Chers Lecteurs,

 

J’écris ce courrier pour expliquer pourquoi la publication des billets devient erratique ce mois-ci.

Notre situation actuelle rend momentanément difficile la mise à jour de ce blog pour trois raisons.

 

Notre premier problème : nous sommes clandestins au Brésil.

 

À deux pontons de nous, le prédateur endormi.

La police fédérale nous avait prévenus : les Français, vous n’avez droit qu’à trois mois au Brésil sans extension de visas. Radio-Ponton nous assurait qu’il était possible d’avoir trois mois supplémentaires, que cela dépendait des états, voire de la mansuétude de l’officier d’immigration. Eh bien non. Le Brésil est un pays moderne où la loi est la même d’un bout à l’autre du pays, partout la réponse fut identique malgré nos diverses tentatives. Ce tour de vis est tout récent. Nous avons dû faire notre sortie en plein milieu de ce grand pays, à plus de 1300 milles de l’Uruguay. Si la météo le permettait, nous aurions fait une grande navigation jusqu’à Buenos Aires, mais, en cette saison, les coups de sud sont fréquents. Les dépressions des quarantièmes remontent le long de la cote de l’Amérique du Sud nous offrant des vents de face souvent violents (les pampéros) ou des calmes pluvieux. Alors, on cabote en évitant les uniformes. Pour cela, rester mobile.
Pas facile la vie de clandestin, je raconterai ça dans un prochain billet. Dans nos mouillages discrets, il n’y a pas toujours d’internet.

 

Deuxième problème : la panne de notre boîte d’accord et petites avaries.

 

Un accord de fortune à la pince croco

La boîte d’accord est le boîtier qui permet d’accorder l’antenne de la radio (BLU) pour pouvoir émettre. Sans elle, impossible de recevoir les GRIB ni d’envoyer ou recevoir des mails à bord (et donc de poster des billets). Tant que la réception fonctionne, nous pouvons encore écouter les bulletins et recevoir les fax météo.

Pour l’instant une réparation de fortune avec des pinces crocos autorise quelques connexions que l’on réserve aux GRIB et à l’envoi de la position de Loïck. Nous avons aussi eu une panne d’alternateur et une patte du régulateur d’allure cassée. Rien de grave, mais il faut s’en occuper. C’est la priorité.

Et nous ne pouvons plus accoster dans les villes .

Pourtant, nous avons quand même pris le risque à Rio Grande, la dernière ville du pays : une météo difficile nous empêchait de continuer et il n’y a aucun abri sur cette côte autre que ce port. Nous sommes allés à la marina, sachant qu’ils nous demanderaient les papiers d’immigration. Avec l’air le plus naturel du monde, nous avons donné nos papiers de sortie à la jeune femme de l’accueil comme s’il s’agissait de notre clearance d’entrée. Heureusement, elle n’a pas pris la précaution de les lire.

Du coup la planque nous paraît assez sûre puisque les bateaux de la marina sont censés être contrôlés, mais on ne va pas traîner. On prendra la mer dès que la météo le permet. Il nous faut trois jours de nord-est pour rejoindre l’Uruguay.

 

Loïck caché selon le principe de la lettre volée

 

Troisième problème : je suis un cancre.

 

Ceux qui suivent ce blog depuis le début savent que les billets ont deux mois de décalage avec notre position réelle. Ce décalage des billets permet d’être synchrone avec les vidéos de Caroline. Les vidéos demandent plus de temps et ne peuvent être envoyées que lorsque nous trouvons un internet haut débit. Si j’étais un garçon sérieux, j’aurais du marbre comme on dit dans le métier de journaliste, c’est à dire des billets d’avance en cas d’imprévu. Au début du voyage j’avais toujours un article ou deux sous le coude, mais le temps m’a rattrapé. Un bricolage urgent, une belle rencontre… Le temps passe vite à bord. Et déjà repartir, mais pas avant d’avoir fait quelques courses et la lessive (à la main), et trouver où bidonner de l’eau, le gasoil.

Rester furtif, ça prend du temps.

Les charbons du régulateur étaient usés

Voilà qu’il ne me reste plus rien dans ma besace. Je me retrouve comme le cancre insouciant que j’étais à l’école lorsque j’écrivais mes compositions le dimanche dans la nuit pour les rendre le lundi les yeux rouges de fatigue, au mieux. Au pire, je tuais ma grand-mère. Mais aujourd’hui, j’ai grandi et je n’oserai plus faire passer ma chère mamie de vie à trépas pour cacher ma défaillance. Elle est centenaire — donc immortelle —, on ne plaisante pas avec ces choses-là.

 

Pour résumer la situation est donc celle-ci, dans l’ordre : s’occuper du bateau, naviguer pour sortir du pays, écrire dès que possible. Cette pause ne devrait pas durer plus de trois semaines.
 
Bonnes fêtes.