Un baliste sous le bateau. Carénage à l’eau. Quelques outils. Un baliste au four ?

 

Tarrafal, au nord de l'île de SantiagoLe baliste me regarde entrer dans son territoire avec des airs de vieille Anglaise qui examine un nouveau joueur dans son club de bridge. Mine de rien, mais qui n’en pense pas moins. Bientôt trois semaines qu’il habite sous la coque de Loïck. Je lui fais mes excuses sous marines et je m’attaque à la destruction de son garde-manger. Le baliste, pas farouche, me tourne autour. Le coup de brosse est nécessaire, nous partons bientôt pour trois semaines de navigation, traverser l’Atlantique. Je croise son regard, à ses yeux l’excuse n’est pas valable.

 

Crinière d’algues

 

Le baliste ponctué. Cliquer sur l’image pour voir la fiche descriptive de ce poisson © Simon Von Hoevel

Huit mois que le bateau est à l’eau, plus trois mois que nous naviguons dans des eaux au-dessus de 20 degrés et notre coque est à peu près propre(1). En revanche les pièces sans antifouling (les anodes, l’hélice et les sondes) abritent un petit monde fascinant d’algues, de poissons et de crustacés. Le speedomètre ne peut plus tourner. Il n’a fallu que deux mois de mouillage pour qu’une crinière pousse sur les cinq premiers mètres du mouillage, ses grandes mèches vertes flottent au gré du courant. Un grand tampon-jex enroulé autour de la chaîne suffit à émonder la végétation, mais c’est peut être moins pratique que le gant en cotte de mailles qu’utilise les bouchers(2). Il aurait aussi pu être utile sur la couronne d’anatifes qui a poussé sur la ligne de flottaison.

 

 

Exercice d’apnée

 

Je gratte, je frotte, mon travail produit un nuage de petites particules qui fait le régal de tout petits poissons très vifs. C’est maintenant que je suis à l’eau que je souviens de la recommandation d’un habitué des mers chaudes : mettre des bouchons d’oreilles pour ne pas risquer une otite due à l’infection par ces petits débris. Un bon rinçage à l’eau douce avec le pulvérisateur de jardin à poste sur la plateforme devrait suffire. Un geste qui devient vite un réflexe après chaque baignade dans les eaux tropicales.

 

Les balanes. Cliquer sur l’image pour voir la fiche descriptive © Wilfried Bay-Nouailhat

Je regrette de n’avoir ni bouteille de plongée ni narguilé pour faire cette corvée. À défaut,je tente d’en faire un exercice d’apnée. Plombé comme une victime de la mafia sicilienne, je m’accroche à la coque avec une ventouse de vitrier pour éviter la chute vers le fond. Faire le vide en soi, ralentir les gestes, souhaiter l’arrêt du cœur. Selon tous les manuels modernes, l’apnée c’est une question de mental. Comme un enfant qui joue à Bruce Lee, je fais des katas en nettoyant mon hélice. Je suis le samouraï qui décapite les balanes de son sabre étincelant, lorsque soudain, le baliste surgit dans mon masque pour profiter du festin. Où est-ce une charge ? Ces poissons sont connus pour ce comportement téméraire.

 

Le baliste ne fuit pas

 

Les filets de filières rendent le bateau plus sécurisant.

Chacun l’a remarqué : se faire surprendre sous l’eau décuple l’effroi. Une poussée d’adrénaline, parfaitement fatale à l’apnée, me fait passer du guerrier nippon au noyé en panique. Après une goulée d’air, je me souviens qu’Erwan m’a dit que les balistes au four font un plat délicieux. Sur le pont, le fusil attend le moment d’exprimer sa nature profonde, juste à côté de Caroline qui ravaude les filets des filières. Elle n’a qu’un geste à faire pour le jeter à l’eau.

Trois semaines que ce poisson surveille nos bains. Même lorsque je rentre de la chasse bredouille, le fusil encore armé, il ne fuit pas. Le baliste n’a peur de rien ce qui le rend, pour moi, impossible à chasser. Ce qui m’énerve c’est qu’il me regarde comme s’il le savait.

 

J’ai à peine terminé de brosser l’hélice qu’il reprend sa place à la base du safran. Il a peut-être envie de venir avec nous au Brésil ?

 

 

1/ Nous avons passé 3 couches d’un antifouling érodable qui remplit bien sa mission (Seaforce 90 de chez Jotun). Nous avons comparé avec le procédé Métagrip au zinc silicaté de la coque acier d’Alex qui a mis à l’eau en même temps que nous et qui a fait le même trajet (8 mois de mer depuis la Bretagne). Il avait beaucoup plus de flore et de faune que nous sur la coque, mais un brossage sous l’eau a suffi pour tout faire partir (une heure et demie en bouteille -voir la vidéo de Caroline Tarrafal 2). Pour notre part, nous ne pouvons pas brosser sous l’eau sans polluer le milieu et abîmer l’antifouling. Nous partirons donc dans avec une coque très correcte, mais pas complètement impeccable, car quelques algues qui ressemblent à des champignons plats apparaissent. Le flux de l’eau en navigation ne suffira pas à les ôter. Alex, comme nous, est content de son choix.

 

Procédé Meta au zinc. Avant (en haut) et après un coup de brosse (en bas).

 

Antifouling érodable Seaforce 90. Même parcours et temps à l’eau pour les deux carènes.


 

 
 

2/ Une astuce que nous a donnée un bateau Suisse-allemand. Je n’ai pas testé, mais l’objet m’a semblé utile pour un carénage sous l’eau dont on ressort souvent avec des petites coupures.