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Category Archives: Cap Vert

Joséphine Péca, dite “Chouchou”

Par

 

Les chats sont-ils heureux en bateau ? Péca la furie du volcan de Santo Antao. La découverte du bateau. Un bain forcé. Un chat qui ne descend pas à terre.

 

Assise sur le roof dans le soleil du soir, elle fixe la mer de ses yeux sable. Puis s’étire en baillant. Elle avance sur le pont avec une grâce féline, mesurant ses pas en fonction du roulis. Après un grand tour de cockpit et elle va se coucher sur les genoux de Caroline et ronronne. Pour une raison que je n’arrive pas à comprendre, cette chatte me refuse toute tendresse. Dire que l’animal m’a été offert pour mon anniversaire, voilà le cadeau !

S’il lui arrive de venir se coucher près de moi, je n’ai jamais droit à ces effusions de câlins que les chats partagent avec les consommateurs d’exctasy et les amoureux transis. Peut-être me punit-elle de ne pas l’avoir souhaitée à bord ?
 
 

Je n’en voulais pas

 

Roulis, notre chat trouvé pendant les travaux.

Après l’expérience malheureuse avec notre matou de Saint-Brieuc, que nous avons dû laisser à mes beaux-parents, j’étais persuadé que les chats n’étaient pas heureux en bateau.

Caroline se souvenait surtout de la tendresse de cette boule de poil roux qu’elle avait nourrie au biberon. Elle avait envie de retenter l’expérience.
À Agadir, sous le regard bienveillant des gens du port, Caroline nourrissait un chaton de couleur indéfinissable tant la teigne lui avait mangé le poil. Le parasite nous avait évité l’adoption de justesse.

 

Si le Maroc est un pays de chats, le Cap-Vert est un pays de chiens. À voir le nombre de corniauds traîner sur le port de Mindelo, je me disais qu’il était peu risqué de croiser un félin orphelin.
Nous n’avions pas encore rentré le pavillon Q , qu’une chatte noire, plastron blanc, collier rouge débarque dans le carré. La question féline s’invitait de nouveau à bord.
Après une visite minutieuse du bateau et quelques ronronnements de séductions, elle remonte à bord de La Boiteuse. C’est grâce à Touline que nous avons rencontré Gwendal. « Je voyage en solitaire, au-delà de la compagnie en mer, elle m’offre l’opportunité de plein de contacts à terre » me dit-il lors de notre première conversation, m’exposant ainsi sans vergogne leur stratégie de couple qui m’avait amenée à lui adresser la parole.
 
 

Complot à Santo Antao

 

Péca, chaton créole psychopathe, amoureuse de Caroline

La véritable fourberie eut lieu dans les montagnes de Santo Antao où nous avions décidé de faire un petit trek avec Alex et Paluch. Le matin de mon anniversaire, Alex m’offrit une boite en carton animée de soubresauts. Je l’ouvris pendant que mes compagnons échangeaient des sourires entendus. Un chaton blanc et noir jaillit de la boite toutes griffes dehors et détala sous un lit en crachant. Je n’avais jamais vu une telle agressivité chez un jeune chat. Pendant une demi-heure nous avons tenté de le récupérer les mains emmitouflées dans des T-shirts. L’animal éprouvait visiblement une terreur absolue -et compréhensible- pour le genre humain. Selon les gens de l’épicerie, qui l’avait proposé à Alex, le chaton aurait pu servir de jouet aux enfants du village. La question d’accueillir un chat psychopathe à bord a bien sûr été évoquée, mais les petits chats, même furieux, ont des pouvoirs d’attractions irrésistibles. Il a suffi que Caroline évoque l’idée de le rendre à ses tortionnaires pour que l’adoption soit effective.
 
 

À la découverte du bateau

 

Le chaton était une femelle que l’on a baptisée Péca, un diminutif de « pequinha », petite, en portugais. On aurait pu être plus inspiré, mais peu importe puisque elle a immédiatement répondu au surnom de Chouchou voire Doudou. Ce que Caroline m’a fait jurer de ne pas écrire dans le blog, sauf que j’avais promis de me venger de la séquence où elle m’a filmé en train d’ânonner sur l’harmonica. Ça, c’est fait.

 

La petite chatte née sous un rack de bouteilles de gaz a instantanément adoré l’intérieur de Loïck, tous ces recoins, toutes ces cachettes… Dès le premier soir, elle ronronnait de bonheur. Elle fut propre d’emblée, comme par respect pour son environnement.

Des acrobaties rarement inquiétantes depuis qu’on l’a poussée dans l’eau.

Nous faisions partie de ce havre et rien de nous ne l’inquiétait plus. Allongée de tout son long sur une marche de la descente, « Chouchou » me regarde me contorsionner pour l’enjamber en plissant les yeux de confiance. Je me surprends à regretter certaines de ses frayeurs. Mais encore aujourd’hui elle disparaît dans les fonds du bateau à chaque nouveau visiteur.

 

La conquête du pont prit plusieurs semaines. À cette époque nous étions dans un mouillage assez rouleur dans une des iles du sud du Cap Vert. Elle s’enhardit jusqu’à ce que ses acrobaties sur les filières nous paraissent vouées à se finir à l’eau. Comparée à notre précédent chat, Péca bronche souvent. À sa décharge, elle vit dans un univers ondoyant. Avant chaque saut elle s’arrête pour analyser les mouvements du bateau, elle se lance dans un temps mort du roulis, mais rate parfois son atterrissage en roulant des grands yeux étonnés. Bien qu’extrêmement susceptibles, les chats sont de grands comiques, en bateau les occasions ne manquent pas et les distractions ne sont pas si nombreuses.
 
 

Disgrâce et beauté

 

Peca grandit toute en finesse, ses membres s’élongent gracieusement, mais la tête reste menue épicé par un regard jaune curry cerclé d’un trait de khôl naturel. Pour finir cette description honnêtement il faut bien dire que sa robe noire et blanche semble copiée sur une vache hollandaise et qu’elle promène un vilain petit ventre qui lui pend entre les pattes depuis toujours. Ce mélange de beauté et de disgrâce lui confère une distinction typiquement aristocratique, elle a donc reçu le prénom de Joséphine. En toute simplicité, notre chatte s’appelle Joséphine Péca, dite « Chouchou ». Les animaux domestiques ont l’étrange pouvoir de nous pousser aux limites du ridicule.
 

Péca en clown, en Joséphine, ou en turban, elle nous fait souvent bien rigoler.

 

Nous allions traverser l’Atlantique et Péca n’était jamais tombée à l’eau. Gwendal nous avait un peu inquiétés en nous disant que sa Touline sortait de son vingtième bain. Au mouillage, il pend des filets sur les francs-bords pour que sa chatte puisse sortir de l’eau (1)
 
 

Chat à la mer

 

Un caractère peureux qui convient bien avec le peu d’espace dont elle dispose.

Afin que Péca comprît les désagréments de cette masse mouvante et chatoyante qu’elle regardait parfois avec un œil de chasseresse, nous avons décidé d’organiser un exercice de chat à la mer. Le bateau est entouré de filets, ce qui évite de perdre un grand nombre d’objets légers que le vent veut perpétuellement offrir à l’océan. Le chat s’en servait d’échelle pour grimper sur les

filières. D’une perfide petite poussette, elle était à l’eau. Dédaignant l’amarre qu’on lui lançait, elle fonça sur le régulateur d’allure avec cet air outragé qu’ont les chats quand ils nagent. L’expérience fut payante, Péca n’a plus jamais joué sur les filières.
Grâce à son caractère prudent, nous n’avons jamais eu peur de la perdre en mer. Les seuls moments délicats concernent les manœuvres auxquelles elle veut absolument participer. Elle saute sur les bouts qui filent pour tenter de les immobiliser au risque de se prendre un jour une patte dans une poulie. Un jour nous avons envoyé le spi sans nous apercevoir qu’elle s’était nichée dedans. Un miaulement offusqué nous a fait stopper la manœuvre avant qu’on l’envoie dans les hauts. Je la soupçonne d’être à l’origine de l’accroc qui a finalement ouvert le spi en deux.
 
 

 Félin marin

 

Péca à la manœuvre.

Péca est arrivée au Brésil repue de poissons volants qu’elle n’aime que crus. Le jour où nous avons stoppé le bateau dans le fleuve Paraìba, elle a cessé de s’alimenter et de boire pendant une semaine. Nous n’avons jamais compris pourquoi. Était-ce le calme soudain après vingt jours de mer ? Sur les conseils d’un vétérinaire, nous avons fini par la nourrir de force comme une oie et son alimentation a subitement repris son cours normal. Nous avons été aussi très surpris de ne jamais la voir descendre à terre. La timidité de ce chat lui fait préférer l’univers clos du bateau. Et peut-être plus en mer qu’au mouillage. Il ne fait aucun doute que cet animal aime naviguer. Lorsque le bateau cesse d’être une maison pour devenir un navire les rythmes changent, plus réguliers, plus nocturnes. Son univers s’anime, elle aime. Comme nous, elle a besoin de s’amariner durant la première journée, elle dégobille parfois et reste vautrée. Ça passe, elle retrouve sa vitalité et saute sur le pont à la moindre manœuvre.

 

Aujourd’hui, elle a presque un an. Son comportement change un peu, elle s’autorise quelques furtives excusions à terre d’une cinquantaine de mètres et reviens au galop. Elle est particulièrement gracieuse quand elle court. Les Brésiliens adorent les animaux, Péca alimente souvent les sujets de conversation. Un pêcheur de Santa Catarina, à qui je racontais les habitudes casanières de notre animal, m’a dit «  Les chiens aiment les gens, les chats aiment les maisons ». Notre chatte, elle, aime le bateau.

 

 

Notes :


1/ Pendant sa traversée de l’Atlantique, un soir, Gwendal s’apercevra qu’il a perdu son chat. Fou d’inquiétude, il amena les voiles et fit route inverse au moteur. Une manœuvre désespérée ?
Après une longue demi-heure, il aperçut deux points phosphorescents dansant sur les vagues dans le rayon de sa lampe. Il avait sauvé son chat.
Le détail de cette histoire sur le blog de La Boiteuse au milieu du billet au titre “Lundi 9 juillet 2012″ : Voyage en Nulleparie (2)

 

 

Café salé

Par

 

Fuite au reservoir d’eau. Pas de panique. Une petite réflexion.

 

Si notre traversée de l’Atlantique était un morceau de musique, ce ne serait pas une fugue, mais une sonate pour instrument à vent. Après une lente ouverture adagio et second mouvement vivace avec quelques couacs, nous entamons un final presto. Une bonne brise souffle et le gréement chante. Loïck valse vers le Brésil au rythme de 160 milles par 24 heures. Il est temps que l’on arrive nous allons manquer d’eau douce.

 

 

5 litres d’eau potable

 

 

Pas inquiets juste un peu embêtés.

Depuis quelques jours le réservoir suinte, probablement une microfissure sur une soudure. Nous ne sommes pas inquiets, la fuite ne doit pas débiter plus d’un litre par jour et il nous reste 200 litres. Ce qui est réellement ennuyeux c’est que cette eau est salée. Ce matin le café était imbuvable.
Dans l’évier de la cuisine, nous avons une arrivée d’eau de mer qui nous sert à faire la vaisselle. Au début on a pensé que la cafetière avait été mal rincée. C’est après le deuxième pot de café que l’on a eu l’idée de goûter l’eau. La cause n’a pas été longue à trouver : le joli vent qui nous fait avancer si vite au bon plein a aussi poussé quelques vagues à grimper sur le pont. Le nable au pied de mat était mal vissé. Voilà une erreur toute bête qui nous fait passer du confort au rationnement, car bien sûr les autres réservoirs sont vides.
L’inventaire des ressources à boire n’est pas critique, cette eau saumâtre permet tout à fait de faire la cuisine. Nous avons du vin, de la bière, du cidre (et un peu de coca). Il reste deux bidons de trente litres sur le pont dédiés aux douches, mais, après les avoir ouverts on renonce à les utiliser pour boire. Avec la chaleur des algues vertes et brunes tapissent les parois, on imagine que cette eau doit être pleine de nitrate. En fait, il ne nous reste qu’une bouteille de cinq litres d’eau minérale. On arrive dans 4 jours. Il va falloir se passer de café, pas bien grave.

 

La mer est sévère

 

Notre dernière mangue. En fin de traversée on manque aussi de fruit.

Ce petit incident me laisse quand même un arrière goût désagréable. Ce n’est pas que je suis vexé d’avoir mal refermé le bouchon du nable, je m’aperçois surtout je n’avais même pas imaginé que l’eau de mer puisse contaminer l’eau douce. Combien d’autres cas du genre en souffrance ? Cette fois-ci, c’est sans conséquence, mais une autre fois l’eau pourrait bien tourner vinaigre ! Mais quoi ? Malgré toute l’expérience que je pourrais accumuler et toute la vigilance dont je pourrais faire preuve… L’erreur est humaine… Alors ? Comment faire ?

Cette pensée que tout le monde a déjà eue prend un accent grave sur l’eau. Je sais que l’environnement ne m’offrira pas les recours que je trouvai à terre où l’on pardonne si facilement, l’inconséquence, la négligence, l’étourderie, l’inconscience. La mer est sévère, elle contraint à la lucidité, y compris sur soi. Précisément. Il faut reconnaître que c’est aussi pour ça qu’on est là.

 

 

Qui mieux que nous…

Par

 

 

Loin des cotes, les rêveries contemplatives par petit temps forcent le lyrisme.

 

L’évènement : le couché de soleil

Seizième jour de mer. « Intense plaisir de l’immense » fut le commentaire que j’ai envoyé pour accompagner notre position sur la carte(1). Caroline s’est foutue de moi. Elle trouve ça trop emphatique, trop « cacou ». C’est vrai, la phrase me ferait sourire narquois dans un dîner en ville. Mais sur la mer, je n’y peux rien, j’ai l’âme lyrique.

 

 

Le jour

 

Surtout quand tout se passe bien. Et c’est le cas. Quelques petits cumulus effilochés sur fond bleu, mer calme, une légère brise, l’eau gazouille contre la coque. Dans une houle douce et allongée, quelques crêtes de vagues dansent de loin en loin sur un rythme secret. Des francs-bords de Loick jusqu’à la ligne du ciel rien que de l’eau et au-delà, encore de l’eau. Le regard s’étend à perte de vue par la pensée, franchissant l’horizon. Sur cette étendue bleue immense et plate, seule se dresse une paire de voiles blanches pour cueillir le vent. C’est l’instant où l’on sent une pointe de fierté se mêler au plaisir d’être là. Une fierté pour son bateau à qui l’on se met bêtement à parler : « Alors mon vieux ? Hein ! Elle est pas belle ? Qui mieux que nous… (2)». Ça fait sourire Caroline.

 

Les nuages sont les passants de l’océan

 

Le soir

 

Il ne se passe rien. Indéfiniment le vent souffle, l’eau chuchote et Loïck avance. Nous avons beau consigner les jours, les heures, les positions dans le cahier de bord, il semble que l’espace et le temps se sont unis pour ne laisser qu’une alternance de nuits et de jours. Dans cet univers minimaliste, c’est le ciel et les astres qui font le spectacle. Notre soleil s’appelle Sancho quand il est haut dans le ciel et qu’il nous rend paresseux. Quand vient le soir, les brasillements d’ors et de pourpre cueillent notre esprit vierge de toutes sollicitations de la journée. Là où tout n’était que lenteur suspendue, Sancho s’épuise, sa chute s’accélère, il lutte dans un bain de sang avant d’être englouti par la mer. Ce combat épique ne peut qu’émouvoir le spectateur lavé des drames humains par deux semaines de mer. Ici, bien sûr, le lyrisme me guette.

 

 

La nuit

 

Tout le temps de contempler le miroitement de l’eau

Le pire c’est la nuit. Pour peu qu’une petite barque de lune en soi à ses premiers quartiers pour ne pas éblouir les étoiles et voilà « l’intense plaisir de l’immense » prêt à assaillir l’âme la plus rustique. Le décor bleu du ciel s’est évanoui en révélant le véritable espace de notre navigation : un univers dont on ignore tout. L’eau est devenue noire, autant dire qu’elle a disparu sauf pour renvoyer quelques éclats de lune et nimber le sillage du bateau d’une phosphorescence planctonique. Tout scintille. Au milieu des étoiles, c’est un bateau-comète qui poursuit son voyage intergalactique vers la Croix du Sud. (sic)
 

 
Notes :

1/ Grace à la radio BLU nous envoyons chaque jour une position du bateau avec un commentaire (à lire en cliquant sur le point de la position).
voir la carte dans la rubrique Où est Loïck
 
2/ « Qui mieux que nous…» est une expression marseillaise employée entre amis pour marquer le plaisir des choses simples de la vie.

 

 

Dans le zig, dans le zag

Par

 

 

Sortie du pot au noir. Grosse fatigue. Des bords carrés. Le contre-courant équatorial. Une erreur de nav.
Suivit de l’analyse a posteriori .

(Cet article est en complément de la description de notre parcours donnée dans la vidéo Transat – épisode 1)

 

À 19 h 32, nous croisons la route du MSC Natalia. Il vient de l’Afrique du Sud et va à New York. L’officier de passerelle nous prévient qu’il y a pas mal de vent dans le sud. Il a ce ton plat et précis caractéristique chez les professionnels de la mer lorsqu’ils vous annoncent une mauvaise nouvelle. Ça tombe mal, l’ambiance n’est pas bonne sur Loïck. Depuis ce matin, je ne comprends plus rien à la mer.

 

 

Rouler, réduire, renvoyer

 

La nuit tombe sur un équipage, fâché, fatigué.

Nous avons fait le tiers de la route depuis le Cap-Vert, encore 900 milles pour le Brésil. 6°N, 27°W à quelques milles près. Le milieu de l’Atlantique entre l’Afrique et l’Amérique. Nous venons de sortir de la ZIC (1), on le sent. En toile de fond, entre les grains qui nous pourchassent, souffle un flux de sud.

Nous ne cessons de manœuvrer depuis hier soir. Rouler, réduire et renvoyer. Une autre masse noire s’approche, on la suit au radar. Rouler, réduire — une douche — et renvoyer. Avec l’aube grise, nous avons découvert une laize décousue sur 70 cm au milieu du génois. Roulé. Dès que nous avons endraillé le solent, le vent est tombé. Il a fallu affaler le génois décousu pour le remplacer par le génois léger. C’est une vieille voile que Loïck aime bien. La mer n’était pas grosse, mais tout ébouriffée. La manœuvre s’est mal passée entre Caroline et moi. La nuit se tombe sur un équipage fâché, fatigué.

 

Bords carrés

 

Au petit matin, sous la grande nappe gris sale des stratocumulus, le vent s’est établi à 15 nœuds de sud-sud-ouest, exactement aligné sur notre cap, le 200. Notre bord de près au sud-est est en train de refuser pour nous emmener vers l’Afrique. On vire vers l’Amérique. La vitesse de Loïck tombe à deux nœuds, de nouveau le bord refuse pour nous emmener plein ouest. Quel est le bon bord ? Nous repassons tribord amures au près serré, la vitesse grimpe à cinq nœuds et demi, mais Loïck peine à gagner en latitude. Le bateau dérive vers l’est. J’ai beau affiner les réglages, désactiver le régulateur et passer à la barre, nous tirons des bords carrés, la mer et le vent nous barrent la route du sud.

 

Un des zigs de nos zigzags

 

Le contre-courant équatorial

 

Je sais d’expérience que lorsque je ne comprends plus rien à la marche de mon bateau, c’est la faute au courant. J’ai fait mes classes en Méditerranée et j’ai toujours du mal à intégrer cette donnée. Mais quand même : deux nœuds sur un bord, cinq nœuds sur l’autre cela ferait 1,5 nœud de courant. Disons que la mer difficile n’est pas favorable sur bâbord amure et nous prenne un demi-nœud, reste plus d’un noeud de courant. Les pilot charts de juillet prévoient la moitié pour ce contre-courant équatorial qui circule de l’ouest vers l’est.

 

L’erreur

 

Même en passant à la barre nous améliorons à peine notre près.



Alors, on fait quoi ? Comment va-t-on passer cette bande de vent du sud épaisse de 200 milles ? Les GRIB ne prévoient aucun changement pour la semaine à venir. J’ai le sentiment d’être dépassé. La mer me pousse vers mon seuil d’incompétence. Nous laissons Loïck déraper dans cette mer mal peignée pour chercher de l’aide dans les livres. Cornell (2) vient à notre rescousse. Nous avions bien lu l’article concernant notre route (AT14), mais l’explication de notre erreur nous attendait dans la préface des Routes vers le Sud : “Entre mai et juillet (…) on doit essayer de faire de l’est après les îles du Cap Vert de manière à traverser l’équateur vers le 25°W et le 26°W”.
Nous approchons le 27°W alors que nous ne sommes encore qu’a 6° de l’équateur. Ces deux petites lignes nous font mettre le cap à l’est pendant deux jours jusqu’au 23°N.

 

Nous faisons route presque à l’opposé de notre destination, mais le moral cesse de boire la tasse. Nous avons repris la main. Le vent se met à chanter dans les hauts et les vagues reprennent un rythme cadencé. Le soleil sort des nuages, c’est un détail qui compte.

Reste que la carte de notre première transat restera zébrée par le zigzag infamant de mon erreur de navigation.

 
 

Analyse a posteriori

 

Pourquoi cette erreur de nav ?

Certes, je n’avais pas bien lu le Cornell, mais la bande de vent du sud était bien prévue par les GRIB dès notre départ. Je l’ai négligée parce que j’étais obnubilé par le pot au noir. Il est plus court à l’ouest qu’à l’est. Je voulais le traverser le plus vite possible. Le cap sud-ouest avait aussi l’avantage d’être la route directe pour le Brésil, plusieurs bateaux m’avaient dit avoir suivi cette route.
C’eut été une bonne option en février, mais en juillet le contre-courant équatorial se renforce à l’ouest et les vents sont orientés plus sud (voir sud-ouest) que sud-est après la zone de convergence. Celle-ci a été bien moins active que ce que j’imaginais. Nous n’avons pas rencontré un seul éclair.
 

La mer pas grosse mais difficile.

 

Bords carrés.

Je crois que la difficulté à faire du près fut le résultat de plusieurs facteurs. L’état de la mer, du vent et du courant orienté sud-ouest (selon mon estimation). Sur notre bord d’ouest (bâbord amures) il prenait Loïck légèrement sur bâbord avant le faisant abattre. Sur le bord d’est (tribord amures) le courant prenait le bateau presque par le travers tribord, le faisant dériver, l’empêchant de caper. Loick n’ayant pas de compas magnétique fiable (l’acier), je ne peux pas comparer l’axe du bateau par rapport à sa route de fond. L’état de la mer devait accentuer le phénomène. Et le vent n’était pas suffisamment fort pour passer ces vagues courtes et irrégulières. De plus, Loïck est bateau lourd, généralement gouverné par un bon régulateur, mais on ne peut pas lui demander la lune. Voilà l’idée que je me fais de ce moment bizarre que je n’ai pas bien compris sur le moment.

 

Notes :

1/ ZIC : Zone Intertropicale de Convergence, synonyme de pot au noir. L’acronyme à l’avantage d’être facile à prononcer. Notée aussi FIT pour Front Intertropical ou encore ZCIT par Météo France pour Zone de Convergence Intertropicale. Un article très complet sur la ZIC est disponible sur le site éducation de Météo France

 

2/ Jimmy Cornell Routes de Grandes Croisières. Éditions Loisirs Nautiques © 1999. Ce livre indispensable en grande croisière est la bible des grandes traversées. Je ne crois pas avoir croisé un bateau de voyage qui ne l’avait pas à bord.

 

 

Les aventuriers du transat

Par

 

Lecture dans la pétole. La routine s’installe. Du poisson frais. Discussion avec un tanker.

 

Nous voilà partis vers le Nouveau Monde prêt à réécrire fièrement notre version de ce grand mythe maritime : la Transat ! Premier constat : cette aventure n’est accessible qu’aux lecteurs passionnés. Hors des tribulations de nos héros de roman, il n’arrive presque rien. Et c’est tant mieux, on se méfie de l’eau qui dort.

 

La cabine sent l’étuve

 

Une bonne bibliothèque de bord : indispensable.

Troisième jour de transat, troisième jour allongé à lire dans le cockpit sous le taud. La cabine sent l’étuve. Impraticable. Toutes voiles affalées à l’exception du spi qui se gonfle par intermittence comme une manche à air fatiguée. Ne pouvant s’appuyer sur le vent, Loïck roule bord sur bord, le jouet d’une houle indolente. Nous ne sortons de notre carré d’ombre que pour prendre des bains au sceau sur la plateforme arrière. Parfois,

l’envie de fraîcheur réussit à surpasser les frayeurs de notre génération Dents de la Mer et on tente un vrai bain. La vitesse est suffisamment lente pour se jeter à l’eau et saisir à deux mains la boucle de la sangle accrochée au bateau. En suspensions sur les abysses, massés par les filets d’eau bleu pur, la sensation serait voluptueuse si l’on n’était pas aux aguets du monstre venu des profondeurs. Malgré tout, ça vaut le coup même si ce n’est pas évident de remonter à bord. Avec de la pratique, on aura moins peur. (voir la vidéo de Caroline : Du Cap Vert au Brésil : un océan traversé)
 

Caroline profite des calmes pour faire des images.

Écrasés de chaleur, ballottés par la mer, poussés par un vent paresseux, il nous vient la flemme. Pour ne pas passer complètement en mode végétatif, Loïck nous trouve des activités. La veille au ragage. Parce que les réglages ne changent pas, les bouts fatiguent ce qui oblige à faire le tour du bateau au moins deux fois par jour. La grande affaire c’est quand le spi trop mou s’enroule autour du génois, une galère qui nous prend bien une demi-heure où je jure comme un charretier. Le pire c’est la nuit, mais cela n’est arrivé qu’une fois.
 
 

La couleur coule

 
 

Le spi nous joue des tours

Il ne faut pas croire qu’on s’ennuie, car nous vivons d’espoir, d’espoir de poisson frais. Quatre lignes traînent à la poupe. Hier, trois jeunes daurades coryphènes sortent de l’eau losque l’on relève la mitraillette à maquereaux. La veille nous avions remis à la mer leur petite sœur la jugeant trop petite (30 cm). Ces poissons grandissent au dela du mètre. Cette fois, elle ne sont pas beaucoup plus grandes mais nous avons vraiment envie de chair fraiche.
Lorsqu’ils meurent, ces chatoyants poissons verts et jaunes virent au gris en moins d’une minute. Comment ? C’est un mystère. La couleur coule littéralement de leur corps comme l’eau sur une vitre pendant que l’animal vibre dans un dernier spasme d’agonie. C’est d’une tristesse à pleurer. Des regrets vite calmés par le plaisir de manger le meilleur des pélagiques, à notre avis.
Tant pis pour mon karma, il en faudra d’autres. Je ne veux plus toucher au chorizo que nous avons acheté à Tarrafal (que Caroline ne mange pas parce qu’elle le trouve trop gras). Je me suis fait une petite intoxication alimentaire qui m’a tordu les boyaux pendant 24 heures et nous soupçonnons le saucisson espagnol. Il faut dire que sans frigo et par cette chaleur…
  

Test des alarmes

 
 

Le Seabravour en route vers New York

Hier un gros tanker, le Seabravour, passe juste devant l’étrave. Nous avons discuté avec l’officier de passerelle. Ils allaient à New York, et mettraient 18 jours depuis la Guinée. Il nous expliquait qu’il marche à vitesse réduite, crise oblige. Le gars était Grec et attendait impatiemment les États-Unis pour 18 jours de vacances dans son île. Cette affaire nous a occupés presque deux heures. Nous l’avons vu venir sur l’AIS, puis notre radar a pris le relais. On en a profité pour tester les alarmes de ces engins pour savoir comment ils nous protègent (décevant, aucune alarme ne sonne avant les trois milles nautiques autant dire qu’il est déjà sur nous). Puis on l’a eu en visuel, on a filmé, pris des photos.

Test des alarmes lors des rencontres en mer

Après la communication radio, on l’a regardé partir dans la lumière du soir en pensant à New York. Et l’on a tout rapporté sur le journal de bord. Dans un horizon vide depuis trois jours, le passage d’un tanker à moins d’un mille est un événement. Je les soupçonne d’être passés tout près pour les mêmes raisons.

 

Ce matin nous avons vu quelque chose de brillant flotter sur l’eau. Nous affalons le spi et allons voir au moteur, tout excités. Une baleine ? Un trésor dérivant ? Non, un bidon d’antifouling vide.
Naviguer sur cette immense force bleue fait naître un sentiment de gratitude pour ce monde qui nous tolère. D’ici, on ne comprend pas pourquoi les invités cherchent à mettre leur hote en colère.

Un aluguer pour Assomada

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Immigrés clandestins. L’aluguer 1, le taxi collectif du Cap-Vert. Entre émigrés. La porteuse d’eau. Les fruits et légumes de l’avitaillement.

 

Tarrafal, au nord de l'île de SantiagoNous sommes des immigrés clandestins au Cap-Vert depuis une semaine. Nous avons dépassé la date de notre clairance. Notre excuse officielle repose sur la pénurie d’eau à Tarrafal. La pompe qui nourrit la ville est cassée, nous ne pouvons plus faire le plein d’eau pour notre traversée de l’Atlantique. Notre situation ne semble pas gêner la police maritime qui, chaque matin, tourne autour de Loïck en nous gratifiant de chaleureux saluts. Ils s’entraînent à manier leur nouveau hors-bord. Derrière nos grands sourires, on se dit qu’il va bien falloir y aller, pas seulement parce que l’on craint pour notre peinture de coque. Demain, promis, nous faisons les courses d’avitaillement.

 

Un bon aluguer est un aluguer bondé

 

Un aluguer peut transporter jusqu’à 20 passagers.

Une semaine plus tard, nous prenons enfin l’aluguer 1 pour Assomada, la ville au centre de l’île de Santiago. Ce gros bourg n’a pas d’autre intérêt que son marché, mais c’est suffisant pour justifier une heure de route en minibus. Mais il faut compter plus. Ces véhicules qui ne pourraient transporter que 9 personnes en France permettent d’entasser jusqu’à 20 passagers. Le voyageur néophyte aura tendance à éviter le bus bondé où il ne reste qu’un strapontin. C’est une erreur. Il est prêt à partir. Les aluguers qui parcourent l’île appartiennent généralement à leur chauffeur et il n’est pas question de rouler à vide. Dès qu’un minibus trouve quelques passagers, il part faire le tour de la ville pour faire le complément. Le chauffeur ralentit au niveau des piétons corne et souvent un des passagers crie le nom de la destination.

 

Une chti capverdienne

 

Cécila, une capverdienne d’Amiens

Notre bus est vide, mais le chauffeur nous promet de ne pas tarder. Après un petit tour dans Tarrafal où l’on se fait un plaisir de crier “Assomada” par la fenêtre comme des vrais Capverdiens, nous quittons la ville presque à vide malgré nos efforts. “Vous êtes en vacances ?” nous demande une passagère d’une cinquantaine d’années dans un français teinté d’un léger accent chti. Cécilia a quitté le Cap-Vert à l’âge de six ans, elle habite Amiens. Elle est revenue pour trois semaines dans son île natale. Une pensée cocasse me vient à l’esprit : nous ne sommes pas en vacances, nous sommes des immigrés clandestins dans ton pays, toi qui as émigré dans le mien, qui est maintenant le tien. Notre conversation roule sur le Cap-Vert et la France nous faisant oublier les kilomètres. Avant de descendre, Cecilia nous fait une proposition que nous devons décliner : elle nous invite à déjeuner chez sa tante où elle se rend en visite. Je ne suis pas sûr que j’aurais eu ce geste si j’avais rencontré un couple de Capverdiens dans le bus à Paris. Ma tante aurait fait une drôle de tête.

 

Un verre collectif

 

Une manifestation électorale dansée

Assomada, comme tout le Cap-Vert, est en pleine campagne électorale pour les municipales. Du fond de mon ignorance de la politique locale, je ne vois que les camions sonos dont les murs d’enceinte hurlent peu de slogans et beaucoup de musique dans les rues de la ville. Les camions sont soit rouge soit jaune 2. Chaque force politique a arrosé la population de T-shirts et de casquettes tout neufs. Une manifestation de soutien au candidat jaune passe devant le marché en dansant. Au milieu de cette foule ondulante, une jeune fille marche avec souplesse, droite comme une danseuse classique, une bouteille de 5 litres d’eau en équilibre sur la tête. L’élégance de ses mouvements me stupéfie de beauté. Le temps que je sorte l’appareil… Raté. Je la hèle pour faire un portrait d’elle, par dépit d’avoir laissé passer cette image. La porteuse d’eau croit que je veux boire. Elle me sert dans un verre collectif qu’elle garde retourné dans une carafe en plastique où traîne un fond d’eau. Cette précaution sanitaire me paraît dérisoire, mais je ne me vois pas refuser de boire. Comme si ce petit moment de grâce qu’elle m’avait offert ne pouvait engendrer de désagréments. Je ne réussis à faire qu’une photo souvenir.
 

Une porteuse d’eau pleine de grâce

 

Surtout du chou

 
Dans ce beau marché, nous cherchons d’abord les légumes et fruits qui se conservent bien. Les choux, les oranges, les potirons entiers et autres cucurbitacées, les citrons, les oignons feront les derniers repas frais avant les boîtes. En deuxième rang, les patates et les pommes, puis les carottes, les tomates, les poivrons, les bananes (ne pas prendre un seul régime car elles mûrissent toutes en même temps), ils passent rarement les dix jours. Pour le début de la traversée tout est permis : les mangues, les courgettes, les avocats, les concombres, papayes… les commerçants sont un peu surpris de nous voir choisir tout ce qui n’est pas mûr, mais ils apprécient nos commandes : 25 citrons, 4 choux… dans ce pays qui manque d’eau, les fruits et légumes sont assez chers comparé au niveau de vie locale. Le kilo d’orange vaut plus que le kilo de poisson.
 
Pour le retour, le bus est plein de gens et de vivres alors, ça prend du temps. C’est une autre caractéristique des aluguers du Cap-Vert, ils déposent les clients et leurs bagages devant chez eux, ce qui occasionne quelques détours. Une jolie façon de voir le transport collectif, surtout quand c’est votre tour. Le bus nous dépose au bord de la plage.
La police maritime semble attendre quelque chose au bord de l’eau. Un policier vient nous voir avec Zezinho qui traduit : serions-nous d’accord pour emmener un policier en annexe jusqu’à leur hors-bord mouillé dans la baie ?
Nous allons regretter ce pays.

 

 

 
 
 
 

 

Note :

1 / Littéralement, l’aluguer signifie «à louer». Prononcer “alouguère” Il s’agit de minibus ou de pick-ups qui sillonnent les îles à la recherche de clients ou de marchandises à transporter. Le prix de la course, peu cher, dépend de la destination.
 
2/ Les “jaunes” sont du Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV, au pouvoir), les “rouges” font partie de l’opposition, ils représentent Le Mouvement pour la Démocratie ( MpD). Le MdP reportera 13 mairies sur 22. Nous n’avons pas rencontré de représentants des deux autres petits partis en lice. Source :  Un article de Afiquinfos.
 

Petit carénage en compagnie

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Un baliste sous le bateau. Carénage à l’eau. Quelques outils. Un baliste au four ?

 

Tarrafal, au nord de l'île de SantiagoLe baliste me regarde entrer dans son territoire avec des airs de vieille Anglaise qui examine un nouveau joueur dans son club de bridge. Mine de rien, mais qui n’en pense pas moins. Bientôt trois semaines qu’il habite sous la coque de Loïck. Je lui fais mes excuses sous marines et je m’attaque à la destruction de son garde-manger. Le baliste, pas farouche, me tourne autour. Le coup de brosse est nécessaire, nous partons bientôt pour trois semaines de navigation, traverser l’Atlantique. Je croise son regard, à ses yeux l’excuse n’est pas valable.

 

Crinière d’algues

 

Le baliste ponctué. Cliquer sur l’image pour voir la fiche descriptive de ce poisson © Simon Von Hoevel

Huit mois que le bateau est à l’eau, plus trois mois que nous naviguons dans des eaux au-dessus de 20 degrés et notre coque est à peu près propre(1). En revanche les pièces sans antifouling (les anodes, l’hélice et les sondes) abritent un petit monde fascinant d’algues, de poissons et de crustacés. Le speedomètre ne peut plus tourner. Il n’a fallu que deux mois de mouillage pour qu’une crinière pousse sur les cinq premiers mètres du mouillage, ses grandes mèches vertes flottent au gré du courant. Un grand tampon-jex enroulé autour de la chaîne suffit à émonder la végétation, mais c’est peut être moins pratique que le gant en cotte de mailles qu’utilise les bouchers(2). Il aurait aussi pu être utile sur la couronne d’anatifes qui a poussé sur la ligne de flottaison.

 

 

Exercice d’apnée

 

Je gratte, je frotte, mon travail produit un nuage de petites particules qui fait le régal de tout petits poissons très vifs. C’est maintenant que je suis à l’eau que je souviens de la recommandation d’un habitué des mers chaudes : mettre des bouchons d’oreilles pour ne pas risquer une otite due à l’infection par ces petits débris. Un bon rinçage à l’eau douce avec le pulvérisateur de jardin à poste sur la plateforme devrait suffire. Un geste qui devient vite un réflexe après chaque baignade dans les eaux tropicales.

 

Les balanes. Cliquer sur l’image pour voir la fiche descriptive © Wilfried Bay-Nouailhat

Je regrette de n’avoir ni bouteille de plongée ni narguilé pour faire cette corvée. À défaut,je tente d’en faire un exercice d’apnée. Plombé comme une victime de la mafia sicilienne, je m’accroche à la coque avec une ventouse de vitrier pour éviter la chute vers le fond. Faire le vide en soi, ralentir les gestes, souhaiter l’arrêt du cœur. Selon tous les manuels modernes, l’apnée c’est une question de mental. Comme un enfant qui joue à Bruce Lee, je fais des katas en nettoyant mon hélice. Je suis le samouraï qui décapite les balanes de son sabre étincelant, lorsque soudain, le baliste surgit dans mon masque pour profiter du festin. Où est-ce une charge ? Ces poissons sont connus pour ce comportement téméraire.

 

Le baliste ne fuit pas

 

Les filets de filières rendent le bateau plus sécurisant.

Chacun l’a remarqué : se faire surprendre sous l’eau décuple l’effroi. Une poussée d’adrénaline, parfaitement fatale à l’apnée, me fait passer du guerrier nippon au noyé en panique. Après une goulée d’air, je me souviens qu’Erwan m’a dit que les balistes au four font un plat délicieux. Sur le pont, le fusil attend le moment d’exprimer sa nature profonde, juste à côté de Caroline qui ravaude les filets des filières. Elle n’a qu’un geste à faire pour le jeter à l’eau.

Trois semaines que ce poisson surveille nos bains. Même lorsque je rentre de la chasse bredouille, le fusil encore armé, il ne fuit pas. Le baliste n’a peur de rien ce qui le rend, pour moi, impossible à chasser. Ce qui m’énerve c’est qu’il me regarde comme s’il le savait.

 

J’ai à peine terminé de brosser l’hélice qu’il reprend sa place à la base du safran. Il a peut-être envie de venir avec nous au Brésil ?

 

 

1/ Nous avons passé 3 couches d’un antifouling érodable qui remplit bien sa mission (Seaforce 90 de chez Jotun). Nous avons comparé avec le procédé Métagrip au zinc silicaté de la coque acier d’Alex qui a mis à l’eau en même temps que nous et qui a fait le même trajet (8 mois de mer depuis la Bretagne). Il avait beaucoup plus de flore et de faune que nous sur la coque, mais un brossage sous l’eau a suffi pour tout faire partir (une heure et demie en bouteille -voir la vidéo de Caroline Tarrafal 2). Pour notre part, nous ne pouvons pas brosser sous l’eau sans polluer le milieu et abîmer l’antifouling. Nous partirons donc dans avec une coque très correcte, mais pas complètement impeccable, car quelques algues qui ressemblent à des champignons plats apparaissent. Le flux de l’eau en navigation ne suffira pas à les ôter. Alex, comme nous, est content de son choix.

 

Procédé Meta au zinc. Avant (en haut) et après un coup de brosse (en bas).

 

Antifouling érodable Seaforce 90. Même parcours et temps à l’eau pour les deux carènes.


 

 
 

2/ Une astuce que nous a donnée un bateau Suisse-allemand. Je n’ai pas testé, mais l’objet m’a semblé utile pour un carénage sous l’eau dont on ressort souvent avec des petites coupures.

 

 

Clearance en eaux troubles

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Le mot clairance. L’exemple de la douane australienne. Les formalités à Praia. Tentations clandestines

 

Au nord de l'île de SantiagoClearance est un joli mot anglais que l’on aurait dû traduire par « cauchemar de grande croisière». Francisé en 1973, la clairance est une autorisation donnée à un navire de faire mouvement1. Ce mot résume l’ensemble des formalités d’entrée et de sortie d’un pays, l’un des sujets les plus discutés dans les carrés des bateaux de voyage. En général2, pas besoin de visas pour accoster en terre étrangère, mais le nombre d’administrations à satisfaire varie d’un pays à l’autre. Le service de l’immigration et les autorités maritimes, parfois confondues avec la douane, forment le socle minimum. Il faut souvent ajouter les autorités sanitaires dites « la quarantaine » et la capitainerie du port.

 

Direction Praia

 

 

Erwan dans le bus vers Praia

À Tarrafal, il n’est pas possible de faire la sortie du Cap-Vert. Seuls les ports de Mindelo, Palmeira et Praia offrent les services compétents. Assez logiquement, la police maritime pourrait nous demander de voir le bateau pour nous donner nos papiers, mais nous n’avons aucune envie de descendre Loïck à Praia à 60 milles au sud. Erwan sur Lohengreen se trouve dans la même situation. Après plusieurs séjours au Cap-Vert, il parle parfaitement le créole. Nous nous joignons à lui pour tenter une clairance à Praia par la route.

 

Il était une fois l’Australie

 

Dans le bus bondé qui nous emmène à travers l’île de Santiago, nous plaisantons avec Erwan sur notre arrivée en Australie en 2005 lors de notre précédent voyage. Le pays est connu pour sa sévérité douanière :

 

En bons invités prévenants, nous avions envoyé un mail aux services des douanes 96 heures avant notre arrivée (obligatoire sous peine d’amende). Le pavillon Q avait dûment été hissé sous une barre de flèche bâbord; il n’était pas question de descendre à terre avant d’y être invité par les autorités. Une escorte nous désigne le petit ponton d’accueil décoré avec soin de barbelés savamment enchevêtrés. Sans faire de manière, une jolie femme est montée à bord, suivie de deux hommes la main sur leurs armes. L’officier d’immigration nous a fait asseoir dans le carré pour nous poser des questions dignes d’une discussion avec nos meilleurs amis : drogues, armes, SIDA, etc. Pendant ce temps, son collègue de la douane, qui avait aussi envie de mieux nous connaître, ouvre tous les placards, les coffres, les planchers. Quand je l’ai vu se diriger vers le sac de linge sale de quinze jours de traversée, j’ai pensé que nous allions devenir rapidement très intimes. La jeune femme de la quarantaine s’est préoccupée de notre alimentation comme une mère, mais elle ne semblait pas apprécier notre diététique. Munie d’un grand sac poubelle noir, elle a jeté tout ce que nous avions entamé, mais aussi nos réserves d’épices, de thé, de céréales, de pâtes, nos fruits et légumes, la viande en boîte, le lait en poudre, etc

Après tant de bienveillance, nos hôtes nous ont souhaité « Welcome in Australia » en guise d’au revoir. Certaines choses sont inversées dans l’hémisphère sud.

 

Deux tampons

 

La police maritime du Cap Vert, moins sévère qu’il n’y paraît (à Mindelo lors de notre entrée)

 

 

Pour sortir du Cap-Vert, il ne faut que deux tampons, d’abord celui de la police maritime ensuite celui de l’Immigration. Arrivée à Praia nous descendons vers le port, le bord de mer est hérissé d’épaves. Erwan décide de jouer franc-jeu et explique au fonctionnaire que nos bateaux sont dans la baie de Tarrafal et que l’on aimerait quitter le territoire à partir de là. L’homme sanglé dans son treillis bleu marine prend un air préoccupé et sans un mot se met à chercher dans un placard. Après dix minutes, il nous demande de le suivre dans une autre pièce éclairée comme la précédente par un néon blafard. Nous saluons en portugais chaque policier qui passe avec des mines de bons élèves obséquieux pendant que le flic flegmatique distille tranquillement les marques de son autorité. Il finit par nous tendre les formulaires de clairance. Erwan me jette un coup d’œil en tachant de ne pas sourire.

À l’Immigration l’officier a accepté de postdater notre sortie du territoire d’une semaine pour nous laisser le temps de faire l’avitaillement.

 

Le marché aux bidons

 

 

Le marché de Sucupira à Praia. Un classique à ne pas manquer.

L’esprit serein, nous rejoignons Caroline, Alex et Paluch (l’équipage d’Antouka) au marché aux bidons de Sucupira où se vend le produit de la solidarité de la diaspora capverdienne3. Nous nous attablons dans baraque ouverte sur la rue poussiéreuse, venteuse, populeuse, chaleureuse pour manger un poulet-riz-frites.

Erwan et moi racontons notre matinée un brin fanfarons, fiers d’avoir parié sur la magnanimité des autorités capverdiennes. Alex était sûr que nous serions obligés d’emmener les bateaux à Praia et se demandait s’il n’allait pas quitter le Cap-Vert sans clairance. Une seconde raison l’orientait vers ce choix : il voulait visiter l’île de Brava, au bout de l’archipel, avant de partir.

 

Orthodoxe, fugitif ou clandestin

 

Dans ce cas classique pour les bateaux de voyage trois possibilités se présentent. L’orthodoxe : aller visiter l’île et revenir au port de clairance pour faire tamponner son visa ; il faut alors faire 100 milles, dont la moitié au près dans une région où 40 nœuds de vent sont monnaie courante. La fugitive : visiter l’île en toute légalité et partir du pays sans visa de sortie ; c’est se condamner à ne plus revenir dans ce pays et s’exposer aux soupçons de l’autorité du prochain pays visité qui va se demander pourquoi vous n’avez pas fait de sortie dans le pays précédent (pas sûr qu’un bon mensonge suffise à éviter les problèmes). La clandestine : faire sa sortie au port principal et visiter l’île ensuite en prétextant l’avarie ; un acte qui peut être lourd de conséquences financières et qui peut aller jusqu’à la saisie du bateau.

 

On peut aussi ne pas visiter ces îles en bout de pays. C’est la solution que choisira Alex.

Fort de notre expérience, il est revenu en bus à Praia pour faire ses papiers. Mais il a eu toutes les difficultés du monde à obtenir sa clairance pour son bateau resté, comme nous, à Tarrafal.

Souvent douane varie, bien fol qui s’y fie.

 

Notes :

 

1 Définition du Grand Robert de la Langue Française 2005. Mot emprunté à l’aéronautique.

 

 

2 Les formalités : les conseils de Caramel, en particulier sur le délicat problème des États Unis : . Pour la Papouasie en 2004 nous avons aussi dû faire un visa préalable. Certaines régions comme l’Antarctique nécessitent des autorisations spécifiques. Bien se renseigner avant de partir est une précaution de base.

 

3 Sur le marché aux bidons de Praia voir le paragraphe #2 La fripe au Cap-Vert : à l’usage du « bidon » dans l’article Mort de la fripe en Afrique ou fin d’un cycle ? De Sylvie BREDELOUP, Jérôme LOMBARD. in REVUE TIERS MONDE – N° 194 – AVRIL-JUIN 2008 publiée sur le site de l‘Université de Géographie de Rouen.

 

Pour naviguer au Cap-Vert : http://www.mindelo.info/_voile.php

 

 

 

Le temps de l’escale

Par

 

Douceur de vivre. Combien de temps pour une escale ? Besoin de contacts humains.

 

Au nord de l'île de SantiagoDans cette petite baie du sud du Cap-Vert, il n’est pas compliqué de connaître l’heure. L’église sonne le début du jour. Il est six heures. Lorsque les pêcheurs reviennent de la mer, on sait que l’on va bientôt déjeuner. À midi, la cloche de l’église sonne pour la deuxième fois. Quand les barques quittent la plage, il est temps d’incliner le panneau solaire vers l’ouest. Le temps de finir l’activité du jour et nous partons chasser le poisson du dîner. Tous les jours de la semaine se ressemblent, mais le dimanche est facile à reconnaître : l’église carillonne, les pêcheurs laissent la plage aux baigneurs. Au-delà de cette échéance hebdomadaire, la mesure du temps s’estompe.

 

Du temps à discrétion

 

La baie de Tarrafal, sur l'horizon, à 35 milles l'île-volcan Fogo culmine à plus de 2000m

La baie de Tarrafal. Sur l’horizon, à 35 milles l’île-volcan Fogo culmine à plus de 2000m | © Paluch

 

Je n’ai pas éprouvé ce sentiment depuis des années. La préparation de ce voyage a cannibalisé notre temps libre, englouti nos vacances. Sept ans que nous marchons au pas cadencé en nous projetant dans un avenir incertain, mais ordonné par le calendrier. Sept ans que nous avançons avec un but précis. Depuis notre départ de Brest, les obligations desserrent doucement leur étau. Nous avons du travail (les films, les articles et le bateau), mais le tempo des escales est libre. Notre projet est d’abord de vivre sur l’eau en nomades, la question de l’itinéraire est secondaire. Le temps consacré au mouillage s’offre à discrétion   ̶ devenant un sujet de débat dans le carré de Loïck. Entre le temps nécessaire pour découvrir la richesse d’un lieu qui nous suggère de rester et l’appel de la mer qui nous propose de partir, l’équilibre n’est pas simple.

 

Notre première rencontre, Nazu.

 

 

Lors de notre premier voyage, nous naviguions dans le cadre d’une année sabbatique. Une durée limitée qui pousse à une « rentabilité » du voyage. Les haltes supérieures à trois semaines étaient rares. Pour ce nouveau périple, nous voyageons sans échéance. D’autres critères commandent la durée de nos escales. En particulier, je n’avais pas anticipé le besoin que j’ai de contact humain.

 

“Affamés de relations”

 

Aujourd’hui, avec Skype, Facebook et les courriels, les proches n’ont jamais été aussi proches. Sur une année, ces outils peuvent presque suffire à combler le temps qui sépare des futures embrassades. Mais pour ceux qui sont partis vivre en bateaux plusieurs années, aussi puissantes que soient ces relations numériques, elles ne peuvent remplacer le plaisir d’un sourire, la chaleur d’un coup de main, l’agrément d’un petit commentaire matinal sur le temps ou carrément une bonne grosse discussion bavarde et arrosée sur le monde et la façon dont il tourne.

 

” Les bateaux de voyage sont affamés de relations ” affirme Gwendal1 qui voyage seul sur La Boiteuse, ” sur les pontons les amitiés vont plus vite qu’à terre ”. Et plus l’escale s’allonge plus on goûte aux plaisirs amicaux, que l’on sait pourtant condamnés par un départ inéluctable.

 

Alex prépare activement sa traversée de l’Atlantique.

 

Jusqu’ici, j’avais toujours trouvé surprenant ces bateaux qui naviguent ensemble pendant plusieurs mois et nous voici bord à bord avec Antouka depuis Mindelo (voir les billets précédents). Alex avait promis de traverser l’Atlantique au début du mois, mais il sait qu’en face, dans un premier temps, il sera seul (je ne parle pas de la solitude du temps passé en mer ou dans une nature sauvage , savoureuse pour beaucoup, bien différente de la solitude de l’étranger). Régulièrement, il parle de son départ que nous décourageons par toute sorte de stratagèmes déloyaux. Voilà trois semaines qu’il trahit sa promesse avec complaisance.

 

Ici et maintenant

 

Rencontrer les gens qui habitent à terre demande plus de temps encore. Souvent l’obstacle de la langue handicape les échanges. Un inconvénient compensé largement par la richesse de l’altérité et l’assurance de ne pas parler, pour une fois, d’histoire de bateaux. Pour les vagabonds des mers que nous croisons, la bonne compagnie prend vite le pas sur les trésors touristiques.

Badou et son chien Amiga, nos voisins de bateau sans annexe.

 

Dans notre mouillage à Tarrafal il n’y a pas de palais à visiter, mais pas un jour ne passe sans au moins, un sourire de Ména, un salut de Batu, un déjeuner chez Suzy, une discussion avec Zezihnio, une chasse avec Alex, une bière chez François, un coup d’annexe pour Badou, quelques pas avec Erwan… Ici, tous les visages portent un nom.

Quand les amitiés se nouent, le regard se détourne du calendrier, par pudeur. Le présent doit prendre ses aises dans ce temps de l’escale qui n’a ni passé ni futur, comme si notre relâche devait durer toujours.

 

 

1Le blog de Gwendal : La Boiteuse

 

 

La Batuk, musique de femmes

Par

La onzième île du Cap-Vert. La Batuk, l’autre musique du Cap Vert. Concert privé.

 

Le Cap Vert

Une belle caméra toute neuve, des micros stéréo, l’équipe de tournage française qui vient de s’asseoir à une table de “notre” café nous intrigue. Le preneur de son filiforme à lunettes noires semble sortir d’un backstage des Rolling Stones, la cameraman plaisante en créole avec une jeune Capverdiene, leurs rires se terminent par une accolade chaleureuse. Caroline va à la rencontre de ses collègues. “Ce n’est pas un film pour la télévision nous explique Cécile Canut, on travaille dans le cadre d’unj projet de recherche.” Cette femme pétillante d’une quarantaine d’années enseigne à Paris Descartes. Elle travaille sur les récits de migrations. Les chiffres nous font comprendre pourquoi elle a choisi le Cap-Vert. La population de l’archipel compte 400 000 habitants, mais sa diaspora est évaluée à 800 000 âmes. On dit ici que ces émigrés forment la onzième île du pays.

 

 

La batuk à main nue.

 

 

Une sorte de pouf frappé à main nue

Cette situation engendre des séparations douloureuses. Un thème qui pèse lourd dans le cœur des femmes capverdiennes et qu’elles expriment à travers une forme musicale particulière : la Batuk ou Batuku. Cet ancien chant d’esclave interdit par les colons et l’église s’accompagne de percussions. L’instrument est une boule de tissu compacte couverte de plastique ou de cuir que l’on frappe à main nue. Les phrases d’une chanteuse-leader sont reprises en cœur par les percussionnistes. Cette musique énergique ne ressemble en rien à la morna, beaucoup plus sentimentale que chante Cesária Évora. Elle s’accompagne de deux ou trois femmes qui dansent le Tornu, en frétillant des hanches ceintes d’un foulard, avec une grâce farouche.

 

 

Un groupe de femmes joue ce soir pour le documentaire de Cécile, exceptionnellement un homme prendra part à cet art féminin. Elle nous propose d’y assister. “C’est au restaurant Mangui Baxu”, cela ne nous dit rien, elle ajoute “près d’un grand manguier”, on va trouver.

 

Dja porte le deuil de son père

 

Le groupe se met en cercle, mais Cécile est déçue. Dja, la meilleure chanteuse, le personnage principal de son film refuse de participer. Elle a perdu son père il y a deux mois et doit porter le deuil pendant un an. Pour Caroline et moi cela ne fait pas grande différence, sous la petite ampoule nue, nous assistons fascinés, à ce concert privé.

 

 

Cette petite vidéo faite avec mon appareil photo ne rend rien de la beauté des sons mats de la peau contre ces instruments sans caisse de résonance. Et pour les voix, c’est un peu comme entendre chanter au téléphone. Mais c’est le seul document que nous avons pu faire.

J’espère que vous pourrez voir un jour le film de Cécile Canut : “L’île des femmes”

 

 

 

Batouk.mp4 from Loick on Vimeo.