ACTUALISATION au 20/07/2013 : Simon, un Belge sur Juan Sa Bulan a réussi à avoir une extension de séjour à Angra dos Reis. Nous avons appris cette excellente nouvelle par un commentaire qu’il a posté sur la vidéo.

Un mail de Simon nous donnes les détails de cette extensions de séjour : voir le billet La samba des visas (actualistation)

 

Depuis juin 2012, les autorités brésiliennes ne délivrent plus d’extension au-delà de 90 jours aux Français.
Le point sur les conditions de séjour au Brésil pour les plaisanciers.

 

« Le fonctionnaire qui vous délivra une extension au-delà de 90 jours sera en faute, il n’a pas le droit de prolonger votre séjour touristique. Cette interdiction concerne les Français et les Italiens. » Pour prouver sa bonne foi, l’officier d’immigration a tourné l’écran de l’ordinateur vers moi pour me montrer la circulaire du Ministère des Relations Extérieures. En voyant mon air dépité, il ajouta : « Cela peut changer de nouveau. »

Ce dialogue a eu lieu en juillet 2012 à la Police Fédérale de João Pessoa lorsque nous nous sommes présentés pour faire notre entrée au Brésil.

 

Six mois pour Allemands, trois pour les Français

 

La police fédérale s’occupe des services d’immigration

Nous avions tout entendu avant d’arriver au pays de la samba. Certains nous assuraient que la prolongation du visa dépendait de l’état où l’on faisait la demande, d’autres affirmaient que cela dépendait du relationnel avec le policier. Tous étaient d’accord pour dire que Salvador était le pire des bureaux. Derrière ces propos traînaient le sous-entendu condescendant que la loi dépend surtout du fonctionnaire qui l’applique dès que l’on passe le tropique du Cancer. J’étais prêt à souscrire à cette demi-vérité jusqu’à ce que ce jeune policier me rappelle, en bon anglais, que son pays évoluait. (Nous avons demandé l’extension dans 4 états différents, tous ont dit non).

 

À la marina Jacare, les bateaux comparaient le sort qui leur était réservé selon les nationalités. Les Allemands et les Suisses obtenaient six mois d’affilé sur présentation de passeport alors que les Latins (français, espagnols, italiens) se voyaient demander un extrait de relevé bancaire pour prouver qu’ils ont bien R$50 par jour de séjour (soit 1800 euros pour 90 jours). Les Français habitués à être une nation désirée étaient outrés par cette discrimination, les Allemands souriaient discrètement.

 

La réciprocité avec l’Europe

 

Des uniformes à la Lara Croft à la Police Fédérale

Le policier avait raison, les choses ont changé en octobre 2012, en pire pour les Allemands. Cette fois ce sont tous les pays de Schengen qui se voient refuser l’extension au-delà de 90 jours. Les Brésiliens ont décidé de pratiquer la stricte réciprocité avec le sort qui est fait à leurs ressortissants lorsqu’ils vont en Europe. Comment leur en vouloir ?

 

À la date de ce billet, les conditions de séjour d’un bateau français au Brésil sont les suivantes :

Exemption de visa pour une période de 90 jours, avec un séjour maximum de 90 jours tous les 180 jours. Cette prose administrative signifie que l’on peut rester 3 mois au Brésil, ensuite on doit quitter le pays pour 3 mois avant de pouvoir revenir pour trois mois, et ainsi de suite…

Le bateau en revanche peut rester deux ans au Brésil, mais doit être sous la garde d’une marina lorsque son propriétaire est absent.

 

Deux ans pour le bateau

 

Cette dernière disposition permet à ceux qui ont les moyens de laisser leur bateau pour aller visiter l’Amérique Latine par la terre. Nous avons rencontré plusieurs couples très heureux d’avoir choisi cette solution, troquant une navigation inconfortable le long des côtes contre une visite en profondeur du continent.

 

Recensement des noms de bateaux par La Marinha do Brasil à la marina Jacare.

 

Ceux qui veulent rester à bord ont les choix entre un tourisme « à la japonaise » le long des 3000 milles de la côte brésilienne ou la clandestinité.

 

Conseils aux bateaux clandestins

 

À João Pessoa nous avions croisé des bateaux qui avaient passé plusieurs mois dans la clandestinité. Ils nous avaient dispensé quelques conseils au cas où.

Un officier de la Reiceta Federal

Éviter les marinas qui sont censées vous demander vos papiers, éviter les ports et les lieux touristiques où la Marinha do Brasil (marine brésilienne qui joue aussi le rôle de nos affaires maritimes) exerce des contrôles, fuir les meilleurs mouillages où les voiliers se rassemblent et qui sont parfois visités par la Receita Federal (la douane). Bien que sur cette côte soit chiche en abris, le pays est si vaste que la plupart des bateaux passent entre les mailles du filet (nous n’avons croisé qu’un voilier argentin saisi). Il faut croire aussi que la chasse aux bateaux clandestins n’est pas, pour l’instant, la priorité des autorités. Les choses pourraient changer avec l’augmentation des moyens mis à la disposition des administrations, le Brésil s’enrichit.

 

Dans un petit hors-bord tout neuf, la Marinha do Brasil venait relever le nom des bateaux tous les quinze jours à la marina Jacaré. Aucun bateau n’était directement contrôlé, mais le message était clair : « Ne jouez pas avec nous ».

Nos clandestins nous ont donné un dernier conseil : tardez à faire votre entrée (pour économiser des jours) et faites votre sortie avant la date ultime inscrite sur le passeport, pour pouvoir, en cas de contrôle, être en mesure de refaire une entrée légale dans le pays. Dans les deux cas, il faudra risquer ce gros mensonge : « Je viens d’arriver de la haute mer ».

 

Les risques de la clandestinité

 

Les services consulaires de France au Brésil et les Français qui vivent ici tiennent tous le même discours : les autorités brésiliennes sont très à cheval sur le respect des règles. La santé de leur économie permet aujourd’hui de regarder les Européens dans les yeux avec un sentiment de fierté retrouvée. Si les fonctionnaires sont généralement bien plus aimables que leurs homologues français, il ne faut pas croire que le fait de venir d’Europe nous protège.

 

En cas de problème l’amende perçue par les services d’immigration s’élève à R$8 par jour (3,2 euros) de présence illégale. Pas grand-chose, sauf que la Receite Federal vous demandera 10 % de la valeur du bateau — celle que vous avez déclarée en arrivant.

 

Mon avis

 

Les scellés sur un bateau saisi

Cette situation est parfaitement ridicule. Trois mois au Brésil en bateau c’est trop peu. Pendant que le Brésil était l’invité d’honneur du Grand Pavois de La Rochelle (2012), le Ministère des Affaires Extérieurs brésilien émetait une circulaire réduisant à trois mois le séjour des plaisanciers européens dans ses eaux. J’ai du mal à blâmer les autorités brésiliennes lorsque l’on connaît la fermeté des services français envers leurs ressortissants (assurance santé obligatoire, disposer de plus de 100 euros par jour, réservation d’hôtel, billet d’avion…).

Je crois que la France doit s’engager à donner des extensions de séjours aux plaisanciers brésiliens pour qu’ils puissent visiter l’Europe, et pour que les Brésiliens puissent appliquer cette réciprocité aux bateaux français. En l’occurrence, il faut oublier notre paranoïa pour l’immigration illégale ou le trafic de drogue, trois ou six mois ne font aucune différence pour ceux qui ont ce type d’intention.

 

Mais la route est longue, lorsque j’ai téléphoné au consulat français de Brasília, personne n’avait entendu parler des problèmes de séjour pour les bateaux français.