Loïck surfe sur la vague médiatique? Réflexion sur un commentaire de Facebook.

 

La dernière publication vidéo de Caroline sur le Lagoa Dos Patos au Brésil, a donné lieu à ce commentaire sur la page Facebook de Voiles et Voiliers :

« Vraiment, à moins de se rabattre sur une Page d’Art (et encore!) on ne plus rien regarder qui ne parle du Brésil… d’un rasoir!!! ».

 

Cette petite phrase nous a surpris, et nous a fait réfléchir. Ces quelques mots, nous ont fait mesurer combien notre voyage nous a emmené loin de chez nous.

 

Le Lagoa Dos Patos offre des paysages à la fois lacustres et maritimes

 

Je vois bien de quoi parle l’auteure de ce commentaire. De façon cyclique les médias déclinent un thème majeur de cent façons différentes. Aujourd’hui le Brésil, hier le débarquement en Normandie, demain les vacances, après-demain la rentrée. Même si le journaliste que je suis se demande parfois pourquoi les publications qui ne suivent pas le flux général ont du mal à survivre, je dois reconnaître que le quidam, que je suis aussi, a déjà poussé le même soupir que cette internaute devant la taille de certaines vagues médiatiques. Mais c’était avant, quand j’habitais Paris.

 

Depuis nous sommes partis en bateau, nous vivons dans un monde où le battage médiatique a cessé.

 

Aucun média en mer sauf quelques lignes de mail et quelques vacations vaillamment reçues par la BLU. Guère mieux au mouillage où l’on ne comprend rien à la FM locale. Pour le net, on a le choix entre quelques connexions WiFi indigentes dans les marinas ou le temps compté des “LAN house”. Pas de télé. Voilà notre luxe en matière d’information.

 

À vrai dire, ce Mondial brésilien est une aubaine pour nous. Nous sommes actuellement à Ushuaïa depuis un mois et demi. C’est l’hiver, nous restons le seul voilier habité de la baie. Nous sommes plutôt en quête de sociabilité. Les matchs de l’Argentine et de la France sont l’occasion de conversations et d’invitations bien venues.

 

Caroline en tournage à Colonia Z3, un village de pêcheur sur le Lagoa Dos Patos

 

C’est un lieu commun de rappeler que le bateau propose un univers de la rareté. Tout le monde s’imagine assez bien presser sa dernière orange lors d’une traversée de l’Atlantique avant d’alterner les boites et le lyophilisé. On pense moins à la paucité des produits intellectuels et culturels.
À Buenos Aires la télé, image et son, s’invite sur les quais du métro. Partout où la 3G est disponible, la technologie des smartphones amplifie, à coup de notifications, la conversation générale — qui, souvent, ne diffère guère des sujets de la presse (qui de l’oeuf et de la poule ?). Sur ce point, la mer est un désert. Un sanctuaire ?

 

On finira probablement par tous avoir l’internet en haute mer. Avant que cela n’arrive, je voudrais témoigner du plaisir que l’on éprouve à vivre dans un univers de rareté, y compris de l’information. Entre l’envie et la consommation s’intercale l’attente, donc le désir — ou l’oubli.

 

Le Lagoa dos Patos, une mer intérieure dont les sondes dépassent rarement 5 m

 

C’est donc en toute naïveté que, du fond de notre carré, Caroline a monté cette vidéo pendant que le vent rugissait dehors. Notre hivernage au bout du monde nous laisse le temps qui nous a manqué jusqu’ici pour traiter ce matériau. Nous n’avons pas cherché à surfer sur une vague brésilienne, ni à l’éviter. Pour nous ce n’est qu’un petit clapot. Nous avons juste pensé qu’il valait la peine de partager notre découverte du Lagoa Dos Patos et du Lagoa Mirim : des plans d’eau grands, beaux et injustement méconnus des voiliers de voyage.

 

Trois ans de voyage à la voile nous ont fait oublier ces nausées d’enfant gâté qui repousse, l’air dégouté, la nourriture que l’on dispose gracieusement devant lui. Désolés.