Bricolage en couple. L’énergie du port. Le café du matin. Un truc de pro. Matériaux de nos bateaux. Une jolie petite coupure.


Nous sommes presque toujours d'accord.

« Caroliiiinne ! Mais où t’as foutu le réglet ?

- Je n’y ai pas touché !

- Tu l’avais hier !

- Regarde, il est dans ton bleu ! Et arrête de passer tes nerfs sur moi ! »

Les travaux en couple, je recommande, un vrai test de résistance avant de prendre la mer. Elle est imaginative, rapide, impatiente et bordélique alors que je suis maniaque, patient, buté et lent. On se complète à merveille ! Elle est plutôt bois, je suis très fer et cuivre. L’alu et le plastique sont nos points faibles. Aucun de nous n’aime vraiment la peinture alors c’est elle qui la fait, ou moi, parfois. Nos décisions sont collégiales, souvent âprement discutées, mais en gros, les grandes idées c’est elle (y compris ce voyage), le machino c’est moi. Et puis il y a les autres sans qui l’on ne serait pas grand-chose, appelons ça l’énergie du port.

 

L’énergie du port


Un truc tout simple, par exemple : tous les matins à 8h15 je vais prendre le café dans l’atelier de charpente marine. Marc, le patron, pratique naturellement une hospitalité sans manière. J’y retrouve Maxime son employé ébéniste, Guy-Marie un ancien de la course au large qui prépare un two-toner pour voyager, Jeff, mécano sur l’Astrolabe et propriétaire d’une belle goélette en bois, parfois un pêcheur ou Jean-Yves, capitaine de porte-conteneurs qui refait son Bi-loup. Ça parle, ça vanne le plastique contre le bois contre l’acier… 8h45 la journée est lancée jusqu’à midi et demi où l’on se retrouvera pour le sandwich (hier Jean-Yves a ramené des poires de son jardin). Sans parler des coups de main, des conseils et des prêts d’outils, cette convivialité me sort du lit avec plaisir.

 

Un port de travail

 

Nous sommes arrivés là un peu par hasard et c’est une chance. Pour préparer son bateau, il faut bien choisir son port. Loin des grands parkings à bateau, le Légué (port de St Brieuc) se spécialise dans la réparation navale : la pêche, la plaisance classique ou moderne et la régate. Adossé à une communauté urbaine bien achalandée en fournisseurs, on trouve des chantiers bois et plastiques, et tous les savoir-faire nécessaires aux bateaux : voiliers, gréeurs, selliers, mécanos, électriciens, électroniciens, ajusteurs, chaudronniers, fondeurs… Les infrastructures permettent de lever jusqu’à 250 tonnes, un grand hangar, de l’air comprimé sur toutes les bornes. Le tout à dimensions humaines. Une sorte gros village bosseur consacré aux bateaux. Bien sûr, il y a des familles, les régatiers ne parlent pas toujours la même langue que les pêcheurs, mais j’ai le sentiment que la tradition maritime de la région laisse une place à chacun. Même aux voyageurs, même quand ils débarquent de Paris en bateau.

 

Bassin plaisance du Légué

 

L’art et la matière


Lentement nous apprenons les gestes qui travaillent la matière. Je n’imagine pas que l’on puisse partir en grand voyage sans connaître le b-a-ba des matériaux. La strat pour ceux qui ont des plastiques, la soudure pour ceux qui choisissent métal. Et l’époxy, la peinture et le bois pour tout le monde. Au-delà de la question pratique et la possibilité d’avoir une discussion informée avec les professionnels, il en va de l’intimité avec le bateau.

 

Pinochage du liston

Aujourd’hui Caroline pinoche : typique le truc de pro qui a fait mon émerveillement. Dans le cas classique du trou dans le bois devenu trop large pour une vis : tailler comme un crayon un bois tendre au cutter à la taille du trou (en forme de pinoche), l’enduire de colle PU, enfoncer au marteau, laisser sécher la colle, couper à ras, percer à nouveau (merci Marc). Un souci de moins en plus. J’adore.

Mais mon vrai plaisir c’est l’acier. Son hurlement sous la meule crachant des étincelles furieuses. Sa délicate fluidité sous la torche à souder qui refroidit dans un attachement puissant, indéfectible. C’est magique. Et tellement pratique. Guy-Marie me parle de la strat dans les mêmes termes : un peu de résine, un peu de tissu pour produire une matière adhérente, forte et dure. Et sans apport d’énergie. Depuis, un kit de strat à bord me paraît indispensable.

Faire le point


Pour l’instant, j’ai toujours mes dix doigts, mais ce n’est pas passé loin. Pour la rendre plus maniable, j’avais enlevé la protection de la meuleuse. Me voilà avec une jolie coupure à la phalange de l’index droit. Le con ! Comme on aimerait appuyer sur la touche « rewind » dans ces moments-là. Hosto. Urgences. Salle d’attente.

Une jolie petite interne me recoud le doigt en discutant avec Caroline. Elle lui raconte notre indispensable stage médical ATMSI (Apprentissage aux techniques médicales en situation d’isolement dispensé par stw.fr) où l’apprend à faire des points de suture sur des pieds de porc. L’interne lui propose : « vous voulez faire le dernier ? » Caroline, qui en avait marre de me voir sourire à la blouse blanche, pique sans ciller.

Ma femme, quel courage !




Voir la vidéo de Caroline sur le chantier : “En retard