La onzième île du Cap-Vert. La Batuk, l’autre musique du Cap Vert. Concert privé.

 

Le Cap Vert

Une belle caméra toute neuve, des micros stéréo, l’équipe de tournage française qui vient de s’asseoir à une table de “notre” café nous intrigue. Le preneur de son filiforme à lunettes noires semble sortir d’un backstage des Rolling Stones, la cameraman plaisante en créole avec une jeune Capverdiene, leurs rires se terminent par une accolade chaleureuse. Caroline va à la rencontre de ses collègues. “Ce n’est pas un film pour la télévision nous explique Cécile Canut, on travaille dans le cadre d’unj projet de recherche.” Cette femme pétillante d’une quarantaine d’années enseigne à Paris Descartes. Elle travaille sur les récits de migrations. Les chiffres nous font comprendre pourquoi elle a choisi le Cap-Vert. La population de l’archipel compte 400 000 habitants, mais sa diaspora est évaluée à 800 000 âmes. On dit ici que ces émigrés forment la onzième île du pays.

 

 

La batuk à main nue.

 

 

Une sorte de pouf frappé à main nue

Cette situation engendre des séparations douloureuses. Un thème qui pèse lourd dans le cœur des femmes capverdiennes et qu’elles expriment à travers une forme musicale particulière : la Batuk ou Batuku. Cet ancien chant d’esclave interdit par les colons et l’église s’accompagne de percussions. L’instrument est une boule de tissu compacte couverte de plastique ou de cuir que l’on frappe à main nue. Les phrases d’une chanteuse-leader sont reprises en cœur par les percussionnistes. Cette musique énergique ne ressemble en rien à la morna, beaucoup plus sentimentale que chante Cesária Évora. Elle s’accompagne de deux ou trois femmes qui dansent le Tornu, en frétillant des hanches ceintes d’un foulard, avec une grâce farouche.

 

 

Un groupe de femmes joue ce soir pour le documentaire de Cécile, exceptionnellement un homme prendra part à cet art féminin. Elle nous propose d’y assister. “C’est au restaurant Mangui Baxu”, cela ne nous dit rien, elle ajoute “près d’un grand manguier”, on va trouver.

 

Dja porte le deuil de son père

 

Le groupe se met en cercle, mais Cécile est déçue. Dja, la meilleure chanteuse, le personnage principal de son film refuse de participer. Elle a perdu son père il y a deux mois et doit porter le deuil pendant un an. Pour Caroline et moi cela ne fait pas grande différence, sous la petite ampoule nue, nous assistons fascinés, à ce concert privé.

 

 

Cette petite vidéo faite avec mon appareil photo ne rend rien de la beauté des sons mats de la peau contre ces instruments sans caisse de résonance. Et pour les voix, c’est un peu comme entendre chanter au téléphone. Mais c’est le seul document que nous avons pu faire.

J’espère que vous pourrez voir un jour le film de Cécile Canut : “L’île des femmes”

 

 

 

Batouk.mp4 from Loick on Vimeo.