Nager avec un dauphin. Le mystère des dauphins solitaires. Les jeux de Lilou. Romance et intimité.


 

Lilou joue dans l'étrave

Lilou nous accueille

Aujourd’hui, on laisse tomber les travaux du bateau sans scrupules. Un rêve de gosse nous attend.

Comme toujours, depuis 4 ans, il est là. Quelque part en baie de Saint-Brieuc , un dauphin vit autour d’une bouée (on m’a demandé de ne pas dire où – ce qui me semble plein de bon sens). Le semi-rigide s’avance doucement pour éviter un bête accident d’hélice. L’animal tourne vivement autour du bateau. Pourquoi les dauphins ont-ils toujours l’air heureux ?

L’eau est glacée, ça n’a aucune importance, je bous d’impatience. Je vais nager avec le dauphin !

 

 

Rencontre d’un drôle de type


Nous aimons tant les dauphins que c’en est presque gluant de mièvrerie. On aimerait y résister un peu (ne serait-ce que pour réduire le nombre de prisonniers dans les delphinariums). Mais lorsque le dauphin sauvage vient à ma rencontre sous l’eau, une joie instinctive me saisit tellement l’animal est charismatique. La bête vire à me frôler et enchaîne un tonneau avec la précision d’un avion de chasse. Ce gros corps de trois cents kilos évolue avec une grâce aérienne autour des nageurs, puis disparaît dans l’eau trouble pour réapparaître subitement ailleurs.

Lilou vient observer le plongeur.

Le temps d'un portrait.

Je prends une grosse goulée d’air et plonge vers le fond où je m’accroche à une laminaire. J’aimerais faire une image du dauphin en contre-jour sur la surface. J’attends. Toujours rien et je me sens à court d’air. Sans raison, je quitte la surface des yeux et regarde sur ma gauche. Il est là, allongé dans les algues, collé contre moi, il me regarde. « Puis-je ? Un portrait ? » Lentement je tourne l’appareil. Temps suspendu. Il pose ? Je déclenche. Il ne bouge pas. J’approche la main et caresse la peau grise, douce comme la joue d’un enfant. Il avance doucement, le corps glisse sous ma paume et s’éloigne. Soudain, je m’aperçois que je n’ai plus d’air.

 

Dauphin gourou ?


Lilou (appelé aussi WiFi) est un dauphin solitaire, un phénomène rare, mais pas unique : une soixantaine de dauphins a été recensée depuis le début du XXe siècle, généralement des Grands Ddauphins (Tursiops truncatus – en bref un « Flipper »). Moko en Nouvelle-Zélande (mort en 2010 – 400 personnes à l’enterrement), Jean Floc’h et Randy sur les cotes françaises, et les autres sont des phénomènes mal compris des scientifiques. Pourquoi ces dauphins se séparent-ils des groupes ? Ou bien, en sont-ils chassés ? Le mystère alimente une foule d’hypothèses plus ou moins sérieuses : dauphins échappé de delphinarium, dauphins militaires ayant repris leur liberté. Reste que ces dauphins semblent très à l’aise avec la compagnie des Hommes. La recherchent-ils ? Certains voient en eux des messagers auprès de notre Humanité en détresse, ils les nomment les dauphins ambassadeurs.
L’idée est jolie, mais pas sûre qu’elle plaise aux dauphins.

 

Pas tout seul

 

Laurent Kernivinen

Les caresses lui font un effet visible

C’est Laurent Kernivinen qui nous offre ce bain avec Lilou. Plongeur professionnel, nous l’avons rencontré dans son rôle de responsable de la réparation navale à St Brieuc. Il est un des premiers à avoir repéré la sédentarisation du cétacé. Il plonge souvent avec lui « Un jour un groupe de dauphins est passé près de Lilou, il est venu se cacher derrière moi, je sentais qu’il avait peur». Il le connaît bien, et transmet ses observations au GECC (Groupe d’études des cétacés du Cotentin). « Il aime jouer, si je claque ma palme à la surface de l’eau, il fait pareil avec sa queue. Il pousse ma cheville pour me faire tourner. Parfois il m’apporte un mulet. Il cherche souvent à mordiller les pieds nus ou les palmes. Mais il faut faire attention ! A trop le caresser, il s’excite. Pénis en érection, il cherche à se frotter comme le ferait un chien. Parfois de façon assez violente. Il est jeune et ça lui arrive souvent.»

 

Amour d’été ?


Mais depuis juillet 2011, à la surprise générale, Lilou est en pleine romance. Une femelle a rejoint le voluptueux mammifère. Il reste très sociable, mais les observateurs remarquent qu’il se tient systématiquement entre elle et les plongeurs.

Un dauphin solitaire... en couple.

« Surement un comportement protecteur » propose Florent Nicolas, secrétaire du GECC. « Depuis qu’il a sa femelle, mon conseil est : pas de mise à l’eau ! ça peut être dangereux. Il est gros et assez sport. S’il y a un problème, ça va retomber sur la tête du dauphin. Et puis il a droit à un peu d’intimité… » Il ajoute, réaliste : « au moins ne jamais toucher l’évent ».
Moko le dauphin néo-zélandais a été responsable de quelques accidents : il était voleur de planche de surf…

(À l’heure de la publication de ce billet, Laurent Kernivinen me fait savoir que la femelle semble avoir quitté Lilou, elle n’a pas été vue depuis plusieurs semaines. Reviendra-t-elle ?)
Au bout de deux heures, nous sortons de l’eau. Sur nos visages bleus de froid, nos grands sourires claquent des dents. Malgré les mâchoires engourdies, chacun brule de raconter son « instant magique ». Le soleil s’approche de l’horizon. Laurent démarre, le bruit du moteur éteint les conversations. Le Zod glisse sur l’eau calme. Le vent dans les cheveux, les regards se font vagues, perdus dans des pensées sous marines.
 
 
Liens utiles :

http://www.blog-les-dauphins.com/jeux-moko-dauphin-solitaire-provoquent-inquietude-en-nouvelle-zelande/

http://www.sosgrandbleu.asso.fr/dossiers/les-dauphins-solitaires-dit-ambassadeurs/