Le livre électronique : adopté après usage, malgré tout.

 

À Buenos Aires, le hasard a voulu qu’une panoplie de jouets numériques s’invite à bord de Loïck : une tablette, un smartphone et une liseuse numérique. Après neuf mois d’utilisation à bord, je propose un bilan de leur usage.

Conscient des risques d’addictions, de surcoûts et de nouveaux gisements de pannes, j’ai vu arriver ces jouets à bord avec une gourmandise coupable.

 
 

La liseuse : un Kindle entrée de gamme

 

Le Kindle entrée de gamme de 2012,
le modèle d’aujourd’hui vaut 59 euros.


Cet objet n’est pas encore suffisamment courant pour que nous puissions nous passer du débat livre papier contre livre numérique.
Les défenseurs du papier me trouveront à leur côté quand ils invoquent le plaisir sensuel des pages que l’on tourne, le plaisir de pouvoir juger de la taille d’un texte à l’épaisseur du bouquin et non grâce à un chiffre en kilo-octets.
Et le grain du papier ?

 

Les livres non rognés

 
Nul doute que la Collection Blanche de Gallimard a contribué au plaisir que j’ai eu de lire Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. Sa réédition chez Folio cadre moins bien avec l’aspect parfois précieux de ce texte, la liseuse encore moins.
Mais jusqu’où tenir cette exigence d’excellence ?
Je me souviens de la rencontre, dans mon enfance, d’un lecteur qui ne voulait lire que des romans non rognés pour le plaisir de déflorer les pages au coupe-papier.
Si vous avez moins de 40 ans, vous ne savez probablement pas de quoi je parle, et vous connaissez pourtant de grands plaisirs de lecture.

 
 

200 grammes contre 70 kilos

 

Cette liseuse de moins de 200 grammes nous a permi de débarquer 70 kilos de bouquins. Je dois même avouer que mes yeux de quinquagénaire préfèrent l’écran précis et les caractères modifiables du Kindle à l’encre baveuse sur le vilain papier de la collection J’ai Lu — mais je regrette mes Actes Sud.
 
Autre débat : vaut-il mieux couper des arbres pour imprimer Guerre et Paix ou exploiter les terres rares pour lire SAS ? Passons.
 
Paradoxe : ce sont les gros lecteurs, généralement les plus attachés au plaisir du livre papier, qui feront le meilleur gain de poids grâce au livre électronique, doublé d’une offre littéraire pléthorique, gratuite — ou moins chère.

 

Avec une liseuse numérique, un observateur ne verra plus le titre du livre lu.

 

L’objet au triste design

 
L’objet au triste design a l’avantage d’être léger dans la main. Le confort de lecture de ces petites machines est très correct. La technologie E-ink™ offre une sensation de lecture très différente des tablettes ou des écrans d’ordinateur. L’écran n’est pas rétroéclairé, il demande de la lumière extérieure comme pour une impression, dont il imite assez bien la perception.
L’autre grande différence avec une tablette se situe au niveau de la consommation. Cette petite liseuse est particulièrement frugale. Même à raison de plusieurs heures de lecture par jour, nous la rechargeons moins d’une fois par semaine, quand on y pense. L’USB de l’ordinateur fait l’affaire. Pas de câble propriétaire nécessaire.

Quel que soit le support, un bon texte nous emmène ailleurs.

 

Le logiciel libre Calibre

 
Kindle lit les ebooks aux formats .mobi, .azw3, .azw et se débrouille très mal avec les .pdf car les boutons qui ne servent pas à tourner des pages (zoom par ex) ne sont pas pratiques du tout. Autre bémol, l’écran est fragile à la rayure.
Elle ne lit pas les .epub mais au fond cela n’a aucune importance.

Ces liseuses ne se conçoivent pas sans l’excellent logiciel Calibre (toutes plateformes). Il sert à la fois de bibliothèque virtuelle, de gestionnaire de la liseuse, de convertisseur de formats et de casseur de DRM.

 

Grande croisière et piraterie informatique

 
Les DRM servent à faire respecter les droits d’un fichier. Dans la pratique ils sont perçus comme des verrous numériques qui restreignent l’usage du livre que vous avez acheté. Ils empêchent de le donner ou le prêter à une autre liseuse, par exemple. La première préoccupation de l’utilisateur averti est donc de les faire sauter.
Quoiqu’on en pense, le fait est que la grande croisière est un haut lieu de piraterie informatique. Films, cartes, programmes, musique, livres, toutes les œuvres numériques soumissent au copyright s’échangent sans vergogne de bateau en bateau.

 

Échange de livres

 

Bibliothèque d’échange du Yacht Club AFASYN à Ushuaïa.

Avec le livre numérique beaucoup regretterons le charme des échanges livre pour livre entre les bateaux qui donnait lieu à de jolies discussions. Copier 2000 livres d’un coup dilue un peu la pertinence de la critique littéraire.
Mais ne chargeons pas la mule, quand on aime lire qu’importe le flacon. Un bateau vient de nous donner des Murakami après nous en avoir longuement parlé. La collection était complète, on a pu choisir.

 

Des vinyles à bord ?

 
Le livre numérique, en tuant la rareté, changera-t-il la relation aux textes comme la numérisation du cinéma et de la musique à dématérialiser beaucoup de profondes passions pour ces deux arts ? Le retour étonnant du vinyle pourrait donner des éléments de réponse. Mais pour l’instant, je ne connais pas de bateaux qui ont des vinyles à bord…
 
Au-delà des considérations affectives, je dois conclure que la liseuse est un outil qui s’intègre parfaitement à la logique du bateau dans un rapport qualité/prix satisfaisant.

En navigation, il me semble que lire soit presque aussi essentielle que manger, mais il ne faudrait pas faire l’erreur de comparer les liseuses au lyophilisé.
Le livre numérique n’assèche pas Le Bateau Ivre, il l’allège.

 

Le livre et la voile, des affinités électives.


 
Note :
 
Comme pour chaque article technique, je rappelle que je ne suis pas un spécialiste du domaine.  Je ne propose qu’un retour d’expérience sur des objets du bord. Je ne suis pas lié aux marques que je cite.
Les corrections, précisions, retours d’expérience différents sont bienvenus dans les commentaires.
Sur Loïck, nous sommes ce que le web appelle des utilisateurs avancés, ce que beaucoup de navigateurs deviennent par nécessité. Cela dit, je confesse aimer bidouiller mon ordinateur (sous Linux).