Où faire le taud ? Un village de ponton. Petite chirurgie au Maroc. Mohamed c’est le souk.


Annexe ci-dessous : les ressources “bateau” d’Agadir

 

“Agadir, rien à dire.” Cette fois c’est Hassan, mon voisin de table au café, qui me lance cette plaisanterie marocaine si souvent entendue. Comme si la ville était une élève studieuse qui fait ce que l’on attend d’elle, sans génie. Cela nous va très bien, cette étape est dédiée au travail et au bateau. Caroline monte la vidéo de la  traversée du Gascogne pendant que je cours la ville pour trouver le tapissier qui va faire le taud pour couvrir le cockpit, ainsi que des prélarts.

 

“Pas de problème !”

 

Aux Tentes du Soleil, je teste l’étanchéité d’une toile grise bien épaisse avec une seringue remplie d’eau. Ma petite expérience amuse l’ouvrier qui oeillète consciencieusement une bâche sur le trottoir. Derrière sa machine installée sur la rue, le parton me regarde faire d’un air froid. L’homme ne fait aucun effort pour vendre. C’est la meilleure bâche que j’ai vue pour l’instant et le meilleur prix qu’on m’ait offert jusqu’ici. J’achète dix mètres, mais devant son air renfrogné et son français difficile je décide de ne pas faire coudre le taud chez lui. C’était une erreur.

 

Les tapissiers, couturiers sont regroupés au nord du souk

Dans la boutique mitoyenne, le volubile Mohamed m’accueille dans un français parfait. Un taud ? Pas de problème ! Les coutures avec mon fil à voile ? Pas de problème ! Les oeillets qu’il me propose collent à l’aimant comme une moule à son rocher. Je retourne voir le patron taciturne, les siens sont en alu, à moitié prix. Il m’en vend un sac sans un mot. Mohamed va me les poser, pas de problème ! Le tout dans trois jours, pas de problème !

Dans la semaine ça ira, on a un peu de temps, il faut aussi que je voie un ophtalmo. Dire que je n’étais pas pressé : autre erreur.

 

Un joli coup de scalpel

 

Je reviens à la marina en vélo, très content de ma journée. Je croise Monique qui nous invite pour l’apéro sur Cythère leur beau grand ketch. Elle vient de faire refaire tous les coussins de son carré, du beau travail.

Naïma me demande : ” Comme ça s’est passé au souk ?” Pas de problème !

Naïma, l’assistante, Samir, le maître de port, le grand et le petit Assan, et même les policiers lymphatiques qui passent leurs journées sur le banc devant la capitainerie sont en train de me faire aimer cette marina assiégée de boutiques de luxe (voir le billet Les Maroc d’Agadir). Sous la bienveillance de ce groupe, un esprit convivial souffle sur les pontons. Ce village de bateaux semble parfaitement autonome des quais qui l’entourent.

 

Je dois me faire enlever un chalazion sur la paupière qui a résisté à la pommade que m’a prescrite le médecin de Brest. Samir me donne l’adresse de son spécialiste. J’éprouve une petite appréhension chauvine à me faire opérer hors de France. Le docteur Aboulazhar Driss a senti mon inquiétude, il la dénoue par des explications complètes et des gestes précis. Le lendemain, je m’allonge sur la table d’opération sans aucune arrière-pensée. À la réflexion, ma meilleure couronne vient de Thaïlande, les médecins chinois m’ont sauvé la vie dans le Xinyang et mon problème à l’oeil a été réglé en trois jours au Maroc. La dernière fois que j’ai demandé un rendez-vous chez l’ophtalmo, c’était à Saint-Brieuc. La secrétaire médicale m’a proposé une consultation dans un an ! J’ai cru qu’elle plaisantait.

 

De vilains coups de cutter

 

 

Le souk (11 hectares) est organisé par produits. Le quartier des fruits et légumes couvre des milliers de mètres carrés.

Je rends visite presque tous les jours à l’aimable Mohamed, il remet nos rendez-vous le matin à l’après-midi et l’après-midi pour le lendemain. L’avantage de sa boutique c’est qu’elle est près du souk. Avec plus de 3000 commerces, le Souk El Had d’Agadir se prétend le plus grand d’Afrique. C’est l’endroit de la ville que je préfère. Je passe les heures perdues à apprendre ce dédale d’abondances. On m’offre le thé, je ressors avec des sacs d’épices. Je ne sais pas résister au savoir-faire des commerçants marocains.

 

“Viens lundi à 8 heures 30, je te consacre la journée” finit par me dire Mohamed. Je n’ai pas très bien compris pourquoi je devais être là, mais je préfère. J’arrive pour le petit déjeuner. Nous partageons un thé à la menthe et du pain trempé dans l’huile d’olive avant d’entamer une journée de travail où je sers d’arpète et de contrôleur qualité. Le travail ne présente pas de difficulté, ce ne sont jamais que de grands rectangles dont il faut faire des ourlets. Mohamed est probablement un spécialiste de l’aménagement intérieur, il ne semble pas à l’aise avec ce tissu lourd, sa machine n’accepte pas le fil à voile. A l’évidence il fait de son mieux, dans la bonne humeur. À la fin de la journée, il ne reste plus qu’a poser la centaine d’oeillets sur les bords du taud et des prélards. Il n’a pas d’emporte-pièce, mais me promet de l’emprunter dès que possible au patron taciturne des Tentes du Soleil. L’opération, stimulée par quelques coups de fil, prend la semaine. Livré le dimanche à 22 heures nous ne découvrons le travail le lendemain. Il manque un oeillet sur cinq, les trous dans le tissu ont été faits au cutter, coupés souvent plus grands que la taille des oeillets visiblement écrabouillés au marteau.

Un des oeillets martyrs

 

Je téléphone à Mohamed. Il a l’air surpris et désolé. Il m’explique que ce n’est pas lui qui a fait les oeillets et me dit : “Pas de problème ! “. À ma grande surprise, il propose de racheter le tissu et de tout refaire. La couture d’un galon pour cacher le massacre me suffit.

La semaine suivante, juste avant de partir, je vais récupérer le tissu. Le galon avait été cousu, les trous faits, cette fois, à l’emporte-pièce, mais Mohamed m’a expliqué qu’avec 4 épaisseurs de tissu, on ne pouvait plus poser les oeillets. J’en pose un pour lui montrer que c’était possible. Il me dit : “Oui, mais cela prend trop de temps.”

Le patron taciturne des Tentes du Soleil regarde la scène d’un air sévère. J’ai compris trop tard que l’artisan pour les bâches c’était lui.

 

Les ressources “bateau” d’Agadir.

Agadir peut être une excellente escale selon les besoins. Voici nos observations (forcément partielles).

Agadir, une escale pour l'avitaillement.

La ville est bonheur pour l’avitaillement, avant une transat par exemple. Les produits sont de première qualité et pas cher en particulier les fruits et légumes. En plus du souk, un énorme hyper (Marjane) offre tous les articles européens habituels sauf la charcuterie (même en boîte). Le vin et les alcools sont chers.

Le gasoil était à 70 cts d’euros/l en mars 2012.

Agadir n’a pas de shipchandler, ni d’infrastructure pour sortir les bateaux de l’eau, mais on peut trouver le matériel qui équipe les bateaux de pêche, y compris électronique (au port).

La livraison d’achat par correspondance à la marina prend 10 jours.

Malgré notre mésaventure la sellerie, la couture, les tissus présentent un très bon rapport qualité-prix. Mon tissu Dickson pour auvent de café était à 7,5 euros/m pour une largeur de 120.

Est-ce possible de faire une capote ? Nous n’avons pas trouvé d’artisans ayant une machine puissante faisant le point zigzag et permettant de passer du fil à voile. Pas d’oeillets inox, pas de grosses fermetures éclair pour capote.

Sur les bateaux locaux, nous avons vu de belles réalisations d’inox au TIG, mais un bateau voisin a attendu l’artisan deux semaines avant de laisser tomber.

Un artisan du souk nous a parfaitement réparé un vélo pour trois fois rien.

La médecine nous a fait le meilleur effet. (Caroline a aussi eu un petit bobo bien soigné)

La marina est une des moins chères du Maroc, pays où le mouillage est interdit, en principe.