Le traque. La satisfaction du travail bien fait. Encore les douanes.


Derrière la porte de l’écluse, la nuit, la mer. Je n’arrive pas à calmer mon appréhension, ma tête repasse en boucle les points vérifiés maintes fois : température moteur OK, vannes fermées, GPS allumé en réception satellite, sondeur 3 mètres, normal, mouillage paré, voiles prêtes, écoutes claires, feux de nav allumés. La VHF ne fonctionne pas, elle reçoit, mais n’émet pas. Pourquoi ? Quel sera le prochain incident ? « On ne part pas un vendredi » : c’est des conneries, je ne suis pas superstitieux. Allez… du calme ! C’est comme ça que les bêtises arrivent. Les portes s’ouvrent, Jef, l’éclusier lâche l’amarre en souriant : « Bonne balade ».

 

Plaisirs oubliés

 

L'heure des test du materiel

Loïck suit le chenal en ronronnant comme un chat, je pousse à 2 000 tours. À ce régime l’arbre battait. J’augmente encore : aucun bruit suspect, aucun tremblement bizarre. Je nous revois en train de bouger le moteur au pied de biche. « Caroline, on a réussi l’alignement ! » Une étincelle de fierté réduit mon stress en cendres. La nuit scintille. Je me demande si je cesserai un jour d’être aussi puéril.

De l’air, après tant d’odeurs de peintures, l’horizon à perte de vue après la vallée encaissée du port. Les travaux ? Quels travaux ? Naviguer, comment ai-je pu rester loin de cette sensation si longtemps ? Et m’intéresser à toutes ces petites vis ? En quelques heures je suis passé de l’ouvrier minutieux au rêveur contemplatif. Une fois en mer, on a l’impression d’avoir laissé un poids à terre. C’est probablement pour cela que les gens naviguent en plaisance. La mer c’est Ailleurs. Pas besoin d’aller loin, il suffit de sortir du port. Et si ça piaule, on rêvasse moins, mais on aura l’impression d’être allé encore plus loin.

 

 

Une nav tout en douceur

Délit de faciès

 

C’est le moment où les douanes nous sont tombées dessus. Je ne sais pas pourquoi ce bateau les attire (voir le billet Mer Amère). Il doit avoir été photographié dans le manuel du petit marin-contrôleur des douanes à la rubrique « suspect ». Le pilote du semi-rigide colle le boudin noir contre le franc bord de Loick, moteur engagé, pendant que trois types en armes nous prennent à l’abordage. Je lutte à la barre pour contrer la poussée du hors-bord, en vain, Loïck vire, les voiles faseyent. Petite confusion. Par cette mer calme, fallait-il une manœuvre aussi virile ? Bref. Eux, courtois, nous, en règle. RAS.

 

Donc, je corrige, pour buller tranquille au fond du cockpit en regardant les nuages, il faut franchement s’éloigner des côtes !