Pour ce voyage, je suis devenu radio amateur. Dans ce billet, j’aimerais convaincre ceux qui partent en grande croisière d’équiper leurs bateaux de BLU et de passer leur licence.

 
Mise à jour 2/2/2016 : Vous trouverez sur notre site des docs pour passer la licence et installer une BLU. Ce materiel est en majorité une agrégation de documents trouvés sur Internet. Merci aux auteurs.
 

Alors que nous étions en train de recevoir nos courriels par la BLU, une jolie petite fumée blanche sort de la boite d’accord en se tortillant comme pour annoncer l’apparition d’un génie. C’est la panne : plus de GRIB à bord. Pourtant, même si j’avais trois vœux à faire, je ne demanderais pas un Iridium ou un Mini-M.
 
Les mots radio amateurs dégagent un parfum poussiéreux et complexe. L’opérateur radioamateur masculin se désigne comme OM « Old Man » — c’est dire ! Mais son équivalent féminin, malheureusement trop rare, se désigne par le joli YL « Young Lady ». Les abréviations viennent de la télégraphie. L’univers de la radio adore les acronymes et les codes, par souci d’économie, mais aussi pour le plaisir de jargonner. Un volapük qui fait passer cette activité pour plus complexe qu’elle n’est et qui ne devrait pas effrayer les utilisateurs de SMS. Lol.

Le commutateur rotatif de la boîte d’accord.

 

Je ne vais pas faire le détail des différentes façons de communiquer à bord — je n’ai pas les compétences, il existe un hors série de Voiles et Voiliers pour cela. Je veux vous parler de la petite expérience d’un radioamateur néophyte en grande croisière après deux ans de pratique.

 

Le prix à l’usage

 

Nous voulions avoir le courrier électronique et les GRIB en mer, et nous en sommes de gros consommateurs. Il nous paraissait stupide de se rationner de météo ou de relations affectives. Nous souhaitions aussi un positionnement du bateau. Selon nos calculs, les Mini-M, Standard C et autres Iridium nous coûteraient autour de 1000 euros par an. Trop cher.
 
Avec la BLU (un Pactor et une boite d’accord), l’abonnement à SailMail coute 190 euros par an. C’est gratuit si vous êtes radioamateur.
La technologie, même avec un poste non marinisé, est fiable. Non seulement nous avons toujours pu nous connecter lorsque nous étions en mer, mais je me suis aperçu que les bénéfices étaient bien supérieurs à l’économie de l’abonement. Les radioamateurs sont une communauté, une communauté internationale solidaire. Et beaucoup d’entre eux routent les bateaux pour le plaisir.

 

Un poste HF (BLU), un Pactor, un ordinateur. La boîte d’accord s’installe au plus près de l’antenne. C’est la même installation pour Sailmail (sans licence amateur) ou Winlink (avec licence amateur).

 

Prix de l’installation

 

Comparée aux prix de plus en plus attractifs du téléphone satellite (plus ou moins 500 euros), l’installation nécessaire pour avoir le courrier électronique et les GRIB par BLU coute plus cher. Sur Loïck nous avons tenté de tirer les prix au maximum, mais nous avons tout acheté neuf : une radio Yaesu FT857D très compacte

Une boite d’accord automatique étanche.

capable d’émettre sur la HF (max 100 watts), la VHF et l’UHF (800 €), un Pactor III USB (859 €) et une boite d’accord manuelle MFJ 971 (moins de 200 €), plus du câble coaxial, des isolateurs pour les antennes (nous en avons deux, un long fil et un dipôle sur 14 MHz), des connecteurs, un balun, et menu matériel. Disons moins de 2500 euros et trois jours pour tout installer et faire les antennes. Nous aurions bien opté pour un pataras isolé, mais c’était cher.
Nous sommes très satisfaits de ce matériel, sauf… de la boite d’accord. Une boite manuelle, c’est instructif, mais parfois fastidieux. Aujourd’hui, j’aimerais une boite d’accord automatique.

Vu l’investissement, c’est une technologie qui intéresse d’abord ceux qui partent pour plus d’un an de voyage. L’Iridium est surement mieux adapté pour une année sabbatique, la rupture technologique avec le portable est moins franche et il se revend mieux.

 

Un monde « Low tech »

 

Des antennes…

…à trois sous.

La radio c’est un autre monde, une autre « philosophie ». Un monde « low tech ». Je me souviens de l’air réjoui de mon professeur Alain (F8ANT) devant un montage fait de composants, précisait-il “tous récupérés sur de vieilles télés”. Ici, l’économie est une qualité et c’est pour cette raison que la télégraphie continue d’exister, avec peu de watts elle porte plus loin. Per (LA7FAA), le norvégien que nous avons rencontré à João Pessoa m’expliquait comment il faisait ses antennes HF avec des cannes à pêche en fibre de verre pour moins de 60 euros. Il revenait de Patagonie en solitaire, sans Iridium bien sur.
 
À l’heure où beaucoup d’entre nous s’inquiètent de l’appropriation des communications par quelques grandes entreprises, la technologie de radio continue à appartenir à tout le monde. Et si les fréquences sont rigoureusement régies par les États, nombre de fréquences sont réservées aux amateurs. Il est théoriquement interdit de parler sur les ondes sans licence même si l’on a Sailmail. C’est dans cette même logique que l’on passe le CCR pour la VHF. Mais c’est un domaine où l’on trouve beaucoup de pirates.
 
 

Sailmail et Winlink

 

Le commutateur cramé

Si vous choisissez la BLU, il serait dommage de ne pas profiter des avantages qu’offre la communauté radio amateur. Le temps de connexion dédié par les stations des OM est supérieur au temps qu’offre SailMail et les stations sont beaucoup plus nombreuses dans l’hémisphère nord. Au sud, l’Indien et le Pacifique sont bien couverts. Mais au sud de l’Amérique du Sud, SailMail offre un meilleur contact avec une station au Chili alors qu’il n’y a pas de station Winlink sur ce continent. De toute façon, mon but n’est pas de mettre en concurrence les deux systèmes. SailMail est une association et mérite bien sa cotisation. Bien que Pier m’ait assuré avoir fait la Patagonie avec seulement Winlink, nous prendrons SailMail pour pouvoir nous connecter à toute heure (au sud le 14 MHz ne passe que le soir).
L’intérêt de devenir radio amateur c’est aussi de comprendre l’outil que l’on utilise. Sauf qu’il faut passer le fameux examen.

 

Passer sa licence

 

Sigle radioamateur

Avec mon bac littéraire et mes études de sciences humaines, j’avais le mauvais profil pour cet examen fait d’électricité et d’électronique. Heureusement, beaucoup de clubs de radioamateurs dispensent des cours, le programme est facilement trouvable en ligne et un logiciel très utile permet de s’entrainer pour les QCM de l’examen. En fait, il existe trois examens, le premier sur la réglementation, le second sur la technique, le troisième sur la télégraphie (la CW dans le langage des OM). Il faut avoir les deux premiers pour obtenir votre indicatif et pouvoir avoir le mail et les GRIB à bord gratuits grâce à winlink.org. La connaissance du morse n’est plus obligatoire pour trafiquer.
 

L’étude de la réglementation m’a pris deux mois (1/2 heure par jour) de bachotage par cœur sur des questions pas toujours très utiles dans la pratique (« Qui délivre les licences de radio amateur aux Comores ? »). Pour la technique, vu mon niveau de départ, cela m’a pris 6 mois à raison d’une heure par semaine et une bonne révision le dernier mois. Là, j’ai véritablement appris des choses utiles pour nos bateaux qui sont de plus en plus bourrés d’électronique et d’antennes. Aujourd’hui, je n’aurais aucune difficulté à faire une antenne VHF de secours avec n’importe quel bout de ferraille.

 

Des accords à la  pince croco

 

Réparation de fortune avec deux pinces croco

Alors quand j’ai vu la fumée sortir de la boite d’accord, je l’ai démontée. Le commutateur rotatif avait cramé. Grâce à une soudure au fer à gaz et une bonne pince à linge, j’ai pu envoyer un mot aux gars de mon club (F5KTR). Alain (F6BSV) m’a expliqué comment faire les accords sur la self avec des pinces crocos, ce qui était vraiment plus malin. Pendant ce temps-là, Philippe (F8DAE) cherchait la pièce dans tous les coins de France et d’ailleurs pour l’envoyer à une amie qui venait nous rejoindre.
Débrouille et solidarité, les deux qualités sont à l’honneur dans le monde radioamateur.
Gens de mer, ça vous parle ?
 
73
F4GFQ/MM, terminé.

 

PS : 73 signifie « salutations », un emprunt à la CW (la télégraphie, dire « cédouble ») très courant à l’écrit chez les radioamateurs.
F4GFQ est mon indicatif : F est le code de la France, le 4 signifie que j’ai le droit d’émettre sauf en CW car je n’ai pas passé l’examen qui me hisserait à F8 ou F6, les trois dernières lettres sont données lors du premier examen.
/MM signifie que j’opère d’un maritime mobile. D’un bateau en clair.

 

PPS : Je tiens à la disposition de tous ceux qui m’en feront la demande à travers un commentaire (pour que je récupère l’adresse mail) du matériel pédagogique qui m’a permis de réussir l’examen.

 

PPPS : Si l’on dédiait des billets de blog, je dédirais celui-ci à André (ON5FS) qui vient de nous quitter. Il opérait  la station ON0FS (ON est le code de la Belgique). Nous nous sommes connectés à lui pendant toute notre descente de l’Atlantique. Il avait ouvert une connexion sur les 14 mètres spécialement pour les bateaux en Atlantique Sud.