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Ris par gros temps au portant

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Voici une manœuvre que nous avons apprise récemment sur Loïck, je n’ai aucune idée de sa popularité, mais, si vous ne la connaissiez pas, elle vous sera bien utile.

 

« Un marin, ça sait tout faire mais mal » j’aime beaucoup cette phrase d’Autissier (1) qui allège les frustrations de mon caractère un tantinet maniaque. La citation fonctionne bien sûr pour le bricolage, lorsque le dernier coup de couteau vient gâcher la belle apparence du joint polyuréthane, mais aussi pour la cuisine lorsque je sors du four un pain qui tient plus de la maçonnerie que de la boulange. Mais il est un domaine honteux que peu avoueront : le réglage des voiles et les manœuvres en grande croisière font souvent partie de cette liste.

Et c’est normal. La plupart des skippers n’ont pas une formation très poussée en voile. Mon cas n’est sûrement pas isolé. J’ai beau avoir fait de la complétion en 420 pendant mon adolescence, je n’ai quasiment jamais régaté sur quillard, ni fait les Glénans, et je n’ai pas souvent été équipier.

 

Prendre un ris, je croyais savoir…

 

Le portant en ciseaux, l’allure la plus confortable pour Loïck dès que le vent souffle.
Aucune envie de passer face au vent pour prendre un ris. © Ariel sur Skol


 
Je me suis fait cette réflexion sur la grande croisière après que Salvatore, qui a fait de la course au large, nous a expliqué comment il prenait un ris par gros temps au portant en solitaire. Et je me suis senti très bête.
Autre exemple. Je me souviens d’un skipper qui venait de faire Afrique du Sud / Cap Vert en solo d’une traite sur un 52 pieds et qui m’a demandé, sérieusement, comment on prenait une cape.

 

Ris face au vent. C’est mieux à plusieurs

Prendre un ris, je croyais savoir ce qu’il y avait à savoir, mais c’est le propre de l’ignorance, il est difficile de se figurer de son étendue.
Alors, à tout hasard, si comme moi, vous ne connaissiez pas ce petit tour de main, ce billet vous sera tellement utile qu’il fallait l’écrire quitte à passer pour piètre marin auprès de ceux qui savaient.

 

Le ris face au vent, c’est la guerre !

 

Résumé des épisodes précédents.

Sur Loïck, nous avons beaucoup pratiqué le ris face au vent. Disons à 20-30 degrés du vent réel pour être précis, à fin que la voile d’avant, bordée à fond, ne se mette pas à claquer. Ce bruit me fait tellement mal pour les voiles que j’abordais la prise de ris avec le stoïcisme d’un père qui s’apprête à faire des points de suture à son fils. C’est douloureux, mais c’est pour ton bien.
 
Car lors d’une prise de ris face au vent par gros temps, il est bien difficile de ne pas faire faséyer les voiles. La voile d’avant a du mal à tenir avec les vagues qui viennent taper sur l’étrave — et, au passage, noyer le pont.
La GV de Loïck est full-batten, elle refuse de descendre ou de monter si la pression est trop forte. On sait qu’il faudra forcément la faire faséyer un peu, le moins possible. Donc vite ! Affale ! Passe l’anneau de l’oreille de chien dans le croc ! Souque ta drisse ! Avale la bosse ! Vite ! Ça claque ! On s’entend plus ! Gueule à Caroline : « Le tissu ! Ça pince pas ? » Merde ! J’ai de l’eau qui est rentrée dans la botte !
 

Le ris face au vent, sans vergogne on appuie au moteur.

C’est une manœuvre où il vaut mieux être deux, car ni le pilote ni le régulateur ne tiennent correctement le bateau face à la mer sans la GV, le bon angle est trop fin. En général on appuie au moteur.

 

La variante Moitessier

 

Pour le ris face au vent par gros temps, il y a la variante piquée dans un bouquin de Moitessier : prendre la cape. C’est mieux pour la voile d’avant, mais, sans la GV, Loïck se met complètement travers à la vague. Il faut l’aide du moteur pour remettre suffisamment le bateau dans l’axe du vent pour que la voile retrouve un angle assez aigu pour lui permettre de descendre.

Prendre des ris face au vent par gros temps n’est pas une sinécure d’autant qu’en général on navigue aux allures portantes, la plupart du temps en ciseaux. Une allure que Loïck aime bien pour passer la vague quand elle se fait grosse. Dans ce cas, notre stratégie ne fait pas dans la finesse : roule le génois en laissant le tangon à poste, remonte au vent avec le moteur au moins au deux tiers, prends ton ris, abats et déroule ton bout de foc. L’avantage c’est que la manœuvre se fait bien au pilote électrique.
Mais de toute façon, par gros temps contre le vent, c’est la guerre !

 

Le double palan : très pratique pour trianguler la bôme, quelle que soit l’allure.

 

La prise de ris au portant

 

La prise de ris au portant que nous pratiquions sur d’autres bateaux s’est révélée impossible avec la GV full-batten de Loïck. Si le vent souffle fort, la pression sur les chariots est trop grande lorsque la voile est ouverte. Elle ne descend pas. C’est là que Salvatore nous a donné la solution : il suffit de la fermer pour diminuer la pression.

Il faut donc ramener la bôme au centre du bateau, à la limite de l’empannage et bien souquer toutes les manœuvres pour que plus rien ne bouge : l’écoute, la balancine, le frein de bôme.
Sur Loïck c’est très simple, car le bateau était équipé de la technique du double palan pour le débarrasser du rail d’écoute, du hale-bas et du frein de bôme. Mis à part le paquet de nouilles dans le cockpit au près, c’est une excellente option.

Une manœuvre particulièrement facile à faire avec un foc tangonné qui garde le bateau bien stable. Une fois que la GV a sa chute bien souquée quasi dans l’axe du bateau, même si elle empanne ce n’est pas un drame. La pression sur la voile n’est pas très forte et sa mobilité est faible.

 

Une quinzaine de petits ris

 

dessin ris vent arrière

Prise de ris au portant : la bôme au centre puis détendre le guindant et retendre la chute, décimètre par décimètre.


 

À ce stade, par vent fort, si vous affalez un ris entier cela va rendre toute la mobilité et remettre la pression dans la voile détendue. Vous avez toutes les chances de briser une latte. La manœuvre paraît contraire à toute logique.
 
Le bien joué de cette manœuvre, c’est de prendre son temps.
Il suffit d’affaler juste 10 ou 20 cm de toile, sans détendre trop la chute, mettre la drisse au taquet et aller retendre la chute avec la bosse de ris. Et on recommence. Comme si l’on prenait une quinzaine de petits ris.
Donne une main de guindant, reprends la chute. Tranquille. Petit à petit. On a le temps. La bôme bien triangulée ne bouge pas. La voile reste toujours bien tendue, le vent glisse le long de la voile, il n’est pas trop puissant. Le bateau avance tiré par son foc, le pilote ne souffre pas. Ça ne mouille pas. Et si le ris se prend au pied de mat, le retour au cockpit sera beaucoup plus facile que face à la mer. Le bonheur !

 

Quand on n’est pas en panique et que le bateau est bien réglé, le gros temps, c’est magnifique et euphorisant.

 

Notes

1/ De mémoire, cette citation vient du livre qu’elle a coécrit avec Érik Orsenna : “Salut au Grand Sud

 

La solution avec double foc, très pratique et plus souple par gros temps.
Une technique qui complète la prise de ris au portant.
Sur l’image Skol dans les vagues (voir le commentaire d’Isabelle).


 

Passe le Carpintero

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Loïck rentre en France depuis Buenos Aires. Nos longues navigations vont affecter la régularité du blogue.

 

Ce blogue va entrer dans une période un peu erratique. Nous venons de quitter Buenos Aires pour remonter vers le nord. Nous rentrons en France. Amis, famille, caisse de bord et traitement de fond pour Loïck, voilà le programme d’une escale que nous espérons pas trop longue.

Nous ne sommes pas encore sûrs de la route. Brésil, Cap-Vert, Açores ? Cela nous permettrait d’être en France en automne. Une boucle par les Caraïbes ? Peut-être, mais la caisse de bord risque de faire la tête.
 
 

En attente à Piriapolis

 
Dans tous les cas, nous avons devant nous de grandes navigations et peu de temps à terre.
Je ferai tout ce qui est possible pour nourrir ce blogue dès que je pourrai, mais je vous prie d’ores et déjà de pardonner son irrégularité pour les six mois qui viennent.
Jusqu’ici, j’ai eu du mal à écrire en mer, je vais tenter de changer cela. Tant d’histoires attendent d’être écrites, toute la remontée du sud et, en particulier, les Malouines valent quelques billets.

 

La baie de Piriapolis et le fameux Hotel Argentino. Ville voisine de Punta del Este.

 

Ne serait-ce que ce port uruguayen où nous sommes en train d’attendre une fenêtre : Piriapolis. Une ville balnéaire inventée au début du siècle par un marchand visionnaire : Monsieur Piria.
Ce petit port attire la crème des bateaux de voyage grâce à sa situation et son Translift.

 

Le port de Piriapolis vient d’ajouter trois grandes pannes pour accueillir les voyageurs.

 

Avitaillement. Balane V prépare un direct vers les Açores

Nos voisins viennent pour la plupart du Grand Sud. Pas moins de deux Swan 57 sont amarrés aux pontons, dont l’un vient des Malouines. Un grand ketch français (Balane V) est arrivé de Puerto Williams hier, ce matin un Class 40 américain (Griphon Solo 2) de Cap Town par le cap Horn, le génois tout déchiré et la quille délaminée, sans parler d’une bonne quantité de petits 12 m comme le notre (OVNI, Dufour etc.) Quel drôle de port ! Comme toujours, en grande croisière, beaucoup de Français.

 
Nous sommes tous en train d’attendre la fin de cette petite dépression qui fait souffler le Carpintero, un vent de sud-est, perpendiculaire aux 500 milles d’une côte qui ne compte qu’un seul abri à mi-parcours (Rio Grande Do Sul). C’est un vent fort qui lève une mer difficile sur des fond d’à peine soixante mètres à plus de 30 milles du rivage. En cas de pépin, pas d’abri.
Carpintero veut dire charpentier. Ce vent a pris ce nom car il donnait du travail à cette corporation. Les charpentiers allaient à la côté récupérer le bois des bateaux échoués. La fin de cette dépression devrait nous porter vers le nord.

 

La position de Loïck par BLU

 

À défaut de billet de blogue pour cause de navigation, nous donnerons des nouvelles depuis la mer par des petits messages sur la carte ci-dessous.

 

 

Nous communiquons en mer grâce au réseau des radioamateurs Winlink que j’ai décrit dans un précédent billet. Une BLU (radio HF), un modem Pactor, un ordinateur, c’est ainsi que nous pouvons envoyer des mails et recevoir les GRIB (tout à fait semblable au principe de Sailmail sauf que c’est gratuit).
 

 

Un message par jour

 
Le site de Winlink propose une carte où l’on peut suivre la position du bateau. Nous faisons généralement un point par jour en navigation. Le survol de la souris sur un point permet de connaître la vitesse et le cap de Loïck. Il nous est aussi possible d’écrire un petit texte de 80 caractères. Les points bleu sont plus anciens, le point rouge est le dernier actualisé.

 
Au cas où le survol ne fonctionne pas, la carte est accessible sur le site de Winlink.org
 
Pour les curieux ou si vous avez des amis radioamateurs en bateau, voici la carte générale.
Pour info l’indicatif pour Loïck est F4GFQ
 
À bientôt.
73 (comme écrivent les radioamateurs, c’est le code pour “Salutations”)
 

On est un peu inquiet : s’il montait sur notre plate-forme, il pourrait bouffer le chat ?


 

Avanie et framboise

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Une entrée compliquée dans le port de Montevidéo.

 

Si l’on veut avoir l’air d’un bateau sérieux, il y a des traces d’OpenCPN que l’on ne devrait pas montrer. Mais l’on s’ennuierait bien sur les pontons si l’on passait sous silence ces moments où la Nature s’ingénie à tourner notre orgueil de marin en ridicule. Comme lors de cette entrée dans le
port de Montevideo dont la trace ressemble à une signature d’un médecin sous amphètes.

 

Toutes voiles dehors

 

Le courant, une panne moteur, le vent qui tourne : voici notre plus vilaine trace.

 

Comme toutes les histoires qui tournent mal, les choses avaient bien commencé. Nous avions avalé 70 miles dans la nuit, au largue (car notre bateau à nous ne fait pas de reaching, il est vieux et ne connaît que le largue), le long de la côte nord du Rio de la Plata. Le vent chaud venait de la terre d’Uruguay chargé d’odeur d’eucalyptus.
Nous savions que cela allait tourner à l’Est, pile dans le nez, après la molle de midi, mais on serait presque arrivé. Il ne resterait plus qu’à passer la Punta Brava, le petit cap le long desquels courent les majestueux Ramblas de Montevideo. Quelques petites heures de prés dans un vent prévu entre 13 et 16 nœuds, c’est exactement ce que Loïck préfère à cette allure. Toutes voiles dehors.

 

“Les choses avaient bien commencées…”

Méprise nº 1

 
Alors, lorsque le vent s’est arrêté, au lieu de finir la route par deux heures de moteur, nous avons jeté l’ancre devant le chenal du port commercial. Nous nous sommes baignés en regardant passer les bateaux. Il était midi. Nous avons aussi déjeuné dans le cockpit et tendant un drap attaché avec des grosses pince à la bôme. Cela ne valait pas la peine de sortir le taud pour si peu de temps. Au café, le vent soufflait timidement de l’est. Le temps de ranger le déjeuner, il avait atteint 15 nœuds et les vagues déferlaient de toutes parts.
 
Après tout, le Rio de la Plata n’est jamais que le plus large fleuve du monde et lorsque le courant de la marée montante rencontre le flot descendant d’eau douce, il y a bataille. On nous avait prévenus… Je dois maintenant confesser un péché d’orgueil : avec un bateau qui a remonté, dans 30-40 nœuds, la mer hachée des Malouines sans broncher, on n’allait pas se mettre la rate au court-bouillon pour quelque vingt nœuds dans une rivière. Non ? (Méprise nº 1)

 

Cataractes dans le cockpit

 
Et puis le vent ne devait pas dépasser 16 nœuds, alors je n’avais pas mis la trinquette à poste. Et maintenant que l’étrave était à moitié sous les eaux, armer l’été largable, amener la voile sur la pointe avant, l’endrailler, trouver les poulies volantes et les écoutes (« À propos tu les as mises où les poulies ? — Moi ? Mais je ne les aie pas touchés ces poulies ! »)… Pour deux petites heures ? Est-ce que ça vaut la peine ? (Erreur nº 2, si tu poses la question, ça vaut la peine)
 
Nous avons tous été d’accord avec la suggestion de Caroline d’aller dans la baie ouest de Montevideo à l’abri du vent. Mais pas des courants.
Comment peut-il y avoir autant de mer dans une baie ? Après qu’une vague a sauté sur l’étrave, couru sur le pont, grimpé sur le roof pour finir en cataractes dans le cockpit, nous avons trouvé sage de ne pas mouiller dans cet « abri ». (Tort nº 3, manque de prise en compte des courants)

 

La baie Est de Montevideo, à l’abri du vent mais pas des courants.

 

Méthode Beagle

 
Voiles souquées à plat Loïck s’élança contre vent et courant à l’assaut de la Punta Brava. La Pointe Dure/Forte/Compliquée a mérité son nom. Après deux bords de 3 miles chacun, le bateau avait parcouru 800 m vers l’est. VMG : 0,6 nœud. Nous venions de dessiner notre plus beau bord carré, il fallait employer les gros moyens : la méthode Beagle. L’appui du moteur aller pourvoir braver la brave petite pointe.
Quand, tout à coup, le moteur baissa de régime et s’étouffa ! Je le redémarrai sans souci et l’éteignis. Disons qu’il n’aimait pas cette forte gîte doublée du tangage de ces petites vagues courtes et creuses formées sur un fond d’à peine 7 mètres. Peu importe. Le courant semblait faiblir, notre bord adonnait. (Erreur 4 du ça-ira-bien, il fallait vérifier le moteur immédiatement)

Avec l'obstination d'un cheval de trait


Avec l’obstination d’un cheval de trait, Loick luttait contre un vent qui avait lâchement profité de la nuit pour forcir à 25 nœuds, 30 apparent. J’adore l’entêtement de ce bateau au près dans la brise, il remonte mal, mais calé sur son bouchain, il semble prendre plaisir à faire voler la plume. Ce qui n’est pas toujours le cas de l’équipage, et nous fûmes heureux de voir s’approcher les feux vert et rouge de l’entrée du port.
Affalage de la grand-voile et abatée pour décrocher de ce bord serré qui nous a amenés au vent de l’entrée. Moteur. À peine à 2000 tours, il s’étouffa dans une vilaine quinte de toux. Je n’ai pas eu le temps de me demander si l’on pouvait tirer des bords pour entrer au port que Caroline, devant mon hésitation, me dit : « on part en mer ». (Ça pour le coup c’était une bonne décision)

 

Un monstre écumant

 
Il a fallu une heure pour débarrasser la couchette arrière et le coffre des pièces détachées qui permet l’accès au robinet du réservoir. Puis j’ai mis du gasoil partout en tisonnant la sortie bouchée de bactéries et boue. Un mois que nous préparons ce bateau pour la mer et j’ai oublié de purger le réservoir après la chaleur torride de l’été porteño (de Buenos Aires). (Bourde nº 5)
Au moins, le diagnostique a été facile à faire : la pompe à main, de type hors bord, installée sur le circuit de gasoil était complètement écrasée, preuve certaine que c’était bouché en amont.

 

Le lendemain matin, la purge du réservoir : Tous sur la bôme pour (tenter de) faire gîter Loïck !

 

C’était presque terminé lorsque j’entendis Caroline crier : « Hughes ! » En passant la tête par la descente, je vis une énorme étrave sortir de la nuit pour venir sur nous dans un ralenti implacable et silencieux. Il n’y avait rien à faire. Loïck était déjà engagé de plus de la moitié de la largeur de la gueule du monstre salivant d’écume blanche. À combien de mètres est-il passé du tableau arrière ? 150 ? 50 ? En tout cas il fallait lever la tête pour voir l’étrave en entier. J’avais arrêté l’alarme de l’AIS dans cette zone encombrée. (Faute nº 6, je pouvais la régler à 1 mille) Ils étaient pourtant deux dehors. (Double faute nº 7)
Nous étions tous fatigués, cela faisait 5 jours que nous faisions du près dans le Rio de la Plata. L’incident nous a laissés livides et sans voix.

 

Malgré l’aide du moteur, il nous a fallu trois bonnes heures pour remonter au vent l’heure que nous venions de passer au portant avec un tout petit peu de foc roulé. Dans sa grande sagesse, la Nature avait décidé d’une dernière avanie pour assécher notre orgueil en faisant refuser le vent jusqu’à le positionner exactement dans l’axe du port. La framboise sur le gâteau.

 

Fin del mundo, principio de todo

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Naviguer en Terre de Feu : il faut le reconnaître, en fait, c’est une expérience indicible.

 

Cliquer pour agrandir

Que dire de notre vagabondage dans les canaux fuégiens ? Je ne trouve pas les mots.

J’aimerais être Franscico Coloane (1) pour transmettre la splendeur brutale que nous avons éprouvée en flânant dans le Beagle. Alors plutôt qu’abuser de superlatifs extatiques et attendus à longueur d’articles sur les reflets bleutés des glaciers et les mouillages spectaculaires, nous quitterons les canaux bouche bée, sans voix.


Ce billet et le suivant (fait d’images seulement) vont donc clore notre voyage en Terre de Feu. Ensuite le blogue passera aux îles Malouines.
Au fond, le silence est aussi une bonne façon d’exprimer le sentiment qu’on éprouve à vagabonder en bateau sur Onashaga (2).
 

“Nous quitterons les canaux bouche bée, sans voix”. Caleta Coloane.

 

Une flânerie contemplative

 

Cette dérobade demande quelques explications :
L’angle pratique de nos navigations dans le Sud a été traité dans plusieurs articles et vidéos avec ses mouillages en araignée, ses williwaws, le kelp, l’enjeu de l’annexe, la pêche, le chauffage, les papiers, les cartes, les bateaux

Ces petites choses : boire l’eau d’un torrent qui coule du glacier

Les quelques rencontres dans ces déserts humains ont aussi fait l’objet de billets et vidéos. Nous avons même tenté de passer par écrit la magnificence de la faune, la flore et du paysage – un exercice toujours frustrant tant on sait le peu que l’on transmet de ce qu’on a reçu.
Après notre frayeur à la caleta Sonia, nous avons été prudents et nos navigations ne présentent plus d’anecdotes particulières. La dernière vidéo sur les canaux de Caroline résume bien notre flânerie contemplative.

 

Une épiphanie diffuse

 

En résumé, entre le blogue et les vidéos nous avons le sentiment d’avoir « couvert » honnêtement notre navigation en Patagonie. Ce vilain mot du jargon journalistique trahit bien l’insuffisance que j’éprouve face aux comptes-rendus de notre voyage dans le Sud. Dans le verbe « couvrir »,  j’entends aussi le sens d’« occulter ».
Au fond, aucun de nos reportages ne traite de l’essentiel de ce voyage, car il est informe et intime : c’est une épiphanie diffuse qui nous envoûte lorsque l’on se retrouve seuls dans la nature primordiale de la Terre de Feu.

 

Même les images ont parfois du mal à d’écrire les ambiances du Sud, comme l’omniprésence du vent.

 

Pour rire

 
Essayons quand même d’en dessiner le contour, pour rire, comme disent les enfants :
La beauté des paysages ne suffit pas à expliquer ce qu’on ressent. Splendeur. Il faut ajouter l’aspect virginal. Émerveillement. Et la violence de cette nature insoumise. Stupeur. Elle lave nos petites têtes de l’arrogance humaine. Humilité. Ici, on n’est pas grand-chose, un peu comme en pleine mer. Et si les choses tournaient mal ? Effroi. Un sentiment qui renforce les liens avec le bateau. C’est lui qui nous offre le privilège d’être là. Harmonie. Pour arriver ici, le bateau et l’équipage ensemble ont traversé les mers. Fierté. On est au bout du monde. Solitude. Face à soi-même. Existence.
« Fin del mundo, principio de todo » la grandiloquente devise d’Ushuaïa n’est pas mal trouvée.(3)

 

Un jour de mauvais temps.


 

Si je n’avais pas peur de vous lasser en déviant vers un lyrisme ampoulé, on pourrait jouer à ce jeu pendant un bout de temps sans épuiser le plaisir paradoxal de vivre en bateau au sein de cette nature sauvage.

 

L’émerveillement ou l’ennui

 

Au fond, le vagabondage dans le Beagle est une expérience intime et sérieuse. Une grande partie du plaisir est contemplatif. Les caletas offrant des possibilités de grandes balades ne sont pas si nombreuses, la végétation est vite impénétrable. Et quand le mauvais temps s’annonce avec ses trombes d’eau glacées, on ne peut quasiment plus sortir du bateau.
À moins de grosses dispositions pour la lecture, les jeux de société et la méditation, l’ennui guette. Certains bateaux malchanceux avec la météo nous l’ont avoué carrément.

 

Parfois, on se sent loin du monde d’aujourd’hui.

La question s’est posée pour nous lorsque, plus tard, j’ai invité ma famille à bord. Quand ma sœur à proposer de venir avec sa fille de treize ans, nous nous sommes sérieusement demandé si c’était une bonne idée. L’ado a plaidé sa cause et les quinze jours que nous avons passés avec elle nous ont montré notre erreur. Quel plaisir de lire l’émerveillement dans ses jeunes yeux !

 

Demi-tour !

 

Trêve de discours sur la fascination qu’exerce le Sud, voici juste un fait :
Deux mois après être arrivé en Terre de Feu, nous sommes partis d’Ushuaïa dans le but de rejoindre Punta Arenas pour revenir dans l’Atlantique par Magellan et remonter vers le nord avant l’arrivée de l’hiver.
Comme c’est la route, nous avons commencé par caboter dans le Beagle.
Un mois est passé, si vite, malgré la pluie incessante et la neige.
À la fin de l’île Gordon, il aurait fallu prendre tout droit.
Ce jour-là, il faisait très beau. Mais comment c’est en hiver ?
Nous avons décidé de faire demi-tour et prendre Ushuaïa comme porte d’attache pour une année entière.

 
Notes :

 

1/ Franscico Coloane (1910-2002) est un auteur chilien qui est à la Terre de Feu ce que Jack London est au Grand Nord. Gaucho et marin avant de devenir journaliste et écrivain, l’essentiel de son œuvre conte les terres et les mers australes. Le recueil de nouvelles « Cap Horn » est à lire absolument.
 
2/ « Le canal des Onas » ou « canal des chasseurs » tel que l’appelaient les Indiens Yagáns avant que les blancs le rebaptisent Beagle. Ceux qui utilisent ce mot de Onashaga pour désigner le Beagle induisent l’idée d’un devoir de mémoire envers les Indiens autochtones massacrés par les colons.
 
3/ La phrase se traduit par « Bout du monde, commencement de tout », mais on pourrait aussi lire « Fin du monde, principe de tout », car les mots « fin » et « principio » en espagnol recouvrent les sens de bout et de fin en français pour le mot « fin » et début et principe pour « principio ».

 

“Un sentiment intime”

 

Premier mouillage : entre inquiétude et émerveillement

Par

Ce billet vient en complément de la vidéo de Caroline : Canal de Beagle 1

 

Yendegaia est notre premier mouillage dans les canaux de Patagonie. La civilisation est derrière nous, nous entrons dans un domaine dominé par la nature. Et quelle nature !

 

Nous glissons sur l’eau calme, entourés de montagnes enneigées. De Puerto Williams, il faut remonter le Beagle sur 45 milles pour arriver dans la baie de Yendegaia. Un petit groupe de lions de mer joue dans les remous formés par la nage indolente d’un couple de baleines à bosse et leur petit. Inutile de dire que le paysage est à couper le souffle.

 

Une nature toute jeune

La baie de Yendegaia vue du sud, la Cordillère Darwin dans le fond


 
Mais l’expression est impropre dans un pays où le vent mène la danse des éléments, décide du soleil ou de la pluie, fâche l’eau de mer ou l’apaise, gèle l’eau douce en venant du pôle ou lui rend sa course en passant au nord. C’est lui qui pousse des nuages à la fuite en faisant tourbillonner leurs traines de pluie et de neige, et quand il cesse, les masses grises tombent au sol comme mortes, ensevelissant tout de tristesse. Puis, de nouveau, son souffle chasse ce linceul rendant aux fleurs leur couleur, aux oiseaux leur chant. Le tempo est si vif que la nature paraît toute jeune à valser sur ce rythme.

 

Curieux, les lions de mer délaissent les baleines pour s’approcher de Loïck

 

La baie se termine par une large vallée traversée par une rivière nourrie par la fonte du glacier Serka. Face à une modeste estancia, nous jetons l’ancre dans une anse bien protégée excepté des vents de Sud-Est, rares dans la région.
Les voiliers que nous avons interrogés sur cette caleta, appelée Ferrari, assurent qu’il n’y a pas de danger à rester à l’évitage. Le fond, entre 4 et 7 mètres selon la marée, est de très bonne tenue.

 

Un barbotin ISO

 
Un vent de Nord-Est puissant, tournant Ouest, est prévu pour les prochains jours. Les 14 tonnes de Loïck sont retenues par une FOB Rock de 24 kg, 45 mètres de chaîne de 10 mm vieillissante, épissée à 50 mètres de câblot de 22 mm.
Si les navigateurs sont à peu près d’accord sur la longueur de mouillage nécessaire en Patagonie, disons entre 80 et 100 mètres en tout, la plupart des bateaux choisissent un mouillage entièrement fait de chaîne.
Pour faire comme tout le monde, nous avons tenté d’acheter de la chaîne à Buenos Aires, mais les normes étaient en DIN, il aurait donc aussi fallu changer le barbotin ISO de notre guideau. Introuvable. Comme nous n’allions pas changer de guideau, nous avons fait confiance à cette ligne de mouillage mi-chaîne mi-textile qui n’avait pas démérité jusque là.

 

Câblot doublé en prévision de la prochaine dep, on n’est jamais trop prudent…

 

Mi-chaîne, mi-textile

 

Marcel dans le potager.

Aujourd’hui, après avoir essuyé des conditions sérieuses au mouillage, j’ai toute confiance en cette configuration. Nous larguons toujours toute la chaîne, et au-dessus de 25 nœuds nous commençons à lâcher du câblot (plus tôt dans le clapot). Ces conditions venteuses font que le câblot ne touche jamais le fond, le préservant ainsi de sa seule faiblesse, le ragage. Le câblot complètement largué, le mouillage devient très élastique. À Puerto Madryn, par exemple, nous avons affronté une houle de 2 mètres, déferlante, et 40 nœuds de vent, mouillé par 12 mètres de fond. Nous n’avons pas dérapé d’un pouce. J’aimerais 55m ou 60m de chaîne plutôt de 45, bien que mon expérience ne le justifie pas. Je suis un naturel inquiet — j’avoue, il m’arrive même de doubler le câblot.
 
Quelle que soit la solution choisie, le mouillage du bateau dans le Sud est une préoccupation permanente. Salvatore Illaleno, marin expérimenté, descendu vers Ushuaïa en solitaire sur son 64 pieds, nous a envoyé un mail à son retour au Brésil qui disait ceci : « J’ai retrouvé ici une légèreté que je n’avais pas eue depuis six mois. Je m’aperçois que le souci du bateau, dans le Sud, avait créé une tension permanente au fond de moi. »

En effet, c’est toujours avec précaution que nous laissons le bateau pour descendre à terre.

José nous offre de la viande pour notre casier.

 

« La sagesse commence par l’émerveillement »

 

Près d’une petite serre, nous rencontrons Marcel, un Flamand qui vient là chaque année pour la belle saison depuis 8 ans avec le voilier bleu que nous avons vu en arrivant, solidement amarré entre la rive et un rocher. Nous avons pensé un moment à nous mettre à couple, mais nous avons eu peur de déranger. Quand on lui dit que nous sommes inquiets du mauvais temps à venir, il nous propose ses amarres, mais nous rassure aussi sur la qualité du fond. « Habituellement, les bateaux de passage restent au mouillage sans problème, dit-il. »


 
Le grand gaillard aux mains larges et au sourire facile nous détaille le jardin dont il s’occupe et, en bon jardinier, se plaint de l’été : trop froid. Il nous raconte que la ferme est menée par José, un gaucho chilien qui vit avec Annemie, une Flamande, elle aussi. Ce sont les seuls habitants de la vallée (1).
Naïvement, je lui demande comment elle est arrivée là. Il me répond en riant : « Avec moi, c’était ma compagne. »
Je ris avec lui de bon cœur, car sans le savoir, Marcel vient de faire surgir un souvenir lointain et agréable : un déjeuner familial, sous une tonnelle en Provence, où mon père, ma mère et son nouveau mari, mon beau-père bavardaient joyeusement. Un de ces moments curieux et intelligents qu’aiment les enfants.
 
En observant la nature qui entoure les trois amis de cette vallée, on ne doute plus de la pensée de Socrate : « La sagesse commence par l’émerveillement ».

 

Annemie nous raconte la vie dans la baie.

Du cheval pour les crabes

 

Nous rejoignons José qui découpe de gros morceaux de viande pour une meute de chiens. « C’est du cheval, nous dit-il », il l’a chassé dans la montagne. Il nous offre un bout de viande pour appâter notre casier. Il nous fait aussi cadeau d’un poisson pour diner.

Des chevaux et des vaches vivent dans cette vallée à l’état sauvage. Certaines voix pensent que l’empreinte écologique de cette population d’ongulés pèse trop lourd sur la flore locale. Une des missions de José est de limiter l’expansion de ces troupeaux sauvages. Une partie des chevaux est domestiquée, Annemie a créé un petit haras.

Pour l’instant, nous appâtons sans trop de succès avec des boites de sardines percées pour qu’elles laissent échapper leur huile, mais la viande de José s’avère beaucoup plus efficace. Du premier coup, nous avons pêché huit centollas (2) — cinq sont reparties à l’eau, car elles ne faisaient pas les 12 cm réglementaires.
 

 

Cruel gaspillage

 

Le casier est resté toute la nuit par trente mètres de fond. Ces grands crabes prennent un goût délicieux cuits dans l’eau de mer, mais, vu leur taille, ils demandent une grande marmite et beaucoup d’énergie pour faire bouillir l’eau. La tête contient peu de chair, certains pêcheurs conseillent d’arracher les pattes de l’animal vivant et ne cuire que celles-ci pour ne pas gâcher le gaz du bord. Cruel gaspillage. Nous avons décidé de faire un feu sur la plage pour faire bouillir les cinq litres d’eau de mer. Cela nous a pris la matinée.

Cuisson des centollas à la caleta Borracho

 

Hier, il faisait bon, nous nous sommes lavé les cheveux et on a fait la lessive dans un torrent glacé. Nous ne sentions plus nos doigts.
Aujourd’hui, la dépression prévue passe. Il n’a soufflé que 35 nœuds dans la caleta (60 au cap Horn), maintenant il pleut. On lit et on cuisine dans le bateau, au coin du poële.
Ici, c’est Dame Nature qui décide de l’emploi du temps.

 
 
Notes

 

1/ Telle était la situation en avril 2014 quand nous y sommes passés la première fois. Depuis le terrain a été donné au gouvernement chilien pour en faire un parc national. Annemie et José ont dû quitter les lieux au grand dam de bien des voiliers qui aimaient cette escale que le couple rendait toujours conviviale.
Nous y sommes repassés fin 2014, leur maison était ouverte aux quatre vents. Un triste spectacle.

 

2/ Centollas : Crabe royal de Patagonie Lithodes santolla

 

Un ruisseau glacé pour la douche et la lessive.


 
 

Le Phare du Bout du Monde, tout un symbole

Par

mise à jour le 18/05/2015 ajout des images

 

Une lueur d’espoir dans un monde hostile.

 

« Le phare du bout du monde » est construit au bout de l’Amerique du Sud : à l’est de l’île des États, une ile au sud-est de la Terre de Feu. Un Ouessant austral à 54 degrés sud. Il ne sert plus à la navigation. En fait, il n’a jamais vraiment servi à la navigation, il est mal placé sur la Punta Lassère, trop enfoncé dans la baie San Juan de Salvamiento.
Il est pourtant utile : il éclaire un monde hostile d’une lueur d’espoir.

 

L’île est désertée en 1902

 

Ce modeste édifice octogonal tient plus de la baraque que du phare. Huit mètres de diamètre, six mètres de haut. Sur le toit en tôle en pente douce est planté un globe de 40 centimètres de rayon qui donne à l’ensemble un air de yourte persane sortie de l’imagination de Tim Burton. À l’origine, en 1884, ce globe devait être placé en haut d’un mât pour servir d’amer remarquable. La puissance des vents a calmé les ambitions des ingénieurs. (1)

 

“Le phare du bout du monde” est situé au nord-est de l’île des États


 
En 1902, la sous-préfecture argentine abandonne cette ile hostile et se replie sur Ushuaïa.
C’est Jules Vernes qui lui a donné ce titre : « Le phare du bout du monde » dans un roman éponyme.

 

Un vrai refuge

 

Le livre d’or et son tampon accueillent le visiteur

 

Il faut un bateau pour aller voir ce phare dans cette ile désertée.
Le phare est fermé par deux loquets qu’il suffit de tirer, sur la porte que l’on pousse est sculptée une baleine blanche. La quête symbolique d’Achab rôde dans ces eaux.

Sous la solide charpente, à gauche, une grande table en bois, c’est la première chose que l’on voit. Dessus, juste un grand livre, deux stylos un tampon et un encrier. Le livre est ouvert à la dernière page écrite par le précédent voyageur.
Au fond, une petite cuisine avec tout le matériel. Le réchaud à gaz fonctionne, une bouilloire est posée sur le bruleur. Les placards sont pleins : de soupe, de pâtes, de boites, de maté… En haut, sur l’étagère, une bouteille de cachaça, plusieurs de vin rouge et une de mousseux.

 

Matelas, couvertures, réchaud, nourriture : le phare est un vrai refuge

 

Le phare baigne dans une pénombre éclairée par huit toutes petites fenêtres carrées distribuées autour de la pièce comme des meurtrières. Une fois les yeux habitués à cette lumière, on comprend que c’est un refuge très équipé. On furète avec un plaisir de gamin dans un grenier. Beaucoup d’outils, lampes à pétrole, bouteilles de kerdane, mais aussi de quoi dormir, matelas gonflable, gonfleur, couvertures et se laver, savon, miroir… À l’extérieur, deux futs de 80 litres récupèrent l’eau de pluie de la toiture.

 

Des naufragés pourraient vivre longtemps ici avant d’être secourus.

 

Sur la porte, un autre mythe : Moby Dick

Mais, comme nous, la plupart des visiteurs n’ont pas besoin de cet attirail. Certains objets ont de la valeur, nous avons remarqué cette très belle lampe à pression. Mais personne ne prend rien. Au contraire, il semble que chacun veuille y donner quelque chose : nourriture, boisson ou babiole. Une valise en cuir est pleine de fanions, de pavillons ou d’objets au nom des bateaux de passage.
 
Alors chacun laisse un mot et repart avec le souvenir d’avoir trouvé un peu d’humanité au bout du monde.
 
 
 
 
 

 
Note :
1/ La construction d’aujourd’hui est une réplique à l’identique en lieu et place du phare. Le projet financé par la France est né de l’utopie de André Bronner dit « Yul » qui a reconstruit l’édifice en 1999. Aujourd’hui, derrière l’une des petites fenêtres carrées, une lentille de Frenel diffuse un faisceau vers le large, alimenté par des panneaux solaires.

 

Le phare brille de nouveau grâce à « Yul » et aux dons de la France


 

Le non, tu l’as déjà !

Par

Loïck navigue vers l’ouest dans le canal du Beagle. Rive droite, la grande d’île de la Terre de Feu, l’Argentine, Ushuaïa. Rive gauche, l’île de Navarino, le Chili, Puerto Williams. Quelle escale choisir ? En fait, sauf avarie, il n’y a pas le choix.

 

Après des jours dans l’Atlantique, une escale sauvage à l’île des États, la contemplation du vol sans fin des albatros, Loïck avait fini par croire à sa liberté d’oiseau de mer et pensait pouvoir choisir où se poser. Mais dans le monde des hommes, il y a un concept fondamental sans lequel l’humanité ne croit pouvoir vivre : La Frontière.

 

La logique administrative

 

Présence militaire chilienne dans le Beagle.

En 1978, l’Argentine et le Chili marchaient vers la guerre pour la souveraineté sur trois petites îles à l’entrée du canal. L’intervention de Jean Paul II a évité in extremis que ces deux grandes filles de l’église se chamaillent. Aujourd’hui, malgré le « Traité de Paix et d’Amitié » signé en 1984, les deux marines surveillent le canal avec attention. Le 16 crépite de demande d’informations sur la destination, l’ETA, le nombre de membres d’équipage, etc.

 

 

Puerto Williams est plus près de nous qu’Ushuaïa mais il nous est interdit de nous arrêter au Chili. Nous n’avons pas fait notre sortie de l’Argentine. La logique administrative suppose que nous allions à Ushuaïa avant de revenir à Puerto Williams. Un détour de 50 milles alors que nous avons le Micalvi par le travers.

 

Le canal du Beagle

 

L’appel du pisco-sour

 

Le Micalvi, c’est la marina de Puerto Williams. Un ancien transporteur de munitions échoué sert de quai où les voiliers s’amarrent à couple dans une version « familles recomposées » de 5 ou 6 unités. Son bar sert de repaire pour les marins et montagnards du Grand Sud. On n’y boit pas d’eau. La tradition c’est le pisco-sour,  un cocktail à base d’eau de vie de Pisco, de citron et blanc d’oeuf. (Le Micalvi sera le sujet d’un prochain billet).


« El no, ¡ya lo tenés! » lance Schuss (1). « Le non, tu l’as déjà ! » sous-entendu, on ne perd rien à poser une question. À ne pas oser demander, on reste avec le non que l’on a déjà, en soi. J’y vois une petite maxime qui prône l’audace et d’ouverture envers les autres. Un mantra de voyageur.

 
 

Puerto Williams, ville fondée en 1953 autour de la base navale

 

L’accent local

 

L’idée de rater Puerto Williams, le Micalvi et le pisco-sour ne convient pas du tout à Schuss. Il empoigne le micro de la VHF et commence à négocier avec les autorités chiliennes pour qu’elles nous accueillent bien que nous n’ayons pas nos tampons de sortie d’Argentine. Un ami argentin me disait qu’il était impossible de dire que Schuss était français quand il parlait l’espagnol. Il vit depuis près de 20 ans à Buenos Aires. Mais ce choriste basse est aussi marié avec une Chilienne. À la radio avec les autorités de Puerto Williams, il gomme son accent argentin, remplace tous les « che » typique du Rio de la Plata pour le double L mouillé du Chili, et y ajoute quelques formes locales comme le « caballero » à la place du « señor ». Voilà que l’autorisation tombe. Nous sommes acceptés au Chili. Le pouvoir de la musique des langues…

 

Schuss et Caroline trinquent au pisco-sour dans le bar du Micalvi

Épilogue :
Une semaine plus tard à Ushuaïa, les services de l’immigration argentine s’apercevront que nous n’avons pas de tampon de sortie de territoire. Pendant un bon quart d’heure nous n’avons pas su s’il cela ne nous vaudrait pas une belle amende. Les Argentins sont très à cheval sur les formalités administratives. Mais l’officier nous a rendu nos passeports avec un sourire voulant dire « je vous fais une fleur ». Comparé à d’autres ports d’Argentine, Ushuaïa est une ville accommodante pour les papiers.
 
 
 
 
1/Les hispanophones remarqueront la forme argentine et uruguayenne de la deuxième personne du singulier : le voseo. La phrase se prononce ici El no cha lo ténésse
 

Maté et gants Mapa

Par

 

Loïck quitte l’île des États pour s’engager dans le canal Beagle. Récit de navigation.

 

Tous les appareillages lâchent un vol de papillons dans ma poitrine. C’est un mélange d’excitation, d’attention, mais aussi d’appréhension. Je ne suis jamais certain d’être à la hauteur de ce que la mer me réserve. Alors lorsque nous levons l’ancre pour passer le détroit de Le Maire et longer le sud de La Terre de Feu, j’ai le trac !

 

Caroline, qui n’hésite pas à partager ses craintes depuis que nous avons passé les quarantièmes, cette fois se prépare tout simplement au pire. Quant à l’inoxydable Schuss, il se réjouit de cette belle partie de mer qui a l’avantage de nous emmener à Ushuaïa où il nous imagine déjà à table, dégustant le fameux mouton de Patagonie.
 

Notre dernière nuit dans l’Atlantique

 

Nous avons 130 milles à faire, dont 100 « à l’extérieur », avant la protection du Beagle. Les GRIB prévoient des petits airs de sud-ouest s’orientant au sud dans la nuit. On profite du passage d’une toute petite dèp pour faire de l’ouest.

La petite passe de Puerto Hoppner, seule ouverture d’un bassin de plusieurs hectares. À passer autour de l’étale de marée haute.


 

Le sondeur montre la voie

 

10:00 — Nous attendons que la mer monte pour prendre la passe qui permet de sortir de notre plan d’eau. Elle fait dix mètres de large et cinq mètres de fond à marée haute. Nous avons un sondeur qui « regarde » devant le bateau (1). Un petit coup de barre à droite et à gauche permet trouver la meilleure profondeur facilement en regardant le graphique. L’instrument ne répond pas avec une grande rapidité, mais nous avons deux heures d’avance sur la pleine mer, un courant à contre de deux nœuds nous permet de manœuvrer avec précision dans ce passage étroit.

 

Les oiseaux du ciel

 

Sur le papier nous devions arriver à l’étale au cap de San Antonio, mais nous rencontrons un flux de 2,5 nœuds portant vers l’ouest. Quant au vent ce n’est pas le sud-est prévu, mais un gentil souffle du nord-nord-ouest de 15 nœuds qui emporte Loïck, avec son ami le courant. Suave ! Nous commençons la traversée du détroit au bon plein à sept  nœuds de demie.
Il faut se rendre à l’évidence : mes anticipations pour passer ce fameux détroit sont complètement fausses, mais les âmes des marins qui protègent ce bateau ont encore fait du bon boulot.

 

Un fulmar géant et des albatros à sourcils noirs décollent dérangés par le bateau

 

14:00 — Moteur. Le vent nous abandonne avant que nous ayons rejoint la Terre de Feu. Nous avançons sur une mer dodelinante où tous les oiseaux du ciel se sont posés. Albatros, puffins, fulmars, observent des distances de sécurité d’une vingtaine de mètres avant d’entamer la course de décollage. Contrairement à ce que peuvent faire un cygne ou un canard, les Albatros n’interrompent pas leur décollage quand ils sont suffisamment loin de nous. Quand ils ouvrent les ailes et courent sur l’eau, c’est pour finir dans les airs. Nous passons des heures à regarder ce ballet.

 

Jeune albatros.


 

Loin de la côte

 

18:00 – Arrêt moteur. La brise de sud-sud-ouest a du mal à nous emmener contre le courant maintenant contre nous. Trois nœuds, au prés. Avec cette petite dèp qui va faire souffler du sud dans la nuit, je ne veux pas suivre la côte. Si le vent devait rentrer plus fort que prévu, je veux avoir de l’eau à courir pour une cape ou une fuite, alors tant pis pour le chrono et le confort, on descend vers le sud en espérant que cette précaution sera inutile.

 

22:00 — La nuit était tombée depuis deux heures lorsque Schuss descend dans le carré avec un grand sourire aux lèvres violacées  : « Il neige ! » dit-il, heureux de tenir la preuve que nous naviguons bien dans le Grand Sud. Nous montons sur le pont, le vent a forci autour de 20 nœuds, chargé de neige fondue. Il a aussi adonné. Nous passons en voilure de nuit en nous aidant du moteur comme souvent. Les deux ris sont pris face au vent, le solent endraillé sur l’étai largable et le génois légèrement déroulé en dragon, pour donner de la puissance. Loïck aime cette configuration de cotre, du bon plein au largue, ça le rend aussi moins ardent. Les GRIB prévoient 20 nœuds, la brise devrait augmenter encore.

Le maté, boisson de quart.


 

L’herbe des Guaranis

 

01:00 — Je me prépare pour mon quart. Sous le ciré un caleçon long en polyester et un autre en laine polaire, une stratégie trois couches sous la veste de quart, un tour de cou, un bonnet polaire, une paire de gants en laine sous des gants Mapa Harpon(2), une paire d’après-skis décathlon à 14 euros (3), voilà ma tenue grand froid en mer.

 

Depuis le sud du Brésil, l’arsenal contre le froid et le sommeil a reçu l’arme absolue : le maté. En plus de contenir plusieurs types de caféine pour soutenir la vigilance, c’est surtout la façon de déguster l’infusion des indiens Guaranis qui en fait le parfait allier des quarts en mer.

 

On prépare un gros thermos d’eau frémissante. À chaque fois que l’on veut boire, on mouille l’herbe qui remplit le maté (le récipient), puis on aspire cette eau presque brulante par la “bombilla” (le chalumeau) en deux ou trois goulées amères et longues en bouche. Le rituel est proche de celui du cigare.

 

Ultime nuit en Atlantique

 

02:00 — Le vent est monté à trente nœuds. Il refuse, probablement un effet de l’ile Nueva que nous allons passer sous le vent. Le régulateur a du mal à retenir le bateau de partir au lof. Le temps d’abattre la GV et de rentrer le bout de génois, j’attrape l’onglet. Il faut dire qu’avec les gants, les couches de vêtement, le gilet, les deux sangles de sécurité -que je ne n’utilise pas si souvent, la manœuvre prend du temps. Moins un dehors, mais avec ce vent je mœurs de froid. Je rentre dans le carré où il fait chaud en comparaison, 6 degrés. Un trait de maté.

 

Le Beagle. La neige de la nuit a poudré les sommets de Navarino.

 

04:00 — Je laisse le bateau à Caroline un peu avant l’entrée du Beagle. La mer est mauvaise, l’aube blafarde, mais je n’ai pas le courage d’attendre que l’on soit complètement dans le canal pour lui donner son quart.

 

Dans mon sommeil, j’entends le cliquetis du winch du mat. Elle est en train de monter la grand-voile. Le bateau roule à peine. On doit être dans le Beagle.

 

10:00 — Loïck glisse entre les montagnes capées de blanc. Il laisse l’Atlantique derrière lui et entre dans l’univers des canaux de Patagonie. J’ai le sentiment que quelque chose se termine, autre chose commence.

Notes :

 

(1)/ Nous avons un Echopilot FLS Bronze. Le moins cher du marché dont nous n’avons pas à nous plaindre. Il est installé dehors sans protection et fonctionne bien depuis 3 ans. Nous avons aussi navigué avec un Interphase. Le display est bien meilleur, mais il avait des problèmes d’étanchéité (c’était en 2004 les choses ont pu bien changer depuis).
Cette techno me paraît particulièrement utile en grand voyage, elle nous a déjà évité de gros soucis.
 
(2)/ Le lien pour voir à quoi ressemble les Mapa Harpon. Merci à Kotick pour ce conseil.
 
(3)/ Une trouvaille que je tiens à partager: l’après-ski Weasy. Très laides, mais chaudes, légères, pratiques à mettre et enlever, avec chaussons amovibles pour les sécher (acheter 2 paires pour avoir les chaussons de secours). Les Crocs du froid. Existe en rose ;-)
 

La plaine-mer

Par

Le Lagoa Mirim sur un micro toner. Pour compléter les vidéos de Caroline sur les mers intérieures de cette région.

 

Nous avions navigué une partie de la nuit sur Guapo, le dériveur de Roberto, avant de mouiller au milieu de l’eau, à plus d’un mille de la côte. Le matin, nous avons sauté par-dessus bord pour prendre un bain. Nous avions pied, l’eau nous arrivait à la taille. Cela donne cette image insolite :
 

Ancré au patrimoine naturel de l’humanité

Le Lagoa Mirim un privilège pour les dériveurs et les catamarans

 

C’est un très bon souvenir, d’abord parce que ce fut une belle rencontre.
Un jour, Roberto vient amarrer son micro toner de 18 pieds à côté de Loïck. Ce jeune brésilien vient de Porto Alègre. Il a parcouru les 130 milles du Lagoa dos Patos. Le week-end prochain il compte suivre le canal São Gonçalo pour rejoindre et traverser le Lagoa Mirím, jusqu’à la frontière Urugauyenne.
J’ai très envie de naviguer sur cette lagune déclarée patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, mais il est impossible d’y aller avec Loïck. À l’embouchure du Canal São Gonçalo, les sondes affichent plus ou moins 1,2 m selon les vents. Je demande à Roberto de m’embarquer comme équipier. Le jeune homme a (aussi) fait l’école Centrale de Lyon, il parle parfaitement français comme on peut le voir dans l’interview de la première vidéo.

 

« Je veux ! Je veux ! »

 
Voici la carte, pour visualiser cette navigation qui a duré deux jours :

 

 

Nous sommes partis vers 10 h de Pelotas. Vers 17 h nous étions dans le lagon. Nous avons navigué une partie de la nuit avant de mouiller pour attendre le jour. Le lendemain nous avons remonté le Rio Yaguaron jusqu’à la ville frontière de Jaguarão.

 

Dans le canal, notre passage près des rives fait décoller un grand nombre d’oiseaux que je n’ai jamais vus. Les plus communs sont les vanneaux téro nommés « quero quero » au Brésil (qui signifie « je veux je veux »). Ces oiseaux bruyants, que je n’ai pas réussi à photographier correctement, servaient de sentinelles aux militaires du XIXème. Le quero quero est un oiseau emblématique de cet état de Rio Grande do Sul.

 

Les Kamachis à collier ressemblent à de gros dindons, impressionnants en vol.

 

Gare aux aides à la navigation !

 

Outre son faible tirant d’eau, la lagune est dangereuse pour ses anciennes aides à la navigation. Ces structures en fer plantées dans le fond ont parfois complètement perdu leur partie aérienne, mais les armatures de fer subsistent sous l’eau. Nous avons talonné deux fois, dérive basse (1,6m), à l’approche du Rio Yaguaron et dans le Rio lui-même.

 

Les anciens amers représente un des dangers du Lagoa Mirím

 

Les gens d’ici parlent d’une mer intérieure pour désigner les lagunes qui sont en fait des lacs. L’eau est douce sauf dans la partie sud du Logoa dos Patos ouvert par une passe d’à peine deux cents mètres de large sur la mer. Il est difficile de rendre l’aspect grandiose de ce paysage plat par la photographie. Le sentiment qui domine tient en un mot : immense. La plaine et l’eau s’enlacent sous le ciel infini. Une sensation de plaine-mer.

 

Un bouquet d’eucalyptus marque où se trouve la terre.

 

Que l’on soit en mer ou dans cette navigation dans les terres, cette région est connue pour ces changements de temps brusques et violents. Un grain menace, Roberto échoue Guapo en « mouillant » une ancre à terre.

 

Oiseaux rares

 

Voyant venir un grain, Roberto s’échoue et enlève la GV.
Il se méfie de la violence des phénomènes météo de la région.

 

Nous arrivons dans un petit yacht-club charmant qui compte une vingtaine de bateaux autour de 20 pieds. Il faut marcher deux petits kilomètres pour rejoindre la ville.
Le commodore (président du yacht-club) nous propose de nous emmener en voiture.
Les étrangers venant d’Europe visitent rarement cette ville. Les Brésiliens de cette région aiment particulièrement les Français. Au XIXème siècle, le commerce de la viande salée a enrichi une bourgeoisie qui envoyait ses fils en France pour leurs études. Ils revenaient habillés plein de rubans et de dentelles — complètement efféminés selon ce peuple de gauchos. Les plaisanteries vont bon train sur l’homosexualité naturelle des Français.
Le commodore reste de bonne humeur quand je lui apprends les Français ont aussi quelques préjugés dans ce domaine à propos des Brésiliens. Mais il est un peu surpris.
Il nous invite à diner.
Caroline a voyagé en bus, je la rejoins dans le centre-ville. Elle est accompagnée d’un couple d’une cinquantaine d’années. Elle aussi s’est fait inviter.
C’est toujours agréable ces endroits où, simplement parce qu’on vient de loin, on est un oiseau rare.

 

Jaguarão, une ville connue pour la beauté de ses portes anciennes.

 

 

L’hypnose des calmes

Par

 

Sur le balcon avant, avec rien d’autre à faire que de se laisser hypnotiser par le ballet des Commerson.

 

Lieux où nous avons observé des Commerson

Le temps passe autrement sur la mer. En particulier dans les calmes. Il se dilate, s’étire jusqu’à se disloquer. Si l’on parvient à en prendre son parti, sans piaffer, on entre alors dans une stase contemplative où tout fait spectacle. Un oiseau qui passe, le reflet du soleil sur l’eau huileuse, la forme des nuages… Dans ces conditions, il est facile d’imaginer le plaisir de se faire aborder par une bande de dauphins de Commerson et de les regarder nager pendant des heures.

 

C’est le thème de cette vidéo de Caroline qui, rassurez-vous, a été raccourcie à 1’30″.
La musique est de Minivan, un groupe d’électro-jazz de Stephane Bissières que l’on joue souvent sur le bateau.

 

Je vous avais parlé des dauphins de Commerson dans le billet “Jour de pétole, jour de chance“. Je vous rappelle le contexte :

 

Loïck navigue vers l’île des États. Ce matin, pas un souffle d’air. Le moteur nous pousse à bas régime vers le cap Dos Bahias où l’on trouvera le vent. À l’étrave, son ronronnement est couvert par le chant de l’eau sur la coque et le bruit des évents. Vous êtes assis sur le balcon avant :