Un petit problème de mouillage fait le bonheur de Caroline.

 

Caroline et moi, nous ne sommes pas d’accord. Elle veut rester, je veux partir. C’est vrai que cette petite baie est parfaite pour travailler, se baigner, et se planquer des autorités maritimes. La suite de la route est moins sure. Nos amis d’Alita, un bateau allemand, viennent de nous écrire qu’ils ont été contrôlés à Saco de Seu, une baie touristique d’Ilha Grande. Notre prochaine destination. Mais Gwendal vient de nous rejoindre avec La Boiteuse, il s’est fait indiquer un mouillage discret à l’ouest de l’île. Matariz. Il est parti ce matin. J’aimerais le suivre. Après trois semaines seuls dans la nature, j’ai envie de bavarder avec un copain.

Une jolie fenêtre météo, pas si courante sur ces cotes tourmentées, finit par convaincre l’autre Sage de notre Conseil de ratifier la résolution « partir ». Appareillage prévu au coucher du soleil. A la nuit, nous étions toujours là.

 

Soit un bateau mouillé…

 

Comment expliquer ce stupide problème de mouillage ? L’énoncé ressemble un peu à ces problèmes de physique de 4ème qui me faisaient espérer une alerte à la bombe dans le collège.
Commençons par un dessin :

 

Loïck mouillé près des rochers. Configuration de départ.

 

Soit un bateau mouillé sur deux ancres près des rochers pour laisser la place à La Boiteuse et aux escunas qui passent dans la journée. Le vent forcit par trois quarts avant. L’ancre arrière, mouillée dans moins de 2 mètres d’eau, empêche d’éviter vers les roches. Comment lever l’ancre ? Les ancres en l’occurrence.
 

Impossible de décrocher

 
Comme en 4ème j’ai pris le problème à l’envers. Nous nous halons sur l’ancre arrière pour la décrocher en pensant qu’un petit coup de moteur nous amène ensuite sur l’ancre principale.

Plus on embarque le câblot arrière plus le bateau se met en travers du vent rendant l’effort de plus en plus difficile. Lorsque nous arrivons à la jonction câblot-chaîne, il ne reste que 5 mètres jusqu’à l’ancre, mais elle ne veut pas décrocher. Sans dalot au tableau arrière, impossible d’amener la chaîne, même avec le croc de mouillage. Impossible aussi de porter le câblot à l’avant pour bénéficier du dalot et du guideau : le bateau passerait sous le vent de cette ancre où il y a que 1,4 m de fond.

 

Le bateau une fois que nous avons embarqué le câblot arrière. La pression du vent est forte.

 

Nous sommes sous les Tropiques, je plonge. C’est plus rapide que de mettre l’annexe à l’eau.
L’ancre sous l’effort s’est enfoncée de 40 cm dans le sol de sable et de boue. Après que Caroline a donné du mou au cablot, j’enjambe l’ancre au niveau de l’organeau, m’accroupis les pieds bien à plat, dos droit (à 50 ans on sait ça), et je saisis le bout de la verge en poussant sur mes jambes de toutes mes forces. Pas le moindre mouvement. Un fond d’excellente tenue.

 

Si j’aurais su

 

Remouiller aurait été la solution

Je voyais maintenant la manœuvre qu’il fallait faire : larguer le mouillage arrière à la mer frappé d’une bouée pour qu’il ne vienne pas taquiner l’hélice pendant que nous nous occupions de relever le mouillage principal. Remouiller au vent pour arriver à pic de l’ancre secondaire. Récupérer le mouillage à la nage et l’embarquer. Elle serait venue toute seule, ou avec un tour de winch.

Mais après mon bain, la nuit tombait et j’avais perdu tout mon entrain même le vent avait baissé. Et je voyais Caroline toute contente à l’idée qu’elle pourrait finir son film dans la crique. Mais je n’ai pas tout perdu. Comme tous les déçus, je me suis lancé dans une longue séance de… bavardage.

 

Vu par Caroline

 

Tous mes efforts résumés en une minute sous la loupe ironique de Caroline  :