Départ en retard. Reportage vidéo. Charmante Jacotte. Échouement énervant.


On ne partira pas ce matin. Le temps d’aménager le pont, faire les pleins, vérifier les niveaux, donner un coup de karcher… Il est 12 heures 30. Contact. Le moteur démarre au quart de tour de vilebrequin, l’échappement crache l’eau à 1 mètre. Tout va bien. J’ai une totale confiance en notre Nanni Diesel de 50 CV. L’ancien propriétaire l’a installé neuf en 2003, j’ai nettoyé tout le circuit de refroidissement de son tartre, changé le collecteur qui se bouffe malgré l’anode et refait une partie du faisceau. Plus de 300 kilomètres jusqu’au Havre (on parle en kilomètres sur la Seine). On est lundi, nous avons rendez-vous vendredi à Tancarville pour le rematage. Même s’il est interdit de naviguer de nuit, cela nous laisse le temps de faire la route et s’arrêter pour le tournage : une vidéo pratique sur la navigation en Seine (en lien à la fin du billet).

 

Reportage vidéo

 

Caroline en tournage

Caroline en tournage

 

Faire un reportage vidéo quand on navigue c’est intéressant et fastidieux. Régulièrement, il faut débarquer Caroline pour faire des images du bateau dans le paysage, et puis ça immobilise deux bras pour la manœuvre. Le bon côté : les interviews. J’aime cette obligation (ce prétexte, selon l’humeur) d’aller vers les autres pour qu’ils racontent leurs histoires et leurs expériences.

 

“C’est fini”

 

Sur la Seine : palme d’or pour Jacotte. Dans la vidéo, c’est la jeune vieille dame mutine qui nous parle des régates d’antan. Dans sa quincaillerie-droguerie-pompe à essence-garage, des patates, des salades, des courgettes, oignons et fruits dont les formes dépareillées certifient les produits du jardin. Terriblement appétissants. Balais, outils de jardins et un déguisement de fée pendent du plafond. Sur les étagères, coincée entre une pile d’assiettes et une boîte de disques à ailettes une mappemonde a cessé de tourner. « C’est un musée ici, je brique même plus » lâche Jacotte amusée par mon regard hypnotisé par son bazar « Ils veulent qu’on mette les cuves de carburants aux normes européennes, mais je vends pas assez. C’est fini. On sait même pas ce qu’on va faire de la camelote » « Y restera Jeannette qui tient le bar-épicerie-boulangerie ». Soudain je remarque qu’elle est pieds nus.

 

Les saules pleureurs laissent traîner leurs chevelures blondes au fil de l’eau, une famille pique-nique sur la rive, les enfants nous font un signe de la main. À 100 mètres d’eux, un héron « emmanché d’un long cou… » j’essaie de me rappeler la suite de la fable de La Fontaine, sans succès.
L’étau de stress des derniers jours commence à se desserrer. Je me répète un peu incrédule : maintenant, nous sommes nomades. L’idée me plaît.

 

Planté dans la vase

 

Un barreur (trop?) tranquille

Un barreur (trop?) tranquille

Brusquement le bateau plonge en avant et s’immobilise. Échoué. Mon père, à la barre, jure qu’aucun panneau n’obligeait à s’éloigner de la rive. La carte n’indique aucun haut fond dans cette grande courbe. Nous sommes en plein milieu du fleuve. Les 50cv du diesel ne sont pas de trop pour faire un quart de tour vers l’extérieur de la courbe où il doit y avoir plus de fond. Quelques mètres d’eau libre et nous nous échouons de nouveau. Marche arrière et demi-tour pour revenir sur nos pas, mais on se plante encore dans la vase. La tension monte. Comme à mon habitude (pénible, soit), je commence à jurer. Caroline empoigne la caméra pour tendre le miroir de ce comportement qu’elle déteste. Trop tard, le hasard nous libère et je me remets à sourire. Raté ! Hé hé ! Son regard me promet qu’elle m’aura bien un jour.

 

 

Bilan de la descente de la Seine : trois échouages, le bois de la lice tribord fendu par le roulis d’une vague d’étrave contre un quai en palplanche, et une erreur de commande très vexante dans une écluse nous a fait toucher l’arrière. Conclusion : Je n’ai pas le bateau bien en main. Peut mieux faire.

Voir la vidéo de Caroline sur la descente de la Seine.