Le coût d’un voyage, quelles ressources ? Un bateau, c’est cher. Décroissance. C’est pas gagné !


« Oh Suzy, t’en fais pas
Je te suis, on y va
Les palaces, le soleil, la mer bleue
Toute la vie, toute la vie
Toute la vie… », chantait Nougaro dans À bout de souffle. Ado, je connaissais les paroles par cœur.
Ma Suzy s’appelle Caroline et nous n’avons pas fait de casse comme dans la chanson. Alors, tant pis pour les palaces, nous ne profiterons pas de leur tristesse raffinée mais, nous allons nous offrir la mer et le soleil. À quel prix ?

 

L’argent, pas capital ?

 

L’énigme de l’argent dans les voyages au long court m’a toujours rendu curieux. Encore aujourd’hui, je tente souvent la question dans un apéro bien lancé au fond du carré. Malgré une pudeur toute française, les infos se recoupent. Une fois le bateau équipé, et hors avaries, la vox populi parle de mille euros par mois. Cette somme comprend les assurances, la vie à bord pour deux personnes et le gazole. Je me souviens d’un couple rencontré aux Fiji sur un Amel, fort de l’expérience d’un demi-tour du monde, qui déclarait vivre très confortablement avec 1 200 euros / mois. Les moins dépensiers affichent 400 euros/mois. C’est ce que nous avait coûté notre année sabbatique autour de la Mer de Corail, mais, à ce prix là, pas d’assurances, ni de travaux.

 

 

Voilà pour les coûts, pour le financement c’est plus compliqué. Les voyageurs se divisent en deux grandes familles : les retraités (qui ont tout compris) et les sabbatiques (en apnée sur leurs économies). Pour le reste, il y a presque autant de solutions que de bateaux. Dans le Pacifique nous avions rencontré des petits rentiers de l’immobilier, un arnaqueur d’ASSEDIC, des adeptes du charter sauvage, un couple de reporters (comme nous), un informaticien vivant du télétravail… Et puis, il y a ceux qui font leur pelote en escale : un maître-voilier, un infirmier (« facile », disait-il), plusieurs musiciens… Finalement très peu de “gros riches”, à tel point que le voyage en mer semble être un luxe qu’ils peinent à pouvoir s’offrir, les pauvres.

 

Le coût du bateau

 

Le poste qui fait vraiment mal, c’est le bateau. Étude de cas.
Il était une fois, un couple vivant confortablement avec 4 500 euros, à Paris dans un joli petit appartement de 50 m2 qui coûtait un millier d’euros par mois. Pas de dettes, une dizaine de milliers d’euros d’économie au cas où. Heu-reux !

Au mouillage, Iles Salomon | ©J.Malbrel

C’est une année sabbatique en bateau dans le Pacifique, sur un Sun fizz courageusement prêté par mon oncle, qui nous a fait basculer en pleine décroissance volontaire. Nous voulions repartir, plus longtemps. Il nous fallait un bateau. Le calcul était vite fait. Si nous pouvions mettre 2 000 euros par mois de côté, en trois ans nous devions avoir un bateau à 50 000 euros et 20 000 pour le voyage. La recette était simple : plus de cinémas, plus de restaurants, plus de vacances, pour les habits : on fait durer.

 

 

Dans les débuts, l’ascèse ne fut pas difficile à tenir, nous avions la foi des nouveaux convertis. Résister à la consommation se justifie facilement et fait même assez plaisir. Sauf que l’on oublie qu’une partie de la consommation façonne votre relation aux autres, sociale (on vous juge à la qualité de vos chaussures) tant qu’amicale. Quand un copain vous propose « Un petit resto ce soir ? » Une excuse gênée sera vite contrée par un : « allez ! Je vous invite » parce qu’il connaît l’engagement que nous voulons tenir. Mais ça brûle un peu d’accepter. (C’est le moment de remercier chaudement tous ceux pour qui nous avons été des vrais boulets économiques. Beaucoup se reconnaîtront. Merci. On n’oublie pas).

 

Mais un bateau coûte toujours plus que ce qu’on croit. Le nôtre, acheté 28 000 euros en 2007, nous est revenu à 70 000 euros au départ de Brest en 2012. Et je ne compte pas les 2 000 heures de travail, ni le manque à gagner qui en découle. 2005-2012, il nous a fallu 7 ans pour préparer notre départ pour un coût total de 90 000 euros, car, comme prévu, nous partons avec 20 000 euros devant nous. C’est loin de ce que nous pensions pouvoir faire.
En voyage, nous travaillerons. Notre projet est d’abord un projet professionnel : voyager en bateau pour travailler comme reporters. Arriverons-nous à atteindre le point d’équilibre financier pour continuer à naviguer ? Tout reste à faire. Vous avez dit « vacances » ?

 

Un exemple de petit budget candidat au voyage : Mohini, le Sylphe. Petites histoires de  grande croisière N° 4