Lorsque nous sommes arrivés aux Malouines, tout nous a paru très cher. Nous avons donc fait un pointage précis de nos dépenses. Résultat de notre économie de guerre : 1 045 €/mois.

 

Sur Loïck, cela fait quelques années que nous pratiquons la simplicité volontaire ou « la sobriété heureuse » — pour citer un de nos rares utopistes, Pierre Rabhi. Pour les besoins de ce billet, nous avons calculé le coût de 39 mois de voyage. Tout compris sauf les assurances, en grande partie résiliées depuis deux ans. Nourriture, gasoil, marinas, vêtements, nouvel ordi (d’occasion), pièces moteur, deux répétiteurs, un petit groupe électrogène et même le génois (neuf) North Sail fait à Buenos Aires.

 

Un bateau bien préparé

 

Ce coût s’appuie sur un Rêve d’Antilles en acier de 1985 parti bien préparé. Acheté 28 000 € en mauvais état et sans aucun équipement, il nous a coûté une bonne année de travaux au rythme lent de ceux qui apprennent. Avec deux annexes et l’équipement grand voyage, le coût de revient final atteint 70 000 € (prix du projet pas seulement du bateau) avec GV et trinquette neuve. Mais je ne compte pas nos heures. Cette année de travaux nous a beaucoup appris sur le bateau, mais aujourd’hui j’achèterais un bateau en meilleur état et surtout mieux équipé, ce serait moins cher. Nous avions grandement sous-estimé le prix des équipements et surtout le temps qu’il faut pour les installer (portique, panneau solaire, éolienne, plate forme, régulateur, casquette de descente, circuit 220v, chargeur de quai, radar, BLU, etc.)

 

Pour éviter toute surprise dans le Sud, nous avons fait faire un génois par North Sail à Buenos Aires (très pro).

 

Le chat: 2 % du budget


Chères marinas !

 

Le budget de fonctionnement que je vous expose ici commence à Buenos Aires (après un an de voyage) pour la raison très bête : on nous a offert un Smartphone et c’était devenu pratique d’enregistrer toutes nos dépenses grâce à une petite application. Il s’étend sur trois ans et trois mois de voyage en Argentine, dont un an à Ushuaïa, aux Malouines, encore en Argentine, en Uruguay et au Brésil depuis six mois.

Durant cette période le bateau est sorti de l’eau deux fois, pendant 10 jours, il a reçu un génois neuf (2 000 €) avant d’aller dans le sud et une réparation du moteur (700 €) et un nouveau jeu de batteries de services Trojan (640 €). Marina et gasoil sont inclus dans ce budget et représentent une surprise. Je ne pensais pas avoir dépensé 4 100 € de marina, soit le quart du budget bateau, plus de 100 € par mois, pourtant on fait très attention. Mais seulement 1 800 € de fluides pour les moteurs, faut dire que l’on bouge lentement. Le bateau représente 40 % (15750 €) du coût du voyage hors assurances. (1)

 

Deux sorties d’eau en trois ans.

 

Moins d’assurances

 
Un mot sur les assurances : nous étions assurés “tous risques” à travers STW pour 800 € en zone Europe, 1 200 € en zone Antilles, 1 800 € en zones monde pour une valeur vénale de 70 000 €. Il y a deux ans, l’assureur a jeté l’éponge. Notre courtier nous proposait des contrats valant le double pour la même valeur. Par manque de budget, et mis en confiance par l’absence de sinistre, nous avons quitté le confort du “tous risques” et pris une assurance responsabilité civile / rapatriement pour moins de 100 € à l’AGPM.
Nous avons gardé la responsabilité civile famille de STW. Nous avons aussi annulé le contrat de santé Allianz Urgences qui s’est révélé être carrément malhonnête, en plus d’être inutile pour les marins (arrêté depuis par STW).

 

Pour les petits budgets, matinée gratuite au théâtre Colon de Buenos Aires

 

Une vie sobre

 

Les dépenses de santé, qui n’ont jamais été remboursées, représentent 5 % de notre budget (2200 €), elles incluent une opération avec anesthésie à Ushuaïa, une IRM et les soins de kiné et de médecin pour une hernie discale traitée au Brésil, plus des soins de dentiste réguliers.

 

Presque le même pourcentage pour le « divertissement » (50 €/mois), restaurants, expositions, cinémas, piscine…
Une vie sobre, mais sans privations : peu de restaurants, pas de sorties coûteuses, mais sans rater la vie culturelle bon marché de Buenos Aires par exemple. Un regret, néanmoins, notre budget ne nous a pas permis d’aller voyager à terre. Le chat représente un autre frein pour laisser le bateau.

 

Alimentation, ne pas se priver des bonnes choses

 

Alimentation, le plus gros poste

 

Dernier point, le plus gros poste : l’alimentation, qui constitue 45 % de notre budget. Une règle sur les alcools : boire local. Argentine et Chili : vins autour de 5 € la bouteille pour des vins qui valent les vins français aux mêmes prix. Brésil : cachaça, aussi 5 € la bouteille, mais elle dure plus longtemps. Partout : de la bière, excellente en Uruguay. Comme pour le bateau, aucune restriction sur la nourriture parfois même achetée bio.
Résultat du coût de 39 mois de balade en Amérique du Sud : 1 045 € par mois pour un bateau de 12 mètres, deux personnes et un chat.

 

Lutte contre l’obsolescence

 

À ce prix-là inutile de dire combien de fois on a rapiécé nos vêtements. Le temps économisé en shopping sert à lutter contre l’obsolescence. Pas un objet jeté qui ne passe par l’atelier pour tenter de sauver tout ou partie du malade. Souvent c’est la petite électronique où généralement il suffit de changer des batteries, raccourcir un câble rompu ou refaire des soudures pour sauver les objets. Il y a une satisfaction de chirurgien à ouvrir à la scie japonaise une alim Apple pour aller déposer une goutte d’étain qui la ressuscite. C’est 89 € (sic !) d’économies.

 

Mais pourquoi un plastique si fin pour assurer l’étanchéité ? Il a craqué sur les 4 sondes, bien sûr.

Je me mets même à aimer le look Mad Max de certains objets, comme on aime un vieux pull rapiécé. Nous avons plongé dans le Low Tech, le DIY (fais-le-toi même — pourquoi toutes ces expressions sont-elles en anglais ?)
Sans trop nous en apercevoir, nous nous sommes radicalement éloignés de nos modes de consommations que nous pratiquions avant de partir. Une addiction pas si difficile à oublier, lorsque l’on n’est pas tenté.
Quand même, on a craqué une grosse fois pour un iPad étanchéifié avec cartes et tout. Ouah !… Comme c’était bon !
 
 
 

 

Notes :

1/ Si cette somme inclut les sorties d’eau, l’antifouling, il faut aussi savoir que nous vivons sur nos acquis. Après cinq ans, le bateau a besoin, à moyen terme, d’un bon gros chèque de 6 000 euros (dont un spi, une chaîne de mouillage que j’ai fait l’erreur de ne pas changer en France, elle est chère et difficile à trouver en ISO ailleurs, peinture, une annexe…). De même, notre matériel photo et vidéo professionnel est obsolète il doit être remplacer pour suivre les nouvelles normes. Et c’est aussi pour cette raison que nous rentrons en France.

 

Un petit luxe, la laverie. Quand c’est possible.