Rencontre d’Aurélie à Agadir. Intrépide Aurélie. Analyse météo.

 

La démarche nonchalante, un chapeau blanc galonné aux couleurs de la Jamaïque, la clef de son bateau nouée autour du cou, Pierre Olivier – dit PO – vient nous prendre les amarres à notre arrivée à Agadir. Il arrive de Concarneau, on lui dit que nous venons de Brest.

Pierre-Olivier Meunier et Antoine Vanneste, l'équipage d'Aurélie

- Votre traversée s’est bien passée ?

- Parfaite.

- Même le Gascogne ?

Je pense à mon mal de mer, mais je m’entends répondre :

- Oui, même le Gascogne.

- Nous, on s’est fait secouer.

J’ai envie de savoir. Cet animal de Gascogne, finalement si tendre avec nous, est bien aussi sauvage que nous le redoutions (sur “notre” Gascogne, voir la vidéo de Caroline : Un Gascogne d’enfer). PO nous propose de nous montrer une vidéo.
 
Coque rouge, pont blanc, l’Écume de Mer de PO s’appelle Aurélie, nous y rencontrons Antoine, son équipier. Lui aussi a 22 ans, lui aussi moniteur de voile. Nous nous installons dans un carré à la déco décontractée type : « Les parents sont en vacances ». La séance commence, bien fraîche :

 

 

 

 

Il a raison, la mer paraît toujours plus sage en vidéo que dans la réalité et nous savons que les moments les plus pénibles ne sont jamais filmés. On a autre chose à faire.
 
- Et ensuite ?

 

 

 

 

 

Analyse météo

 
Comment l’intrépide Aurélie s’est-elle fait piéger dans le golfe ? Les deux garçons ne sont pas des amateurs et ils avaient consciencieusement pris la météo. En fait, c’est un front secondaire, pas évident à déceler qui a donné ce coup de vent.
 
Nous avons contacté par mail Jean Yves Bernot, météorologue et routeur pour comprendre la situation. Voici un exposé un peu technique, mais qui peut intéresser ceux qui comme moi aiment la science des vents.

 

 

 

 

Pour être complet, voici les conclusions de Jean Yves Bernot :
 
Le 18 et le 19 , si l’on ne possède que la carte d’analyse, la prévision de vent soutenu n’est pas évidente. On peut toujours dire après coup que les centres vont se déplacer, etc., mais cela n’était pas clair a priori.
Par contre, les cartes de prévision à 4 jours des services anglais et allemands montraient bien le creusement de la dépression secondaire qui n’est pas dangereuse, mais inconfortable sur un petit bateau.

Des fichiers Grib pris à bord auraient permis de prévoir le phénomène.

Conclusion :
Le 18 et 19, la situation était tentante pour descendre dans le Golfe.
Avant de partir, une prévis à 4-5 jours auraient probablement permis d’anticiper le creusement de la dépression secondaire qui reste de toute façon modérée.
Un bon équipage sur un bateau en ordre, même petit, peut accepter d’étaler 25-35 kt de vent en se mettant à la cape comme l’on fait vos interlocuteurs.
Une fois le vent soutenu passé, on redémarre rapidement vers le sud avant le prochain tour de manège.

Bien sûr, tout cela suppose que le bateau est en état, correctement mené.


C’était le cas.
 
PO conclue sur le sentiment qu’il garde du Gascogne. J’ai bien aimé sa réponse.