Départ de Paris. Le tri. Couper les ponts. Loïck encombré. Première nuit à bord.


Partis. Enfin partis sur une décision prise il y a six ans. Nous allons vivre en mer. « Vous devez être hyper heureux ? » lance mon ami Mam’s qui nous conduit au bateau. Euh… Dans le fond oui sûrement. Nous sommes surtout tendus comme des arcs, la tête pleine de choses à faire, à ne pas oublier. Caroline, mon équipière, mon invitation au voyage, ma femme, assène tout net : « on n’a pas le temps d’y penser. On est trop stressés ».

 

Nomades

 

Tri de départ

Tri de départ

Les dernières semaines avaient quelques choses d’irréelles : refuser du boulot, dire au revoir aux amis sans savoir quand nous les reverrions, vider l’appartement en se demandant pour chaque objet : on emmène ? On jette ? On met à la cave ? Et finalement résilier Internet, couper l’électricité, laisser un mot au locataire, fermer la porte de l’appartement, quitter Paris.
Nous sommes maintenant nomades. Notre maison c’est Loïck, un rêve d’Antilles en acier de 1985, construction amateur. Rustique et mal équipé, il a besoin encore que quelques mois de travail avant de devenir un vrai bateau de voyage.

 

Loïck nous attend amarré à Vaux sur Seine. Le mât posé à l’horizontale accentue son coté trapu, on dirait un char d’assaut coiffé d’une tringle à rideaux. Je le sens affligé.

 

Au ponton

 

Nous serons 3 à bord, Caroline, mon père et moi pour descendre la Seine. Jérôme viendra demain renforcer l’équipage pour le passage des 3 écluses. Leurs bajoyers en palplanches rendent les pare-battages inefficaces. Le mat, allongé de l’antenne VHF dépasse de deux mètres à l’arrière, et à l’avant le tambour de l’enrouleur sera le premier à prendre en cas de choc. Je n’avais pas aimé les écluses à la montée, mais cette fois-ci nous sommes avalant, ce sera plus facile.

Il est déjà 23 heures. On décharge la voiture. Il ne reste plus grand-chose, cela fait une semaine que nous faisons des allers et retours. Deux vélos pliants, un dernier sac de fringues, on ne sait plus où les mettre. Loïck est plein et mal rangé. Manque de temps. Et pourtant, cela fait 6 ans que l’on sait que cela va arriver. Pourquoi faut-il partir « à l’arrache » ? Sûrement parce qu’il s’agit bien d’un arrachement à nos petites habitudes. Mais on reparlera un autre jour. Demain on descend la Seine. Ce soir on dort. Morts.