Fuite au reservoir d’eau. Pas de panique. Une petite réflexion.

 

Si notre traversée de l’Atlantique était un morceau de musique, ce ne serait pas une fugue, mais une sonate pour instrument à vent. Après une lente ouverture adagio et second mouvement vivace avec quelques couacs, nous entamons un final presto. Une bonne brise souffle et le gréement chante. Loïck valse vers le Brésil au rythme de 160 milles par 24 heures. Il est temps que l’on arrive nous allons manquer d’eau douce.

 

 

5 litres d’eau potable

 

 

Pas inquiets juste un peu embêtés.

Depuis quelques jours le réservoir suinte, probablement une microfissure sur une soudure. Nous ne sommes pas inquiets, la fuite ne doit pas débiter plus d’un litre par jour et il nous reste 200 litres. Ce qui est réellement ennuyeux c’est que cette eau est salée. Ce matin le café était imbuvable.
Dans l’évier de la cuisine, nous avons une arrivée d’eau de mer qui nous sert à faire la vaisselle. Au début on a pensé que la cafetière avait été mal rincée. C’est après le deuxième pot de café que l’on a eu l’idée de goûter l’eau. La cause n’a pas été longue à trouver : le joli vent qui nous fait avancer si vite au bon plein a aussi poussé quelques vagues à grimper sur le pont. Le nable au pied de mat était mal vissé. Voilà une erreur toute bête qui nous fait passer du confort au rationnement, car bien sûr les autres réservoirs sont vides.
L’inventaire des ressources à boire n’est pas critique, cette eau saumâtre permet tout à fait de faire la cuisine. Nous avons du vin, de la bière, du cidre (et un peu de coca). Il reste deux bidons de trente litres sur le pont dédiés aux douches, mais, après les avoir ouverts on renonce à les utiliser pour boire. Avec la chaleur des algues vertes et brunes tapissent les parois, on imagine que cette eau doit être pleine de nitrate. En fait, il ne nous reste qu’une bouteille de cinq litres d’eau minérale. On arrive dans 4 jours. Il va falloir se passer de café, pas bien grave.

 

La mer est sévère

 

Notre dernière mangue. En fin de traversée on manque aussi de fruit.

Ce petit incident me laisse quand même un arrière goût désagréable. Ce n’est pas que je suis vexé d’avoir mal refermé le bouchon du nable, je m’aperçois surtout je n’avais même pas imaginé que l’eau de mer puisse contaminer l’eau douce. Combien d’autres cas du genre en souffrance ? Cette fois-ci, c’est sans conséquence, mais une autre fois l’eau pourrait bien tourner vinaigre ! Mais quoi ? Malgré toute l’expérience que je pourrais accumuler et toute la vigilance dont je pourrais faire preuve… L’erreur est humaine… Alors ? Comment faire ?

Cette pensée que tout le monde a déjà eue prend un accent grave sur l’eau. Je sais que l’environnement ne m’offrira pas les recours que je trouvai à terre où l’on pardonne si facilement, l’inconséquence, la négligence, l’étourderie, l’inconscience. La mer est sévère, elle contraint à la lucidité, y compris sur soi. Précisément. Il faut reconnaître que c’est aussi pour ça qu’on est là.