Une arrivée mouvementée. Marée basse, c’est Mars. Le flot des oiseaux.

 

Loick au mouillage. Comparer avec l'image à marée haute ci-dessous.

Et voilà Chausey ! Une cinquantaine d’îles et îlots comme semés sur la mer. À marée basse, un plateau grand comme la moitié de Paris. Jusqu’à 14 mètres de marnage.

 

On nous a prévenus, ici, le mouillage c’est cafouillage. Surtout pour les petits nouveaux.

La première nuit, nous perdons une protection de barres de flèche dans un combat de mâts avec notre voisin à couple. Deux jours plus tard, un petit voilier vient éviter sur notre tableau arrière porté par les 5 nœuds du flot. Nous avons eu juste le temps d’intercaler l’annexe en défense pour éviter une collision. Il faut les 200 chevaux d’un gros semi-rigide pour arracher le petit bateau à l’amour qu’il portait à Loïck. Pour mieux comprendre, nous commençons un reportage sur le sujet. (Voir la vidéo ci-dessous). Juste le temps d’attendre une grande marée de 112 que les Chausiais nous conseillent de ne pas manquer.

 

Le silence de l’Éléphant

 

Le chenal du Cochon

Marée basse à 75 cm du zéro des cartes, 7.5 disent les Normands, le plateau de Chausey est complètement découvert. Nous partons pour une balade à pied vers le nord-ouest. À tout hasard je prends un crochet. On m’a dit ”sous les rochers : tourteaux, homards, étrilles, moules, pied-de-cheval; sous le sable : praires, couteaux, palourdes, coques, coquilles…”

Le Chapeau : rocher et amer

 

Les amas de rochers, séparés par des champs de sable et de vase, dessinent toutes sortes d’objets, de bêtes et de chimères. Les noms sur la carte confirment une poésie vernaculaire : L’île au lait, L’Enfer, Grunes de l’ancienneté, L‘As d’arme, Langue d’Aspic, Le Hibou, La Mauvaise. En quittant le Sound, nous passons devant L’Elephant pour rejoindre le Chenal du Cochon. La mer est loin, le son s’étouffe jusqu’au silence, percé du cri des sternes. On croirait un désert parcouru de ruisseaux, constellé de mares. À quelle planète appartiennent ces paysages fantastiques ?

 


Le sud de Chausey

 

 

Bruits d’oiseaux

 

Colonie de cormorans

 

Corps blanc, ailes noires, l’oeil sévère, les goélands marins regardent la mer revenir. Groupés en colonies, les cormorans bien secs attendent les prochains plongeons. Un huîtrier-pie, pattes et bec rouge, s’envole, farouche, avant que l’on ait le temps d’observer toute son élégance. Ça pleure, ça raille, ça pépie. Le son revient. C’était un autre jour, mais nous avons aussi vu un phoque à la sieste sur le goémon tiède. Un Chausiais me fait remarquer la mousse sur le sable à la limite de l’eau : « la mer crème avec le flot, mais pas avec le jusant. » Les Chausiais, ils sont faciles à reconnaître, ils sont toujours pied nu. La marée montante change les plaines de sables blonds en lagons jade. L’eau repousse les pêcheurs à pied chargés de gros sacs vers Grande Ile, la seule habitée : une cinquantaine de maisons dans un paysage de bocage miniature. Au bord d’une plage parfaite, un château lourd aux formes enfantines reconstruit par Louis Renault. Deux ou trois tracteurs. Les îles Chausey sont une propriété privée, elles appartiennent à trois familles.

 

Un air de la mer

 

Loick au mouillage. Comparer avec l'image à marée masse ci dessus.

 

Six heures plus tard, marée haute, à 13,8 mètres du zéro des cartes : l’eau efface tout. Restent quelques îlots d’herbes longues et de rochers en granit décorés de lichens jaunes. Le vent se lève, la mer reprend son chant. L’horizon devient plat pour laisser la place au panorama du ciel. Le spectacle devient céleste. Ces lumières ! À faire croire en Dieu !

Mais, pas de miracle, nous sommes revenus bredouilles.

 

 

 

La plage devant le château (Port Homard)

 

De retour au bateau après une belle balade

 

Voir la vidéo de Caroline sur Chausey.