, mais sans rater la vie culturelle bon marché de Buenos Aires par exemple. Un regret, néanmoins, notre budget ne nous a pas permis d’aller voyager à terre. Le chat représente un autre frein pour laisser le bateau.

 

Alimentation, ne pas se priver des bonnes choses

 

Alimentation, le plus gros poste

 

Dernier point, le plus gros poste : l’alimentation, qui constitue 45 % de notre budget. Une règle sur les alcools : boire local. Argentine et Chili : vins autour de 5 € la bouteille pour des vins qui valent les vins français aux mêmes prix. Brésil : cachaça, aussi 5 € la bouteille, mais elle dure plus longtemps. Partout : de la bière, excellente en Uruguay. Comme pour le bateau, aucune restriction sur la nourriture parfois même achetée bio.
Résultat du coût de 39 mois de balade en Amérique du Sud : 1 045 € par mois pour un bateau de 12 mètres, deux personnes et un chat.

 

Lutte contre l’obsolescence

 

À ce prix-là inutile de dire combien de fois on a rapiécé nos vêtements. Le temps économisé en shopping sert à lutter contre l’obsolescence. Pas un objet jeté qui ne passe par l’atelier pour tenter de sauver tout ou partie du malade. Souvent c’est la petite électronique où généralement il suffit de changer des batteries, raccourcir un câble rompu ou refaire des soudures pour sauver les objets. Il y a une satisfaction de chirurgien à ouvrir à la scie japonaise une alim Apple pour aller déposer une goutte d’étain qui la ressuscite. C’est 89 € (sic !) d’économies.

 

Mais pourquoi un plastique si fin pour assurer l’étanchéité ? Il a craqué sur les 4 sondes, bien sûr.

Je me mets même à aimer le look Mad Max de certains objets, comme on aime un vieux pull rapiécé. Nous avons plongé dans le Low Tech, le DIY (fais-le-toi même — pourquoi toutes ces expressions sont-elles en anglais ?)
Sans trop nous en apercevoir, nous nous sommes radicalement éloignés de nos modes de consommations que nous pratiquions avant de partir. Une addiction pas si difficile à oublier, lorsque l’on n’est pas tenté.
Quand même, on a craqué une grosse fois pour un iPad étanchéifié avec cartes et tout. Ouah !… Comme c’était bon !
 
 
 

 

Notes :

1/ Si cette somme inclut les sorties d’eau, l’antifouling, il faut aussi savoir que nous vivons sur nos acquis. Après cinq ans, le bateau a besoin, à moyen terme, d’un bon gros chèque de 6 000 euros (dont un spi, une chaîne de mouillage que j’ai fait l’erreur de ne pas changer en France, elle est chère et difficile à trouver en ISO ailleurs, peinture, une annexe…). De même, notre matériel photo et vidéo professionnel est obsolète il doit être remplacer pour suivre les nouvelles normes. Et c’est aussi pour cette raison que nous rentrons en France.

 

Un petit luxe, la laverie. Quand c’est possible.

 

Ris par gros temps au portant

Par

 
Voici une manœuvre que nous avons apprise récemment sur Loïck, je n’ai aucune idée de sa popularité, mais, si vous ne la connaissiez pas, elle vous sera bien utile.

 

« Un marin, ça sait tout faire mais mal » j’aime beaucoup cette phrase d’Autissier (1) qui allège les frustrations de mon caractère un tantinet maniaque. La citation fonctionne bien sûr pour le bricolage, lorsque le dernier coup de couteau vient gâcher la belle apparence du joint polyuréthane, mais aussi pour la cuisine lorsque je sors du four un pain qui tient plus de la maçonnerie que de la boulange. Mais il est un domaine honteux que peu avoueront : le réglage des voiles et les manœuvres en grande croisière font souvent partie de cette liste.

Et c’est normal. La plupart des skippers n’ont pas une formation très poussée en voile. Mon cas n’est sûrement pas isolé. J’ai beau avoir fait de la complétion en 420 pendant mon adolescence, je n’ai quasiment jamais régaté sur quillard, ni fait les Glénans, et je n’ai pas souvent été équipier.

 

Prendre un ris, je croyais savoir…

 

Le portant en ciseaux, l’allure la plus confortable pour Loïck dès que le vent souffle.
Aucune envie de passer face au vent pour prendre un ris. © Ariel sur Skol


 
Je me suis fait cette réflexion sur la grande croisière après que Salvatore, qui a fait de la course au large, nous a expliqué comment il prenait un ris par gros temps au portant en solitaire. Et je me suis senti très bête.
Autre exemple. Je me souviens d’un skipper qui venait de faire Afrique du Sud / Cap Vert en solo d’une traite sur un 52 pieds et qui m’a demandé, sérieusement, comment on prenait une cape.

 

Ris face au vent. C’est mieux à plusieurs

Prendre un ris, je croyais savoir ce qu’il y avait à savoir, mais c’est le propre de l’ignorance, il est difficile de se figurer de son étendue.
Alors, à tout hasard, si comme moi, vous ne connaissiez pas ce petit tour de main, ce billet vous sera tellement utile qu’il fallait l’écrire quitte à passer pour piètre marin auprès de ceux qui savaient.

 

Le ris face au vent, c’est la guerre !

 

Résumé des épisodes précédents.

Sur Loïck, nous avons beaucoup pratiqué le ris face au vent. Disons à 20-30 degrés du vent réel pour être précis, à fin que la voile d’avant, bordée à fond, ne se mette pas à claquer. Ce bruit me fait tellement mal pour les voiles que j’abordais la prise de ris avec le stoïcisme d’un père qui s’apprête à faire des points de suture à son fils. C’est douloureux, mais c’est pour ton bien.
 
Car lors d’une prise de ris face au vent par gros temps, il est bien difficile de ne pas faire faséyer les voiles. La voile d’avant a du mal à tenir avec les vagues qui viennent taper sur l’étrave — et, au passage, noyer le pont.
La GV de Loïck est full-batten, elle refuse de descendre ou de monter si la pression est trop forte. On sait qu’il faudra forcément la faire faséyer un peu, le moins possible. Donc vite ! Affale ! Passe l’anneau de l’oreille de chien dans le croc ! Souque ta drisse ! Avale la bosse ! Vite ! Ça claque ! On s’entend plus ! Gueule à Caroline : « Le tissu ! Ça pince pas ? » Merde ! J’ai de l’eau qui est rentrée dans la botte !
 

Le ris face au vent, sans vergogne on appuie au moteur.

C’est une manœuvre où il vaut mieux être deux, car ni le pilote ni le régulateur ne tiennent correctement le bateau face à la mer sans la GV, le bon angle est trop fin. En général on appuie au moteur.

 

La variante Moitessier

 

Pour le ris face au vent par gros temps, il y a la variante piquée dans un bouquin de Moitessier : prendre la cape. C’est mieux pour la voile d’avant, mais, sans la GV, Loïck se met complètement travers à la vague. Il faut l’aide du moteur pour remettre suffisamment le bateau dans l’axe du vent pour que la voile retrouve un angle assez aigu pour lui permettre de descendre.

Prendre des ris face au vent par gros temps n’est pas une sinécure d’autant qu’en général on navigue aux allures portantes, la plupart du temps en ciseaux. Une allure que Loïck aime bien pour passer la vague quand elle se fait grosse. Dans ce cas, notre stratégie ne fait pas dans la finesse : roule le génois en laissant le tangon à poste, remonte au vent avec le moteur au moins au deux tiers, prends ton ris, abats et déroule ton bout de foc. L’avantage c’est que la manœuvre se fait bien au pilote électrique.
Mais de toute façon, par gros temps contre le vent, c’est la guerre !

 

Le double palan : très pratique pour trianguler la bôme, quelle que soit l’allure.

 

La prise de ris au portant

 

La prise de ris au portant que nous pratiquions sur d’autres bateaux s’est révélée impossible avec la GV full-batten de Loïck. Si le vent souffle fort, la pression sur les chariots est trop grande lorsque la voile est ouverte. Elle ne descend pas. C’est là que Salvatore nous a donné la solution : il suffit de la fermer pour diminuer la pression.

Il faut donc ramener la bôme au centre du bateau, à la limite de l’empannage et bien souquer toutes les manœuvres pour que plus rien ne bouge : l’écoute, la balancine, le frein de bôme.
Sur Loïck c’est très simple, car le bateau était équipé de la technique du double palan pour le débarrasser du rail d’écoute, du hale-bas et du frein de bôme. Mis à part le paquet de nouilles dans le cockpit au près, c’est une excellente option.

Une manœuvre particulièrement facile à faire avec un foc tangonné qui garde le bateau bien stable. Une fois que la GV a sa chute bien souquée quasi dans l’axe du bateau, même si elle empanne ce n’est pas un drame. La pression sur la voile n’est pas très forte et sa mobilité est faible.

 

Une quinzaine de petits ris

 

dessin ris vent arrière

Prise de ris au portant : la bôme au centre puis détendre le guindant et retendre la chute, décimètre par décimètre.


 

À ce stade, par vent fort, si vous affalez un ris entier cela va rendre toute la mobilité et remettre la pression dans la voile détendue. Vous avez toutes les chances de briser une latte. La manœuvre paraît contraire à toute logique.
 
Le bien joué de cette manœuvre, c’est de prendre son temps.
Il suffit d’affaler juste 10 ou 20 cm de toile, sans détendre trop la chute, mettre la drisse au taquet et aller retendre la chute avec la bosse de ris. Et on recommence. Comme si l’on prenait une quinzaine de petits ris.
Donne une main de guindant, reprends la chute. Tranquille. Petit à petit. On a le temps. La bôme bien triangulée ne bouge pas. La voile reste toujours bien tendue, le vent glisse le long de la voile, il n’est pas trop puissant. Le bateau avance tiré par son foc, le pilote ne souffre pas. Ça ne mouille pas. Et si le ris se prend au pied de mat, le retour au cockpit sera beaucoup plus facile que face à la mer. Le bonheur !

 

Quand on n’est pas en panique et que le bateau est bien réglé, le gros temps, c’est magnifique et euphorisant.

 

Notes

1/ De mémoire, cette citation vient du livre qu’elle a coécrit avec Érik Orsenna : “Salut au Grand Sud

 

La solution avec double foc, très pratique et plus souple par gros temps.
Une technique qui complète la prise de ris au portant.
Sur l’image Skol dans les vagues (voir le commentaire d’Isabelle).


 

La tribu d’Alexeo

Par

 

La durée de notre voyage et la nature des latitudes australes nous mettent, à un moment ou un autre, face à un sentiment d’isolement.

 

Quand Alexeo II entra dans la baie Port Stanley, une bouffée d’air enjoué chassa l’atmosphère tristounette qui flottait dans Loïck depuis la perte du chat. Avant cela, nous avions passé un petit mois seuls à l’île des États, superbe, mais rude. Caroline résiste mieux que moi à l’isolement. Pour ma part, cette petite semaine aux Malouines ne m’avait pas encore fourni mon saoul relationnel malgré une belle rencontre avec un jeune français en stage à la télé locale. Il parlait couramment le français, l’anglais et le mandarin. J’envie toujours ces enfants de la planète que les parents ont fait bourlinguer dans leur jeunesse.

 

L’or du voyage

 

Naviguer hors de la « barefoot route » (1) raréfie les relations, et rend les amitiés plus précieuses.
Moins de territoires français, moins de bateaux francophones — sauf sur les côtes du Beagle où, parole d’Argentin, les Français sont plus nombreux que les Chinois.
La langue forme le premier obstacle aux rencontres, le mode vie, le second. Les marinas sont souvent des forteresses et au mouillage, une douve naturelle sépare le bateau de la terre. Les opportunités de contacts fortuites sont moins fréquentes que lors d’un voyage par la terre. Sortir du bateau est un acte volontaire. Engager une sociabilité récurrente avec les locaux demande beaucoup de curiosité réciproque, et des escales longues. Les relations avec un étranger n’intéressent pas tout le monde en dehors d’une petite conversation de bienvenue. Chacun sait que le voyageur partira.
Lorsqu’elles se mettent en place, c’est l’or du voyage, elles engendrent souvent des amitiés dormantes, mais durables, immédiatement réactivées par la visite de l’un ou de l’autre.
Les amitiés entre bateaux sont en revanche beaucoup plus rapides. Parce que la complicité sur le mode de vie est immédiate, mais, surtout, parce que chacun fait l’expérience qu’il ne faut pas être privé de chaleur humaine pour goûter sereinement aux plaisirs de la solitude.

 

Un super-yacht comme arche de Noé

 

Ce n’est pas Alexeo II, dont je n’ai pas de bonne photo.
Cette image est un CNB64 tiré du PDF publicitaire, pour donner au lecteur une idée du cannote.
Alexeo II fut le premier CNB64 et dernier Bénéteau 62.

 

On n’oublie pas Alexeo lorsque l’on a entendu le rire animal de Salvatore, son propriétaire. On aurait envie de faire un parallèle entre son nom de superhéros et sa carrure imposante, mais ce serait offenser la modestie naturelle des Belges, dont il est. Bien qu’il réclame haut et fort ses ascendances italiennes, “Salvatôré”.

 

“Salvatô

On n’oublie pas non plus son CNB 64, ce « petit » super-yacht de 18,2 mètres amarré au ponton du Micalvi — notre première rencontre. Le plan Farr, dont le design est signé Pinnifarina, dénotait dans la rusticité ambiante des bateaux du Sud. Un parfum de luxe paresseux trompeur émanait pour cette unité de 1993 que Salvatore a menée, en solo, de Guadeloupe au Beagle. Il le décrit comme « marin, solide et rapide ».

 

Et enfin, on n’oublie pas son équipage hétéroclite, fruit d’une double générosité : la longueur du bateau et la largeur d’esprit du capitaine. « J’ai toujours pris des équipiers pour leur faire plaisir et jamais parce que j’en avais besoin. Un bon équipier pour moi est quelqu’un qui a une énergie positive et de l’humanité en lui. S’ils ne savent pas manœuvrer, c’est pas grave. Je suis de toutes les manœuvres » explique ce marin qui a, entre autres, deux courses Quebec-St Malo avec Benoît Parnaudau derrière lui.

Nous l’avons vu joindre le geste à la parole, à Puerto Williams.
La plupart des bateaux planifient leur passage en Patagonie longtemps à l’avance, pour de bonnes raisons, laissant peu de place à l’improvisation. En comparaison, Alexeo faisait figure d’arche de Noé.

 

De l’ambiance dans l’auberge espagnole

 

Pique-nique au phare de Cap Pembroke avec l’équipage d’Alexeo. Salvatore en grande forme.


 
Le bateau ne manquait pourtant pas de bras pour monter à Punta Arenas puisque Salvatore avait sagement prévu un équipage composé de deux amis belges et de Pierre, un retraité français qui rêvait du grand Sud. Les opportunités de voyage ont fait le reste.

Conrad, le saltimbanque, et Élie, le matheux, des équipiers d’Alexeo glanés au cours de voyage.

Élie le matheux, équipier confirmé, cherchait depuis plus de deux mois un embarquement. L’étudiant de l’ENS a trouvé sa place sur Alexeo et il y restera six mois. « Un marin exemplaire » dit de lui le skipper.
Il ne fut pas le seul à profiter de la chance de naviguer sur ce yacht dans les canaux de Patagonie, les personnalités de deux jeunes backpackeurs qui erraient sur le pont du Micalvi, ont séduit Salvatore. « Trois ans de voyage m’ont permis d’affiner mon instinct », dit-il. Alice embarque, avec en tête le projet de remonter l’Amérique du Sud à cheval. Williams aussi monte à bord, peut être simplement parce qu’il était là avec Alice, qu’il avait une bonne tête, et qu’il y a de la place sur un 62 pieds. Enfin, pour mettre de l’ambiance dans cette auberge espagnole, il y avait Conrad.
 

« Il y a plein de vies… »

 
« Il jouait dans la rue à Buenos Aires. On a causé et il m’a expliqué que son rêve était les canaux de Patagonie en bateau. J’ai senti en lui une belle âme et je lui ai donné rendez-vous à Ushuaïa. Conrad malgré son jeune âge m’a beaucoup appris… Il n’a pas de pognon, pas de carte visa… rien, juste une guitare. Il joue dans la rue et il finance son voyage ainsi. Moi, ex-chef d’entreprise avec un besoin de sécurité, notamment financier, j’ai appris qu’il y avait plein de vies… il n’y a pas que la vie travail-salaire du circuit “normal”. Ce gars a notamment descendu tout le fleuve Amazone d’Équateur au Brésil en radeau en 3 mois… ».
« Au niveau financier, on partageait le coût de la nourriture et du mazout. Ceux qui ne savaient pas et que j’avais quand même acceptés, je payais pour eux. »
 

Notre petite tribu en contemplation silencieuse du paysage des Malouines au coucher su soleil.

 

Lorsque j’ai recontacté Salvatore pour lui demander la permission d’écrire sur Alexeo, il avait une autre histoire du genre à me raconter.

« Au port de Piriapolis (Uruguay) est arrivé un jour un mec à sac à dos, avec une guitare. Elias, un Argentin, que j’avais rencontré dans le campo, un soir de fête et avec qui on avait passé une partie de la nuit autour d’un feu. Semble-t-il, je l’avais invité à naviguer, je ne m’en rappelais pas. Le voilà à bord… Il a fait le chemin avec nous. Un mec terrible. Un vagabond insoumis, libre dans son corps et sa tête. On est devenu ami… »

Au fond, Salvatore a trouvé une façon de voyager qui rompt l’isolement qu’engendre le bateau, il embarque le monde à bord.

Écouter Pirate’s Gospel par Conrad :

 

Massacrer Noir Désir

 
Aux Malouines, il nous a embrigadés dans sa tribu dont il restait Pierre, Conrad et Élie. La bonne humeur qui régnait sur Alexeo nous faisait un bien fou. Nous faisions les cœurs de la belle interprétation de « Pirate’s Gospel » par Conrad, c’était devenu l’hymne du bord. Est-ce le reste de fine de poire de mon père ou la bonne humeur générale qui m’a fait oser massacrer Noir Désir à l’harmonica sous l’œil bienveillant du guitariste ? Quand j’habitais Paris, les soirées chansons-guitares m’inspiraient des commentaires ironiques, plus maintenant.

 

L’équipage d’Alexeo nous a offert une belle balade dans les terres dans un 4×4 qu’ils avaient loué.
Pendant ce séjour, Salvatore nous a fait un autre joli cadeau : une méthode de prise de ris par gros temps que je décrirais dans mon prochain billet.

Dans la nuit précédent leur départ, la VHF a crépité pour leurs annoncer l’épilogue d’une histoire dont ils avaient suivi les péripéties : le chat venait de rentrer à bord.
Alexeo et sa tribu aura été notre bateau “apporte-bonheur”.


Note :

1/ “The Barefoot Route” (la route des pieds nus). L’expression anglo-saxonne désigne la route classique du tour du monde à la voile par les tropiques et ses escales traditionnelles.
 

Une des belles plages des Malouines croisée pendant notre balade.


 
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