Skip to Content

Category Archives: Uruguay

Passe le Carpintero

Par


Loïck rentre en France depuis Buenos Aires. Nos longues navigations vont affecter la régularité du blogue.

 

Ce blogue va entrer dans une période un peu erratique. Nous venons de quitter Buenos Aires pour remonter vers le nord. Nous rentrons en France. Amis, famille, caisse de bord et traitement de fond pour Loïck, voilà le programme d’une escale que nous espérons pas trop longue.

Nous ne sommes pas encore sûrs de la route. Brésil, Cap-Vert, Açores ? Cela nous permettrait d’être en France en automne. Une boucle par les Caraïbes ? Peut-être, mais la caisse de bord risque de faire la tête.
 
 

En attente à Piriapolis

 
Dans tous les cas, nous avons devant nous de grandes navigations et peu de temps à terre.
Je ferai tout ce qui est possible pour nourrir ce blogue dès que je pourrai, mais je vous prie d’ores et déjà de pardonner son irrégularité pour les six mois qui viennent.
Jusqu’ici, j’ai eu du mal à écrire en mer, je vais tenter de changer cela. Tant d’histoires attendent d’être écrites, toute la remontée du sud et, en particulier, les Malouines valent quelques billets.

 

La baie de Piriapolis et le fameux Hotel Argentino. Ville voisine de Punta del Este.

 

Ne serait-ce que ce port uruguayen où nous sommes en train d’attendre une fenêtre : Piriapolis. Une ville balnéaire inventée au début du siècle par un marchand visionnaire : Monsieur Piria.
Ce petit port attire la crème des bateaux de voyage grâce à sa situation et son Translift.

 

Le port de Piriapolis vient d’ajouter trois grandes pannes pour accueillir les voyageurs.

 

Avitaillement. Balane V prépare un direct vers les Açores

Nos voisins viennent pour la plupart du Grand Sud. Pas moins de deux Swan 57 sont amarrés aux pontons, dont l’un vient des Malouines. Un grand ketch français (Balane V) est arrivé de Puerto Williams hier, ce matin un Class 40 américain (Griphon Solo 2) de Cap Town par le cap Horn, le génois tout déchiré et la quille délaminée, sans parler d’une bonne quantité de petits 12 m comme le notre (OVNI, Dufour etc.) Quel drôle de port ! Comme toujours, en grande croisière, beaucoup de Français.

 
Nous sommes tous en train d’attendre la fin de cette petite dépression qui fait souffler le Carpintero, un vent de sud-est, perpendiculaire aux 500 milles d’une côte qui ne compte qu’un seul abri à mi-parcours (Rio Grande Do Sul). C’est un vent fort qui lève une mer difficile sur des fond d’à peine soixante mètres à plus de 30 milles du rivage. En cas de pépin, pas d’abri.
Carpintero veut dire charpentier. Ce vent a pris ce nom car il donnait du travail à cette corporation. Les charpentiers allaient à la côté récupérer le bois des bateaux échoués. La fin de cette dépression devrait nous porter vers le nord.

 

La position de Loïck par BLU

 

À défaut de billet de blogue pour cause de navigation, nous donnerons des nouvelles depuis la mer par des petits messages sur la carte ci-dessous.

 

 

Nous communiquons en mer grâce au réseau des radioamateurs Winlink que j’ai décrit dans un précédent billet. Une BLU (radio HF), un modem Pactor, un ordinateur, c’est ainsi que nous pouvons envoyer des mails et recevoir les GRIB (tout à fait semblable au principe de Sailmail sauf que c’est gratuit).
 

 

Un message par jour

 
Le site de Winlink propose une carte où l’on peut suivre la position du bateau. Nous faisons généralement un point par jour en navigation. Le survol de la souris sur un point permet de connaître la vitesse et le cap de Loïck. Il nous est aussi possible d’écrire un petit texte de 80 caractères. Les points bleu sont plus anciens, le point rouge est le dernier actualisé.

 
Au cas où le survol ne fonctionne pas, la carte est accessible sur le site de Winlink.org
 
Pour les curieux ou si vous avez des amis radioamateurs en bateau, voici la carte générale.
Pour info l’indicatif pour Loïck est F4GFQ
 
À bientôt.
73 (comme écrivent les radioamateurs, c’est le code pour “Salutations”)
 

On est un peu inquiet : s’il montait sur notre plate-forme, il pourrait bouffer le chat ?


 

Avanie et framboise

Par

Une entrée compliquée dans le port de Montevidéo.

 

Si l’on veut avoir l’air d’un bateau sérieux, il y a des traces d’OpenCPN que l’on ne devrait pas montrer. Mais l’on s’ennuierait bien sur les pontons si l’on passait sous silence ces moments où la Nature s’ingénie à tourner notre orgueil de marin en ridicule. Comme lors de cette entrée dans le
port de Montevideo dont la trace ressemble à une signature d’un médecin sous amphètes.

 

Toutes voiles dehors

 

Le courant, une panne moteur, le vent qui tourne : voici notre plus vilaine trace.

 

Comme toutes les histoires qui tournent mal, les choses avaient bien commencé. Nous avions avalé 70 miles dans la nuit, au largue (car notre bateau à nous ne fait pas de reaching, il est vieux et ne connaît que le largue), le long de la côte nord du Rio de la Plata. Le vent chaud venait de la terre d’Uruguay chargé d’odeur d’eucalyptus.
Nous savions que cela allait tourner à l’Est, pile dans le nez, après la molle de midi, mais on serait presque arrivé. Il ne resterait plus qu’à passer la Punta Brava, le petit cap le long desquels courent les majestueux Ramblas de Montevideo. Quelques petites heures de prés dans un vent prévu entre 13 et 16 nœuds, c’est exactement ce que Loïck préfère à cette allure. Toutes voiles dehors.

 

“Les choses avaient bien commencées…”

Méprise nº 1

 
Alors, lorsque le vent s’est arrêté, au lieu de finir la route par deux heures de moteur, nous avons jeté l’ancre devant le chenal du port commercial. Nous nous sommes baignés en regardant passer les bateaux. Il était midi. Nous avons aussi déjeuné dans le cockpit et tendant un drap attaché avec des grosses pince à la bôme. Cela ne valait pas la peine de sortir le taud pour si peu de temps. Au café, le vent soufflait timidement de l’est. Le temps de ranger le déjeuner, il avait atteint 15 nœuds et les vagues déferlaient de toutes parts.
 
Après tout, le Rio de la Plata n’est jamais que le plus large fleuve du monde et lorsque le courant de la marée montante rencontre le flot descendant d’eau douce, il y a bataille. On nous avait prévenus… Je dois maintenant confesser un péché d’orgueil : avec un bateau qui a remonté, dans 30-40 nœuds, la mer hachée des Malouines sans broncher, on n’allait pas se mettre la rate au court-bouillon pour quelque vingt nœuds dans une rivière. Non ? (Méprise nº 1)

 

Cataractes dans le cockpit

 
Et puis le vent ne devait pas dépasser 16 nœuds, alors je n’avais pas mis la trinquette à poste. Et maintenant que l’étrave était à moitié sous les eaux, armer l’été largable, amener la voile sur la pointe avant, l’endrailler, trouver les poulies volantes et les écoutes (« À propos tu les as mises où les poulies ? — Moi ? Mais je ne les aie pas touchés ces poulies ! »)… Pour deux petites heures ? Est-ce que ça vaut la peine ? (Erreur nº 2, si tu poses la question, ça vaut la peine)
 
Nous avons tous été d’accord avec la suggestion de Caroline d’aller dans la baie ouest de Montevideo à l’abri du vent. Mais pas des courants.
Comment peut-il y avoir autant de mer dans une baie ? Après qu’une vague a sauté sur l’étrave, couru sur le pont, grimpé sur le roof pour finir en cataractes dans le cockpit, nous avons trouvé sage de ne pas mouiller dans cet « abri ». (Tort nº 3, manque de prise en compte des courants)

 

La baie Est de Montevideo, à l’abri du vent mais pas des courants.

 

Méthode Beagle

 
Voiles souquées à plat Loïck s’élança contre vent et courant à l’assaut de la Punta Brava. La Pointe Dure/Forte/Compliquée a mérité son nom. Après deux bords de 3 miles chacun, le bateau avait parcouru 800 m vers l’est. VMG : 0,6 nœud. Nous venions de dessiner notre plus beau bord carré, il fallait employer les gros moyens : la méthode Beagle. L’appui du moteur aller pourvoir braver la brave petite pointe.
Quand, tout à coup, le moteur baissa de régime et s’étouffa ! Je le redémarrai sans souci et l’éteignis. Disons qu’il n’aimait pas cette forte gîte doublée du tangage de ces petites vagues courtes et creuses formées sur un fond d’à peine 7 mètres. Peu importe. Le courant semblait faiblir, notre bord adonnait. (Erreur 4 du ça-ira-bien, il fallait vérifier le moteur immédiatement)

Avec l'obstination d'un cheval de trait


Avec l’obstination d’un cheval de trait, Loick luttait contre un vent qui avait lâchement profité de la nuit pour forcir à 25 nœuds, 30 apparent. J’adore l’entêtement de ce bateau au près dans la brise, il remonte mal, mais calé sur son bouchain, il semble prendre plaisir à faire voler la plume. Ce qui n’est pas toujours le cas de l’équipage, et nous fûmes heureux de voir s’approcher les feux vert et rouge de l’entrée du port.
Affalage de la grand-voile et abatée pour décrocher de ce bord serré qui nous a amenés au vent de l’entrée. Moteur. À peine à 2000 tours, il s’étouffa dans une vilaine quinte de toux. Je n’ai pas eu le temps de me demander si l’on pouvait tirer des bords pour entrer au port que Caroline, devant mon hésitation, me dit : « on part en mer ». (Ça pour le coup c’était une bonne décision)

 

Un monstre écumant

 
Il a fallu une heure pour débarrasser la couchette arrière et le coffre des pièces détachées qui permet l’accès au robinet du réservoir. Puis j’ai mis du gasoil partout en tisonnant la sortie bouchée de bactéries et boue. Un mois que nous préparons ce bateau pour la mer et j’ai oublié de purger le réservoir après la chaleur torride de l’été porteño (de Buenos Aires). (Bourde nº 5)
Au moins, le diagnostique a été facile à faire : la pompe à main, de type hors bord, installée sur le circuit de gasoil était complètement écrasée, preuve certaine que c’était bouché en amont.

 

Le lendemain matin, la purge du réservoir : Tous sur la bôme pour (tenter de) faire gîter Loïck !

 

C’était presque terminé lorsque j’entendis Caroline crier : « Hughes ! » En passant la tête par la descente, je vis une énorme étrave sortir de la nuit pour venir sur nous dans un ralenti implacable et silencieux. Il n’y avait rien à faire. Loïck était déjà engagé de plus de la moitié de la largeur de la gueule du monstre salivant d’écume blanche. À combien de mètres est-il passé du tableau arrière ? 150 ? 50 ? En tout cas il fallait lever la tête pour voir l’étrave en entier. J’avais arrêté l’alarme de l’AIS dans cette zone encombrée. (Faute nº 6, je pouvais la régler à 1 mille) Ils étaient pourtant deux dehors. (Double faute nº 7)
Nous étions tous fatigués, cela faisait 5 jours que nous faisions du près dans le Rio de la Plata. L’incident nous a laissés livides et sans voix.

 

Malgré l’aide du moteur, il nous a fallu trois bonnes heures pour remonter au vent l’heure que nous venions de passer au portant avec un tout petit peu de foc roulé. Dans sa grande sagesse, la Nature avait décidé d’une dernière avanie pour assécher notre orgueil en faisant refuser le vent jusqu’à le positionner exactement dans l’axe du port. La framboise sur le gâteau.

 

Cabo Polonio, le ciel, la mer et le sable

Par

Note : Le blogue suspend momentanément la progression de Loïck en Patagonie pour coller à l’actualité des vidéos de Caroline sur le Rio de la Plata.
Les Caprices du Rio de la Plata 1/2. Les Caprices du Rio de la Plata 2/2.

 

Notre première escale en Uruguay n’a duré que quelques heures. Une météo clémente nous a permis de découvrir un lieu exceptionnel : Cabo Polonio.

 

« Il est probable que ce soit le Capitaine Joseph Polloni, dont le navire en provenance de Cadix fit naufrage sur ces côtes au cours de l’été 1753, qui donna bien involontairement son nom à Cabo Polonio. Refuge de pirates et de contrebandiers français jusqu’au début du XVIIIe siècle, habitée depuis des milliers d’années par des peuples indigènes dont on retrouve des traces un peu partout dans les dunes, c’est une terre au-delà du monde, une île perdue entre l’atlantique et une mer de dunes ». Explique le photographe Stéphane San Quirce dans la préface de son livre « Cabo Polonio » cité par le site cabo-polonio.com

 

 

Nous avons mouillé par 10m, fond de sable de bonne tenue, dans la baie sud qui est un bon abri. La baie nord semble être très peu profonde, je crois qu’il faut mouiller loin de la côte. Pas sûr que ce soit un bon abri pour les méchants coups de sud de cette région.


 
 
Le village sans électricité est séparé du continent par une mer de dunes qui le protège d’un tourisme de masse. Cabo Polonio est une réserve naturelle.

 

La galerie version plein écran


La plaine-mer

Par

Le Lagoa Mirim sur un micro toner. Pour compléter les vidéos de Caroline sur les mers intérieures de cette région.

 

Nous avions navigué une partie de la nuit sur Guapo, le dériveur de Roberto, avant de mouiller au milieu de l’eau, à plus d’un mille de la côte. Le matin, nous avons sauté par-dessus bord pour prendre un bain. Nous avions pied, l’eau nous arrivait à la taille. Cela donne cette image insolite :
 

Ancré au patrimoine naturel de l’humanité

Le Lagoa Mirim un privilège pour les dériveurs et les catamarans

 

C’est un très bon souvenir, d’abord parce que ce fut une belle rencontre.
Un jour, Roberto vient amarrer son micro toner de 18 pieds à côté de Loïck. Ce jeune brésilien vient de Porto Alègre. Il a parcouru les 130 milles du Lagoa dos Patos. Le week-end prochain il compte suivre le canal São Gonçalo pour rejoindre et traverser le Lagoa Mirím, jusqu’à la frontière Urugauyenne.
J’ai très envie de naviguer sur cette lagune déclarée patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, mais il est impossible d’y aller avec Loïck. À l’embouchure du Canal São Gonçalo, les sondes affichent plus ou moins 1,2 m selon les vents. Je demande à Roberto de m’embarquer comme équipier. Le jeune homme a (aussi) fait l’école Centrale de Lyon, il parle parfaitement français comme on peut le voir dans l’interview de la première vidéo.

 

« Je veux ! Je veux ! »

 
Voici la carte, pour visualiser cette navigation qui a duré deux jours :

 

 

Nous sommes partis vers 10 h de Pelotas. Vers 17 h nous étions dans le lagon. Nous avons navigué une partie de la nuit avant de mouiller pour attendre le jour. Le lendemain nous avons remonté le Rio Yaguaron jusqu’à la ville frontière de Jaguarão.

 

Dans le canal, notre passage près des rives fait décoller un grand nombre d’oiseaux que je n’ai jamais vus. Les plus communs sont les vanneaux téro nommés « quero quero » au Brésil (qui signifie « je veux je veux »). Ces oiseaux bruyants, que je n’ai pas réussi à photographier correctement, servaient de sentinelles aux militaires du XIXème. Le quero quero est un oiseau emblématique de cet état de Rio Grande do Sul.

 

Les Kamachis à collier ressemblent à de gros dindons, impressionnants en vol.

 

Gare aux aides à la navigation !

 

Outre son faible tirant d’eau, la lagune est dangereuse pour ses anciennes aides à la navigation. Ces structures en fer plantées dans le fond ont parfois complètement perdu leur partie aérienne, mais les armatures de fer subsistent sous l’eau. Nous avons talonné deux fois, dérive basse (1,6m), à l’approche du Rio Yaguaron et dans le Rio lui-même.

 

Les anciens amers représente un des dangers du Lagoa Mirím

 

Les gens d’ici parlent d’une mer intérieure pour désigner les lagunes qui sont en fait des lacs. L’eau est douce sauf dans la partie sud du Logoa dos Patos ouvert par une passe d’à peine deux cents mètres de large sur la mer. Il est difficile de rendre l’aspect grandiose de ce paysage plat par la photographie. Le sentiment qui domine tient en un mot : immense. La plaine et l’eau s’enlacent sous le ciel infini. Une sensation de plaine-mer.

 

Un bouquet d’eucalyptus marque où se trouve la terre.

 

Que l’on soit en mer ou dans cette navigation dans les terres, cette région est connue pour ces changements de temps brusques et violents. Un grain menace, Roberto échoue Guapo en « mouillant » une ancre à terre.

 

Oiseaux rares

 

Voyant venir un grain, Roberto s’échoue et enlève la GV.
Il se méfie de la violence des phénomènes météo de la région.

 

Nous arrivons dans un petit yacht-club charmant qui compte une vingtaine de bateaux autour de 20 pieds. Il faut marcher deux petits kilomètres pour rejoindre la ville.
Le commodore (président du yacht-club) nous propose de nous emmener en voiture.
Les étrangers venant d’Europe visitent rarement cette ville. Les Brésiliens de cette région aiment particulièrement les Français. Au XIXème siècle, le commerce de la viande salée a enrichi une bourgeoisie qui envoyait ses fils en France pour leurs études. Ils revenaient habillés plein de rubans et de dentelles — complètement efféminés selon ce peuple de gauchos. Les plaisanteries vont bon train sur l’homosexualité naturelle des Français.
Le commodore reste de bonne humeur quand je lui apprends les Français ont aussi quelques préjugés dans ce domaine à propos des Brésiliens. Mais il est un peu surpris.
Il nous invite à diner.
Caroline a voyagé en bus, je la rejoins dans le centre-ville. Elle est accompagnée d’un couple d’une cinquantaine d’années. Elle aussi s’est fait inviter.
C’est toujours agréable ces endroits où, simplement parce qu’on vient de loin, on est un oiseau rare.

 

Jaguarão, une ville connue pour la beauté de ses portes anciennes.

 

 

Le Rio de la Plata, une bonne escale technique

Par

 

Ce billet aurait pu s’intituler grandeur et servitude de la grande croisière. Après trois mois de travaux en Argentine je dois écrire cet article que j’aurais aimé lire avant d’arriver dans le Rio de la Plata. Autant le dire tout net : c’est un texte pas sexy pour un sou sur les ressources locales pour nos bateaux. Mais j’ai bon espoir que me pardonnent ceux qui ont eu un jour à s’occuper d’un bateau.

 

 Un haut lieu de la voile

 

Le Yacht Club de Montevideo, un club centenaire particulièrement agréable.

Lorsque l’on vient d’Europe et que l’on va vers la Patagonie, le Rio de la Plata est une escale naturelle pour faire un bilan technique du bateau. Cela fait généralement un bout de temps que la coque n’a pas reçu un coup de peinture et elle garde les stigmates des eaux chaudes de l’équateur. Cet estuaire géant est un haut lieu de la voile en Amérique du Sud. Sur ses côtes, on trouve tout ce dont un voilier à besoin : des chantiers composites, des soudeurs d’aluminium, des moyens de levage, des compétences, les shipchandlers, les voileries, les magasins de peintures nautiques, etc.

Pour un bateau européen, il manque souvent la pièce détachée idoine… Un peu comme chez nous… sauf qu’elle est un peu plus compliquée à commander.

 

Dollar bleu

 

Dans cet article, tous les tarifs sont datés de la fin de l’année 2013. Les taux de change utilisés sont ceux en cours à cette période. Un mot sur le « dollar bleu » en Argentine : le contrôle des changes du peso argentin a donné lieu à un marché noir toléré par les autorités. Le change se fait sans risque dans des officines qui ont pignon sur rue pour un taux 30% supérieur au taux officiel. Ces commerces n’acceptent que du liquide, en grosses coupures de préférence. Le taux du dollar bleu s’affiche sur le net ou dans les journaux. (http://dolarblue.net/)

 

Piriapolis en Uruguay

 

Le club de Barlovento où se retrouvent la plupart des bateaux étrangers

Le bateau qui cherche à faire des travaux doit d’abord choisir un pays : l’Uruguay au nord, l’Argentine au sud du Rio de la Plata, en sachant que l’on peut passer de l’un à l’autre en moins de 24 heures. Un gros avantage par rapport au Brésil(1), en particulier sur le plan des visas.
 

En Uruguay c’est à Piriapolis que l’on peut sortir de l’eau avec un travelift de 90 tonnes. Le port a très bonne réputation et il faut parfois attendre pour lever le bateau. Gwendal sur La Boiteuse y a fait escale après un séjour à Barlovento en Argentine, ce qui lui permet de comparer : « L’avantage de Piriapolis, pour moi, c’est que c’est une petite ville où tout est proche. Je n’ai pas à marcher longtemps ou prendre des transports en commun quand je veux quelque chose. Mais l’Argentine était moins chère, je payais 7,5 euros par jour alors que je paie 10 euros ici. Et en haute saison à Piria, c’est 30 euros pour mon Konsult 37» (2)

Si l’on ne doit pas sortir le bateau de l’eau, il existe des ports comme Puerto Sauce où l’amarrage n’est pas cher en particulier sur corps mort.

 

Le damper de notre Nanni, une pièce introuvable en Argentine.

Le problème douanier

 

Un autre point pourrait faire la différence entre l’Uruguay et l’Argentine serait la question de l’envoi de pièce détachée depuis l’Europe. Selon plusieurs témoignages, il semble que l’opération soit plus simple et plus fiable en Uruguay qu’en Argentine. Les anecdotes que l’on peut rapporter avec certitudes sont celles-ci : un ami s’est fait envoyer d’Europe un pilote chez un Français de Montevideo et l’a récupéré sans problème. Un bateau s’est fait envoyer une hélice au port de Piriapolis, mais a dû aller à Montevideo pour la faire dédouaner. Nous nous sommes fait envoyer des livres chez un ami en Argentine, certains sont arrivés d’autres non. Nous avons pu remarquer que les Argentins étaient plus tatillons sur les questions administratives que les Uruguayens.

Visiblement, pour importer du matériel, le bon conseil m’a été donné par un français qui vit en Argentine, mais il est valable pour les deux pays : il faut passer par un transitaire en douane.

 

En revanche, l’Argentine, forte d’une activité nautique très importante, est souvent mieux achalandée en matériel nautique que l’Uruguay.

 

Sur le Rio Lujan en Argentine

 

Les “lanchas” de transport publique que l’on peut croiser sur le Rio Lujan


 
Nous avons choisi de faire les travaux en Argentine pour une question de budget. L’essentiel de l’activité nautique se concentre au nord de Buenos Aires sur le Rio Lujan  (34°26.3S/58°32W) sur les municipalités de Tigre, San Fernando et San Isidro. Un train de banlieue permet de rejoindre le centre de Buenos Aires en une heure, plus ou moins. Il accueille les bicyclettes, un moyen de locomotion indispensable pour faire les multiples courses qu’impliquent toujours les travaux.

 

MercadoLibre.com

 

Il est possible acheter un de ces vélos à grand guidon à la mode ici pour une cinquantaine d’euros sur MercadoLibre.com, un site d’annonce qui ressemble beaucoup au BonCoin.fr sauf qu’il héberge aussi des annonces de professionnels. C’est par ce biais que nous avons trouvé nos batteries Trojan au meilleur prix (640 euros pour quatre T105). Ce site permet aussi se faire une bonne idée de la valeur des choses avant d’aller chez un artisan. Il existe aussi en Uruguay.
 

Un vélo sound-system que nous avons croisé dans le train de Mitre

 

Choisir son Yacht Club

 

Loïck au Club de San Fernando

Sur le Rio Lujan, le beau club de Barlovento accueille habituellement la majorité de bateaux étrangers. Sa grue de 20 tonnes permet de faire le carénage sur place. Il a l’inconvénient d’être un peu loin des commerces. Nous lui avons préféré le Club de San Fernando qui avait par chance une place côté « continent » (300/mois). La marina cotée « île » n’est pas pratique et ne reçoit propose pas le WiFi. Nous avons sorti le bateau dans ce même club grâce à un berceau tiré par des câbles (300 € l’aller et retour, 16 €/jours à terre). Une technique lente, mais bien rodée par un personnel qui connaît son affaire. Sur ce même canal, le prestigieux Yacht Club Argentino dispose d’un travelift. Dans cette région tous les chantiers interdisent de dormir dans un bateau à terre, mais la plupart des équipages que nous avons rencontrés ont pu, comme nous, discrètement rester à bord.

 

Les voileries

 

Outre le carénage pour lequel nous avions le choix entre les marques Hempel et International (32€/l pour l’antifouling, époxy à 18€/l), les grosses dépenses furent le remplacement des batteries, dont j’ai parlées, et les voiles.

Nouveau génois fait par North Sail

Nous avons fait faire un génois chez North Sail et réparer nos vieilles voiles chez Hood, une voilerie qui avait réalisé une GV pour La Boiteuse. Les deux voileries ont fait un très bon travail, livré dans les temps convenus au départ, ce qui n’est pas toujours le cas ici. North Sail s’est occupé très efficacement de la détaxe de ce génois de 45 m2 en 8,5 oz sur enrouleur devisé à 2100 euros. La facture finale a été très correctement allégée à cause – disons plutôt – grâce à une erreur du jeune métreur qui a positionné la bande UV du mauvais côté.

 

Liste en vrac

 

La liste des travaux et des achats comprend un bon nombre d’items que je vais lister pour donner une idée de la diversité des ressources locales. Tous les fournisseurs étaient à moins de 5 kilomètres de notre club :

Feuille d’inox (2x1m par 0,8mm 60€), de CP (1,5×2,5m par 6mm 25€ – mauvaise qualité) pour installer le poêle que nous avions emporté. Ici les shipchandlers vendent des chauffages de type Webasto (1500€ premier prix) . Changement des matelas mousse du carré et de la pointe avant (200 €). Nouvelles housses en skaî des mousses du cockpit (2 x 190x50x10, 50€), changement de la toile du bimini (180€), équilibrage hélice 20€, nettoyage de la coque à l’acide chlorhydrique (30€), ponçage de la coque (50€), haussière de 200 m de 16mm polypropène tressé (180€), remplacement du PMMA d’un panneau de pont 60x60cm en 10mm transparent pose comprise (60€). Remplacement de deux filières avec ridoirs (160€). Nous avons pu recharger les bouteilles de camping-gaz de 3 kg et la bouteille de 12 kg (en coupant une lyre).
 
Deux sites de shipchandler :
Baron : http://www.baron.com.ar/
Trimer : http://www.trimer.com.ar/
 
Lorsque nous ne pouvions pas transporter les objets en vélo, nous louions une « remise » moins de 10€/heure pour les petits trajets.

 

Le centre de Buenos Aires est à une heure de train


 

Téléphonie et Internet

 

De façon générale les artisans ont fourni un travail très satisfaisant, mais pas toujours dans les temps. Nous avons dû souvent les relancer au téléphone dont les cartes prépayées sont très abordables. La recharge pour Internet en 3G ne vaut que 3€ pour un mois. Pour fonctionner, les téléphones doivent être les quadribandes sur le réseau téléphonique, mais aussi sur le réseau 3G pour fonctionner (c’est le cas des iPad et iPhone acheté en Europe, mais pas de notre smartphone Huawei. Il peut téléphoner mais pas recevoir la 3G ici). Le WiFi est disponible gratuitement dans tous les cafés et restaurants.

En Uruguay les prix sont légèrement plus élevés mais l’usage aussi facile.

 

Mesures impériales et métriques

 

Les mesures métriques ne sont pas les plus courantes en Amérique du Sud

Nous avons eu du mal à trouver certaines pièces pour deux raisons principales : les difficultés d’importation et les systèmes de mesures. L’Argentine et l’Uruguay fonctionnent avec le système métrique et les mesures impériales américaines. On peut acheter des outils et de la boulonnerie dans les deux systèmes, mais l’offre est moins importante dans le système métrique. Par exemple nous aurions bien acheté un joint tournant pour en avoir un d’avance, mais il n’y avait des modèles compatibles qu’avec des arbres en pouces, comme pour les anodes, les clips de sécurité de l’hélice et les bagues hydrolubes. De même toutes les chaînes de mouillage sont sur des mesures DIN et ne fonctionnent pas dans les barbotins ISO courants en France.

 

Pour ce qui est des importations c’est compliqué. Une chose toute bête comme un jeu de joint de carburateur pour le hors-bord Honda, ou un jeu pour la pompe de levage Lavac demandait un mois d’attente alors que ces modèles sont vendus en Argentine. Plus embêtant, après trois mois de travaux on vient de comprendre que le bruit que l’on prenait pour un défaut d’alignement vient en fait du damper. Une pièce introuvable ici. Heureusement un cousin qui vient renforcer l’équipage pour descendre dans le sud va pouvoir nous apporter toutes les pièces que nous n’avons pas trouvées ici. Il est attendu comme le Messie. C’est le moyen le plus simple pour importer les pièces détachées, mais ce n’est pas Noël tous les jours.

Les Argentins sont très fans de la belle plaisance, pour les tous les types de bateaux.

 

Des relations chaleureuses

 

Si vous avez lu cet article jusqu’à ce point c’est que vous avez sûrement eu à entretenir un bateau dans votre vie. Alors vous savez aussi que derrière ces problèmes techniques il y a des histoires humaines. Se retrouver en bleu de travail les mains couvertes de cambouis ou les cheveux pleins de copeaux de bois dans un chantier change assez radicalement le contact avec les gens même si, comme moi, on parle la langue locale comme un enfant de 3 ans. Au Brésil, en Uruguay, les Argentins n’ont pas toujours une très bonne réputation. Avant d’arriver à Buenos Aires nous avons entendu pas mal de critiques sur ces « Parisiens de l’Amérique Latine » comme nous les avait décrits avec humour un Brésilien qui connaissait bien la France. On nous avait promis des artisans volontiers filous, un fond d’arrogance, et une crise économique qui engendrait de la violence.

Le pays est bien en crise et il ne règne pas l’inimitable allégresse brésilienne ou l’ambiance paisible de l’Uruguay, mais nous n’avons rencontré aucun des désagréments promis. Nous avons été généralement séduits par Buenos Aires, cette capitale cultivée et curieuse qui accueille les Français avec une hospitalité toute particulière.
 

Notes
 
1/Voir l’article “La samba des visas
 
2/ La haute saison court du 16 démembre au 15 mars. Le prix de 10 euros que cite Gwendal comprend l’abattement de 40% est offert pour deux mois de présence dans les ports gérés par Direccion Nacional de Hidrografia d’Uruguay. Tous les tarifs de chaque port sont disponibles sur ce site très bien fait http://www.puertosdeportivos.com.uy/

 

Avec les travaux les gars du chantier ont cessé de nous voir comme des touristes, ils nous demandaient juste de quelle planète on arrivait !

 

Dura lex, sed lex

Par

 
Selon le cours normal de ce blog, vous devriez lire un article sur le Brésil que j’ai été incapable d’écrire jusqu’ici. Récits d’un échec très bateau.

 


Les embêtements n’arrivent jamais seuls. Comme les vagues, ils se groupent en train pour déferler les uns derrière les autres jusqu’à la submersion complète du sujet par sa sombre destinée. Cette dérivée de la loi de Murphy (“Tout ce qui peut mal tourner va mal tourner”) connue comme la Loi de l’Emmerdement Absolu semble avoir été conçue pour ceux qui ont un bateau (1).

 

 L’eau dans l’huile moteur

 

Je pensais écrire le prochain billet de ce blog en arrivant en Uruguay, à Montevideo. C’était un gentil petit billet sur notre rencontre avec Jackson. Nous n’avions que quelques mots en commun avec ce marin brésilien pourtant nous communiquions facilement jusqu’à avoir de véritables conversations. Je voulais raconter comment, malgré Babel, les hommes de bonne volonté peuvent se comprendre et rire ensemble.

 

Un vidange juste avant de partir

Les premiers signes de la Loi de Murfy sont apparus le jour de notre départ du Brésil, à Rio Grande lors du contrôle du niveau d’huile pour une nav de 250 milles qui allait nous emmener en Uruguay. Il y avait de l’eau dans l’huile du moteur. Ce n’était pas la première fois. Les batteries sont à changer et les difficultés de démarrage ont fait entrer de l’eau par l’échappement. Il suffisait de remplacer l’huile sauf que l’on est dimanche et qu’il m’a fallu la matinée pour trouver 6 litres de 15W40.

 

Silentbloc cassé net

 

En faisant la vidange je m’aperçois que le goujon d’un silentbloc du moteur est cassé net. Bien sûr nous n’avons pas de silentbloc de rechange, mais nous réussissons à faire une réparation de fortune avec un gros boulon. L’alignement est déréglé, l’arbre tape à fendre l’âme à bas régime, mais passer 1800 tours, il retrouve son doux ronron. Faut-il rester pour réparer ? Nous avons fait notre sortie du pays, nous sommes à la fin de notre visa. Rester voudrait dire entamer une procédure d’avarie avec l’administration brésilienne et rater une très belle fenêtre météo. Après tout nous sommes un voilier, avec ce temps le moteur ne sera pas beaucoup sollicité. On part.

 

 Les batteries à plat

 

La panne en plus, le même jour

Après une nav de rêve nous croyons avoir échappé aux dents de l’engrenage bien huilé des ennuis en cascades nous arrivons devant le port de Montevideo. Là, je vais pouvoir écrire mon billet, réparer le silentbloc et acheter de nouvelles batteries. Je tourne la clef de contact, préchauffe les bougies en écoutant le bruit familier de l’alarme moteur, et… rien. Le vilebrequin ne bouge pas d’un pouce. Je couple les batteries, pas mieux. Dans cette aube grise, fatigués par une nuit de slalom entre les cargos stationnés dans le Rio de la Plata, nous commençons à vide le coffre bâbord pour en extirper le groupe électrogène. Il refuse de démarrer. Démontage de la bougie, nettoyage, remontage : il part, il cale. Cette foutue essence brésilienne contient de l’alcool et si les moteurs ne tournent pas régulièrement l’essence s’évapore en laissant un dépôt gluant qui bouche tout. Redémontage, cette fois il cahote, tousse, mais tient. Je ruisselle d’une reconnaissance absurde pour ce groupe acheté à un pizzaiolo. Alimenté en électricité par la vaillante petite machine qui a nourri tant de monde, le diesel part au quart de tour.

 

Rafales à 62,5 noeuds

 

Avant toute chose, il faut faire les papiers d’entrée dans le pays. Viennent les nécessités du bord : faire de l’eau, les courses, trouver un goujon pour le moteur. Ce serait dommage de ne pas profiter de cette recherche pour ne pas se renseigner sur le prix des batteries. Et pour l’anti-fouling qu’il va falloir faire bientôt vaut-il mieux l’acheter ici ou à Buenos Aires ? Les bateaux de voyage que nous croisons dans le port sont des sources d’informations précieuses pour connaître les ressources de la région. Nous devons faire des travaux pour préparer la descente dans le sud de Loïck, nous devons rencontrer les équipages avant qu’ils ne reprennent la mer. Avec tout ça je n’ai pas eu le temps d’écrire une ligne.

 

50 nœuds synoptique

Le temps justement. Hier soir, nous téléchargeons les GRIB. Je fais glisser machinalement le curseur vers les jours suivants lorsque s’affiche tout à coup un monstre rouge sang pour vendredi dans la nuit. À trente milles de Montevideo, une barbule en triangle indique 50 nœuds synoptiques venant du sud, rafales à 62,5 nœuds. Décidément on ne peut pas être tranquille deux minutes !

 

Dans ce port bondé et mal abrité des vents du sud, la dernière tempête a occasionné de gros dégâts. Il existe de meilleurs abris sur cette côte, mais ils sont à plus de 60 milles d’ici. Partir ou rester ? En tout cas il faut s’occuper à se préparer pour accueillir le phénomène. C’est-à-dire se renseigner auprès des autorités du port pour savoir s’il faut changer de place, faire les papiers pour être prêt à partir, préparer le bateau… en priant que les prévisions météo changent.

Ce n’est pas encore aujourd’hui que je vais pouvoir écrire mon article sur Jackson, alors je profite de cette insomnie maudire Murphy. En vain. Dura lex, sed lex (2).

 

Note :
1/ Le Captain Edward A. Murphy Jr. était ingénieur aérospatial, il faisait bien parti de la famille des navigants.

 
2/ Locution latine signifiant : Dure est la loi mais c’est la loi.